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Le mariage est bon pour la santé, et la science l’a démontré à plusieurs reprises. Plusieurs études avaient d’ores et déjà associé le mariage à une mortalité plus faible et une espérance de vie plus longue. Pourquoi ? Parce que, selon les scientifiques, les personnes mariées bénéficient souvent d'un réseau de soutien plus solide, d’un diagnostic plus précoce, d'une plus grande stabilité financière et sont plus susceptibles de suivre les protocoles de traitement que les personnes célibataires. Cependant, les travaux antérieurs explorant les liens entre mariage et cancer s’étaient uniquement concentrés sur ce qui se passe au moment du diagnostic et après.
Une nouvelle étude, menée par l'Université de Miami et publiée le 8 avril dans la revue Cancer Research Communications, s’est penchée sur ce qui se passe avant : elle a voulu mesurer l’influence du mariage sur le risque de développer un cancer. "Nous voulions savoir qui est le plus susceptible de développer un cancer, les personnes mariées ou les personnes célibataires ?", a déclaré le Dr Pinheiro, co-auteur de l’étude.
Les personnes mariées présentent un risque de cancer plus faible
Et les résultats de l’étude sont assez étonnants. Pour la quasi-totalité des cancers, ils révèlent que les personnes mariées ou ayant été mariées présentent un risque global de cancer plus faible que celles n'ayant jamais été mariées. Les hommes célibataires présentent environ 70% de risques supplémentaires de développer un cancer par rapport aux hommes mariés. Quant aux femmes célibataires, elles ont 85% de risques supplémentaires de développer un cancer que les femmes mariées ou ayant été mariées.
Pour aboutir à ces résultats, les épidémiologistes ont étudié les données de douze États américains, recensant plus de 4 millions de cancers diagnostiqués entre 2015 et 2022 au sein d’une population dépassant les 100 millions d’adultes. Les chercheurs ont ensuite comparé les taux d’incidence selon le statut matrimonial.
Les écarts sont particulièrement marqués pour les cancers dits "évitables", liés au tabac, à l’alcool ou aux infections. Les cancers liés au tabac, notamment les cancers du poumon et de l'œsophage, sont plus fréquents chez les personnes n'ayant jamais été mariées. Un résultat à mettre en lien avec une étude de 2019 concluant que les hommes mariés consomment moins d'alcool, de tabac et de cannabis que les hommes célibataires. Les hommes célibataires ont aussi près de cinq fois plus de risque de cancer de l’anus, et les femmes près de trois fois plus de risque de cancer du col de l’utérus, deux cancers associés au papillomavirus humain (HPV). En revanche, les différences s’estompent pour les cancers bénéficiant de programmes de dépistage organisés, comme ceux du sein, de la prostate ou de la thyroïde. Chez les femmes, les cancers de l’endomètre et de l’ovaire sont plus fréquents chez celles qui n’ont jamais été mariées, selon l’étude, ce qui corrobore l’idée que la maternité a un effet protecteur pour plusieurs cancers gynécologiques.
Le célibat, un nouvel indicateur de risque ?
Les chercheurs soulignent néanmoins une limite à cette étude. Ils ont comparé des couples mariés et des personnes célibataires, mais "les personnes vivant en concubinage de longue durée peuvent bénéficier d'un soutien émotionnel et pratique similaire à celui des personnes mariées", soulignent-ils.
"Le mariage reflète des liens sociaux, économiques et institutionnels durables susceptibles d'influencer le risque de cancer par de multiples mécanismes. Parmi les effets protecteurs potentiels figurent des comportements plus sains, tels qu'une consommation réduite de tabac et d'alcool, des habitudes sexuelles et reproductives plus favorables, une meilleure résistance au stress et un accès facilité aux soins préventifs", affirment les auteurs de l’étude. Si le mariage ne constitue pas une "protection" contre le cancer, "ces résultats suggèrent néanmoins que des facteurs sociaux, comme le statut marital, peuvent constituer d’importants indicateurs du risque de cancer à l’échelle de la population", estime le Pr Paulo Pinheiro.
Pour le chercheur, cette question revêt une "importance croissante" compte tenu du déclin des mariages aux États-Unis et du report, ou de l’abandon, de la maternité. "Les adultes célibataires peuvent constituer un groupe vulnérable en matière de prévention et de dépistage précoce du cancer". Il suggère donc aux autorités de santé publique d’intégrer le statut matrimonial dans les systèmes de surveillance du cancer afin "d’améliorer l'identification des populations à risque et permettre d'élaborer des stratégies de prévention plus ciblées".









