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Léon XIV en Algérie, une visite aux enjeux géopolitiques complexes

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La rédaction d'Aleteia - avec I.Media - publié le 12/04/26
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Le pape Léon XIV décolle ce 13 avril pour onze jours de voyage à travers quatre pays : Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. La première étape de son voyage, l’Algérie, revêt de nombreux enjeux géopolitiques. Décryptage.

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En arrivant en Algérie le 13 avril 2026, le pape Léon XIV atteindra son troisième pays (sur quatre pays visités hors Italie) à compter une population majoritairement musulmane, après la Turquie et le Liban en 2025. Ce premier séjour d’un pape en Algérie prendra un relief particulier dans le contexte international actuellement très tendu, marqué par la guerre au Moyen-Orient mais aussi par les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie.

"L’importance du dialogue interreligieux et de la collaboration culturelle dans la construction de la paix et de la fraternité dans le monde" avait été soulignée lors de la visite au Vatican du président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 24 juillet 2025, qui a permis de lancer les préparatifs de la visite du Pape.

La guerre au Moyen-Orient en toile de fond

Neuf mois plus tard, ce voyage inédit d’un pape en Algérie s’intègre dans un panorama international très dégradé compte tenu de la guerre en cours au Moyen-Orient. L’économie algérienne tire un bénéfice direct de cette crise qui fait monter les cours du pétrole et du gaz, mais les autorités algériennes ont exprimé leur opposition à l’offensive israélo-américaine, et semblent trouver dans la figure du Pape un allié potentiel pour faire contrepoids aux grandes puissances.

L’écho donné aux interventions du Pape sur le conflit israélo-palestinien par les médias du monde arabe semble montrer que sa parole est reçue positivement par une grande partie de l’opinion publique. Par ailleurs, aux yeux de nombreux observateurs, ses marques de distance vis-à-vis de l’administration Trump ont rendu caduque l’idée que la nationalité américaine de Léon XIV aurait pu contrarier ses relations avec les pays du “Sud global”. 

Ce voyage de l’évêque de Rome peut aussi être lu à la lumière du rapprochement entre l’Italie et l’Algérie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les gouvernements de Mario Draghi puis de Giorgia Meloni ont en effet cherché à diversifier leurs sources d’approvisionnement énergétique en se tournant vers l’Algérie, comme alternative à la Russie. 

Des accords commerciaux ont déjà donné lieu à plusieurs visites du président algérien en Italie. Le 23 juillet 2025, à la veille de sa visite au Vatican, le président Tebboune a participé à une réunion intergouvernementale Italie-Algérie à Rome et a été reçu par le président de la République italienne Sergio Mattarella.

Le Pape dans une position délicate face à la crise franco-algérienne

Ce rapprochement entre Rome et Alger fait contrepoids à la crise diplomatique entre l’Algérie et la France, dans le contexte des restrictions sur les visas et de l’emprisonnement de l’intellectuel Boualem Sansal, libéré en novembre 2025 après une médiation de l’Allemagne. La récente visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger, où il a pu être reçu par le président Tebboune en personne, a permis de rétablir des contacts au plus haut niveau. Ce 3 avril, le ministre a officialisé la reprise des contacts sur le plan sécuritaire, judiciaire et migratoire, après près d’un an de gel consécutif à l’arrestation d’un agent consulaire algérien à Paris.

Un grave contentieux diplomatique entre Alger et Paris demeure au sujet du Sahara occidental, depuis que le président Macron a formellement reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire. Face à ces tensions politiques et diplomatiques, le rôle des responsables religieux s’en trouve accru : le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, et le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, s’emploient à préserver le lien entre l’Algérie et la France. 

Dans ce contexte de vives tensions entretenues par le souvenir de la colonisation française qui a pris fin en 1962, les mots du pape Léon XIV au mémorial des martyrs de la guerre d’indépendance, dès son arrivée à Alger dans la matinée du 13 avril, seront scrutés avec attention, particulièrement en France. Selon nos informations, le Pape ne s’exprimera pas en français, mais en anglais. Une façon de prendre acte de la dimension très internationale des communautés catholiques en Algérie, mais aussi, en filigrane, de détacher l’Église catholique locale de son passé colonial et donc de la France. 

Outre leur évidente proximité au sein de la “famille spirituelle augustine”, le choix de se rendre sur les traces des religieuses espagnoles de Bab El Oued et non sur celles de Mgr Pierre Claverie ou des moines de Tibhirine peut donc aussi être compris comme un souci de ne pas mettre un focus trop systématique sur cet héritage français. Il est toutefois probable que le Pape rende hommage aux martyrs de la “décennie noire”.

Une médiation du Pape pour Christophe Gleizes ?

Un autre dossier sensible concerne le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes. Celui-ci, qui est catholique, a reçu plusieurs visites du cardinal Vesco dans la prison où il purge une peine de sept ans de prison. Il a été jugé coupable des délits d’"apologie du terrorisme" et de "possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national", après avoir interviewé un dirigeant sportif kabyle lié à un mouvement sécessionniste.

Le président français Emmanuel Macron pourrait plaider sa cause lors de son entretien avec Léon XIV au Vatican le 10 avril prochain, à trois jours du départ du Pape pour l’Algérie. Un précédent existe, dans un tout autre contexte : en 2010, Nicolas Sarkozy avait demandé à Benoît XVI d’intervenir en faveur de la libération de Florence Cassez, une Française emprisonnée au Mexique sur une suspicion d’implication de trafic de drogue. 

Selon Maître Franck Berton, l’avocat de la jeune femme, le pape allemand, qui s’est rendu au Mexique en mars 2012, avait accepté d’impliquer la nonciature apostolique et l’épiscopat local en faveur de Florence Cassez, qui fut finalement libérée en janvier 2013. Il s’est avéré qu’elle avait été victime d’une machination ourdie par des réseaux de trafiquants liés aux autorités locales.

Un rééquilibrage par rapport au Maroc

Sur le plan des rivalités internes entre les pays africains, la visite du Pape constitue pour l’Algérie une opportunité de renforcer sa position sur la scène continentale et internationale. L’intérêt d’Alger est aussi de chercher une forme de rééquilibrage après la visite du pape François au Maroc en mars 2019, qui avait froissé les autorités algériennes quelques semaines après la béatification des martyrs d’Algérie. Plus loin en arrière, la visite de Jean-Paul II au Maroc en 1985, qui fut notamment marquée par sa rencontre avec des milliers de jeunes musulmans au stade de Casablanca, fut observée avec circonspection en Algérie.

À travers l’accueil du Pape, "Tebboune fait un coup politique", relève un ambassadeur africain près le Saint-Siège. L’Algérie, beaucoup moins influente que le Maroc en Afrique noire, se voit symboliquement arrimée sur le continent africain par le fait d’être la première étape d’une vaste tournée qui conduira ensuite le Pape au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. 

Cet ambassadeur africain voit dans la visite du Pape dans un pays musulman un "geste fort", tout en pointant un risque d’instrumentalisation par le gouvernement algérien. Il estime toutefois que la visite du Pape devrait permettre de garantir une meilleure protection des populations catholiques d’Algérie, majoritairement issues des autres pays d’Afrique. 

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