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Deux années nous séparent du centenaire de la naissance de Marcel Van, ce jeune frère rédemptoriste, dont l’Église au Vietnam souhaite désormais voir aboutir rapidement la cause de béatification. Ce même siècle écoulé s’avère parallèlement le creuset incandescent de la naissance d’une nation qui, à son corps défendant, s’est vu le siège de la plupart des conflits idéologiques planétaires du XXe siècle. Il en résulta nombre d’adversités, encore prégnantes aujourd’hui, mais qui ont forgé en retour un catholicisme vietnamien dont on se plaît à juste titre d’évoquer la forte croissance, le dynamisme missionnaire et l’engagement social.
Pour autant, n’oublions pas la source première de cette fécondité ecclésiale : du bienheureux protomartyr André Phú Yên (1625-1644), catéchiste formé par Alexandre de Rhodes, aux 117 martyrs (96 Vietnamiens, 11 Espagnols et 10 Français dont Théophane Venard) canonisés par saint Jean Paul II en 1988, l’Église au Vietnam fait heureuse mémoire de ces vies données au bénéfice de l’Église universelle : Sanguis martyrum, semen christianorum… à ceci près qu’entre adversité et fécondité, il se produit parfois des difficultés de conjugaison.
L’entrée frontale dans l’âge séculier
Presque dix ans déjà. C’est en effet le 1er septembre 2016 que fut fondé l’Institut catholique du Vietnam (ICV) à Ho Chi Minh Ville (Saigon), le gouvernement vietnamien ayant autorisé l’Église à poser le pied pour la première fois dans l’enseignement supérieur, à la condition de la seule délivrance de diplômes ecclésiastiques. Coup d’audace prémonitoire ? le premier colloque organisé en 2017 par l’ICV eut pour thème "La foi chrétienne face aux défis de la sécularisation". En effet, et pour reprendre l’expression de Charles Taylor, "l’âge séculier" est survenu frontalement, comme par effraction, au sein de la société et de la culture vietnamiennes, et à un rythme sans commune mesure à celui initié et vécu par l’Occident. L’avènement du primat du sujet sur la communauté, le décentrement du sacré et du religieux, l’idolâtrie du progrès technique, se conjuguent avec une économie de marché débridée nourrissant chez les jeunes générations tant un délitement des mœurs qu’un hédonisme individualiste, allant jusqu’à fissurer la matrice confucéenne qui imprègne le liant social vietnamien.
Pour le dire autrement, l’Église au Vietnam s’apprête à affronter de nouvelles adversités autrement plus pernicieuses que celles, toujours vivaces, qui ont forgé son ardeur missionnaire, avec des premiers signaux annonciateurs qui ne sont pas vraiment des signaux faibles. De retour de trois semaines de rencontres ecclésiales au Vietnam, il m’a été rapporté une stagnation des vocations, initiée dans la foulée de la crise du Covid, à laquelle succède désormais une baisse des entrées au séminaire qui peut avoisiner 50% dans certains diocèses. Parmi les facteurs explicatifs, il est certes noté que cela fait suite à des promotions d’entrées vocationnelles très importantes (effet de rattrapage suite à la levée des contraintes étatiques ?) ; mais également à un taux de natalité en berne : 1,86 enfant par femme en 2026, très inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1). En outre, le fait que près de 75% des vocations proviennent des campagnes illustre vraisemblablement l’amorce d’une sécularisation dont l’imprégnation à l’échelle planétaire suscite en retour une "concurrence" des communautés religieuses étrangères, très actives pour recruter l’offre vocationnelle locale.
La menace de l’idolâtrie marchande
Devant la cathédrale de Saïgon trône la statue Notre Dame de la Paix, flanquée de gratte-ciels tout aussi lumineux qu’intimidants, nouvelles pagodes du consumérisme asiatique. À la contempler de près, il semble bien que la Vierge Immaculée porte son regard vers le Ciel, lui suppliant de protéger l’amour de son Fils, déversé à flots dans les cœurs de nos frères et sœurs vietnamiens. C’est dire encore que la foi chrétienne, comme l’extraordinaire résilience de cette nation-sœur constatée tout au long de sa douloureuse histoire, sont confrontées désormais à leur éventuel assoupissement, ce mal pernicieux distillé par l’idolâtrie marchande et consumériste… à ceci près qu’une telle insinuation porte l’empreinte d’un regard occidental et peut s’avérer indécente à l’examen des faits. Au terme en effet d’un demi-siècle d’une guerre civile (ou d’indépendance) fomentée de l’extérieur, assortie d’une pauvreté endémique, il apparaît nécessairement une sorte d’épigénétique propre au peuple vietnamien qui le presse à sortir de la honte de la pauvreté, à croquer la vie à pleines dents, à témoigner de sa vaillance économique dans le concert des nations. Tel est probablement le ressort premier de la sécularisation observée au Vietnam.
"Protéger mon amour dans ce pays du Vietnam"
Il n’empêche, la menace perdure, comme si elle augurait d’une destinée partagée entre la France et le Vietnam, chacune de nos deux nations se reconnaissant une dette mutuelle. Quelques mois après lui avoir confié la Prière pour la France, Jésus s’adresse de nouveau à Van, le 22 avril 1946 :
"Mais, petit frère, te demander de prier pour la France, c’est te demander de prier aussi pour ton pays, puisque je considère les Français comme des Vietnamiens ayant pour mission de protéger mon Amour dans ce pays du Vietnam. Cependant, petit frère, il ne faut pas craindre que les Français gouvernent ton pays comme autrefois […]. Mon unique intention, c’est que les Français viennent ici pour y protéger mon Amour. Donc, en priant pour la France, tu pries également pour le Vietnam" (coll 509).
Faut-il rappeler que nous sommes alors dans les prémices de ce qui sera appelé "la guerre d’Indochine" ? et c’est à ce moment même que la France reçoit sa future mission : protéger l’amour de Jésus déversé au Vietnam, fille aînée de l’Église en Extrême-Orient. Quelle visée programmatique ! C’est dans cette perspective que se vit la réciprocité des dons entre nos deux Églises : envoi de prêtres Fidei Donum en France, ce qui leur permet de mieux saisir les méfaits d’une sécularisation avancée ; octroi de bourses d’études Marcel-Van — par l’association Les Amis de Van — pour de jeunes prêtres et religieuses disponibles pour l’apprentissage du français et/ou une formation théologique et doctrinale les préparant à affronter la sécularisation accélérée dans leur propre pays. Nul doute que, du haut du Ciel, la petite Thérèse et le petit Van veillent au grain !
Pratique :










