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Il n’est pas besoin de la guerre pour bâtir la paix

LIBAN-MOYEN-ORIENT-AFP

Beyrouth (Liban), avril 2026.

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Benoist de Sinety - publié le 12/04/26
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Faut-il les horreurs de la guerre pour vouloir la paix ? Depuis la Résurrection du Christ, décrypte le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens savent qu’il n’est pas besoin d’une offense pour ouvrir les bras : les artisans de paix possèdent une puissance nouvelle qui les précède dans la communion avec l’Éternité.

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Ils se sont donc rencontrés. En ce vendredi 10 avril, le président d’un des pays les plus anciennement chrétien a échangé avec le successeur de Pierre. Les relations du Président de la République et de François étaient cordiales et confiantes, malgré un désaccord majeur concernant le projet de loi sur l’euthanasie. Nul doute que le nouvel évêque de Rome n’ait repris les mises en garde de son successeur, tout en respectant la liberté souveraine des États à se doter des législations qu’ils jugent nécessaires, mais en rappelant aussi le primat de la dignité humaine de la conception jusqu’au dernier souffle. 

Massacre au Liban

On a le droit de ne pas être d’accord et le devoir de se le dire : c’est assurément la plus grande preuve de confiance que l’on puisse faire à autrui. Mais le grand sujet de ce rendez-vous pascal était sans doute la situation au Moyen et Proche-Orient. Le massacre des bombardements israéliens quelques heures plus tôt et la mort de centaines de Libanais que même les plus illuminés auront du mal à faire passer pour des terroristes du Hezbollah, est encore dans toutes les têtes. En tout cas dans celles qui ont une conscience.

La présence dans la délégation française de responsables d’associations et d’œuvres très actives dans le Pays du cèdre en témoigne : le Liban ne peut pas être une fois de plus la monnaie d’ajustement entre cyniques. Le sang des innocents coule et cette fois, il n’est pas causé par un attentat islamiste ou par les éructations des mollahs, mais par la course en avant militaire et guerrière d’un gouvernement qui, à Jérusalem, se perd.

Le mal est-il nécessaire au bien ?

Que pourront l’Œuvre d’Orient ou Sant’Egidio alors que le président étatsunien peine à calmer le chef du gouvernement israélien ? Que peut un pape sans division devant les boutefeux qui ne s’embarrassent ni de manières ni d’humanité ? Staline, dit-on, ricanait de l’impuissance militaire du Vatican. Le sacrifice des millions de Soviétiques envoyés au combat sans arme et sans protection, s’il a assuré la victoire grâce au courage des pauvres hommes jetés dans la fournaise, pas plus que la folie paranoïaque du Petit Père des peuples qui massacrait sans vergogne n’empêcha "l’Empire du mal", comme l’appelait Ronald Reagan, de sombrer. Aucune nation ne sauve durablement son existence par la violence aveugle.

Certains prétendent qu’il faut bien des chefs de guerre pour que leur succède des artisans de paix. Les seconds répondraient aux premiers, comme une suite logique. Mais faut-il pour autant que les faucons existent pour permettre aux colombes de manifester la paix, et pour la construire ? Le mal est-il donc nécessaire au bien ? Anatole France l’estimait lorsqu’il écrivait : "Le mal est nécessaire. S'il n'existait pas, le bien n'existerait pas non plus. Le mal est l'unique raison d'être du bien. Que serait le courage loin du péril et la pitié sans la douleur ?"

Bâtir la paix

Relier ainsi le bien au mal : l’expérience de nombreux hommes et femmes semblent l’attester. Mais n’est-ce pas ce que l’expérience pascale vient bouleverser dans notre histoire ? Dans le dernier chapitre de l’évangile de Jean, par exemple, les apôtres, repartis vers leur pêche, sur leur lac, dans leur barque, découvrent combien dans ces gestes quotidiens et souvent vides de sens profond, la présence du Ressuscité manifeste autre chose. Une rupture en fait : dorénavant, le geste banal est porteur d’une puissance nouvelle. Parce qu’il s’accomplit dans la communion au Christ. Cette communion qui se manifeste autour de ce feu et ce poisson grillé que les disciples abasourdis goûteront autour du Messie crucifié

La question est pour les baptisés d’aujourd’hui d’oser croire que nos actes les plus simples, les plus triviaux, peuvent être la manifestation de cette communion à l’Éternité. Qu’il n’est pas besoin d’une guerre pour bâtir la paix. Qu’il n’est pas besoin d’une offense pour ouvrir les bras. La résurrection du Christ ouvre aux croyants la capacité d’agir désormais comme bâtisseur d’un Royaume aux portes ouvertes à tous. Non parce qu’ils le décident seulement, mais parce qu’il nous est donné d’œuvrer avec Dieu ou plutôt de le laisser œuvrer en nous. Par cette communion qui manifeste avec une confiance paisible que la Lumière véritable, qui ne naît pas des ténèbres, les précède et les confond, pour toujours.

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