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Le président Emmanuel Macron, les papes et la spiritualité

7 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Michel Cool.

La rencontre de Léon XIV avec Emmanuel Macron s’inscrit dans une longue tradition d’échange entre la France et le Saint-Siège. Entre convergences et divergences, l’écrivain Michel Cool raconte les relations tantôt chaleureuses, tantôt houleuses que les présidents de la Ve République ont entretenues avec les papes. 

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En rencontrant le 10 avril Emmanuel Macron au Vatican, le pape Léon XIV recevait pour la première fois depuis son élection le 8 mai 2025, un leader européen d’envergure internationale. Auparavant, il avait reçu en audience privée les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et algérien Abdelmadjid Tebboune, et le prince Albert II de Monaco. Ce tête-à-tête a donc eu lieu après le cessez-le-feu intervenu entre les États-Unis, Israël et le régime des mollahs en Iran. Il a provoqué, on peut le supposer, l'agacement de l'administration américaine. Après le sec rappel au sérieux adressé par le président français à son homologue américain qui l'avait insulté et la réplique cinglante du Pape à la menace trumpienne d'"anéantir la civilisation iranienne", cette rencontre pouvait être interprétée comme une nouvelle provocation.

Affinités entre Emmanuel Macron et le pape François

Emmanuel Macron et le pape Léon XIV incarnent deux figures majeures de l’opposition internationale à l'hégémonisme américain. L'un et l'autre critiquent la gouvernance imprévisible et brutale de Donald Trump. Le président français prône le multilatéralisme et le respect du droit international. Le pape porte un message de paix, de dialogue et de justice sociale. Tous deux développent une vision du monde à l'opposé de celle défendue par Washington qui manie à souhait l'intimidation et la force pour imposer ses vues suprémacistes.

Emmanuel Macron avait noué une relation personnelle avec le pape François. Quatre rencontres officielles plus d'autres en visioconférences, pendant le Covid, ou en marge des visites papales à Marseille et à Ajaccio, avaient mis au grand jour leurs affinités. Le président, ancien élève des jésuites au collège de la Providence à Amiens, et le Pape, ancien professeur de lettres jésuite en Argentine, avaient en commun une vision littéraire de l’histoire, de la vie et du monde. Macron appréciait la pensée extra-occidentale de François : elle consonait avec sa pratique volontiers transversale et trangressive de la politique. Des divergences apparurent néanmoins sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Pacifiste dans l'âme, François avait renvoyé dos-à-dos l’agresseur et l’agressé ; une approche incompatible avec celle d'Emmanuel Macron imputant constamment la responsabilité du conflit à l'envahisseur russe.

Divergences et convergences

Sous la Ve République, les relations ont toujours été complexes avec le Vatican. La plupart des présidents se sont retrouvés à un moment donné en délicatesse avec la doctrine catholique : sous le général de Gaulle, la contraception est légalisée en 1967 ; Valéry Giscard d’Estaing fait voter la loi Veil sur l’avortement en 1975 ; la "guerre des deux écoles" est relancée par François Mitterrand en 1984 ; Jacques Chirac refuse la mention des racines chrétiennes dans la constitution européenne en 2004 ; le mariage des couples de même sexe est institué sous François Hollande en 2013 ; et Emmanuel Macron a engagé une réforme de la loi sur la fin de vie actuellement en débat au parlement. Ces différents doctrinaux n’ont cependant jamais interrompu le fil de la conversation entre la République française et le Saint-Siège ; celui-ci se gardant d'être accusé d'ingérence dans un pays à la laïcité sourcilleuse.

Face à la menace représentée aujourd'hui par le retour fracassant des empires et de la guerre, on assiste de nouveau à un rapprochement entre les diplomaties françaises et vaticanes.

Les sujets de convergence entre Rome et Paris ne manquent pas : l’écologie, le multilatéralisme, la souveraineté d'un Liban pluriconfessionnel, la défense d’une solution à deux États dans la crise israélo-palestinienne, ou encore la nécessité de doter l'Intelligence artificielle (IA) de règles éthiques... D’autres dossiers, sont plus épineux comme les questions sociétales, ou encore la possession des armes nucléaires, divergence profonde entre la France et le Saint-Siège. La présidence du général de Gaulle est souvent présentée comme l’âge d’or des relations franco-vaticanes. À cette époque, dite de la Guerre froide entre la Russie soviétique et les États-Unis, Paris et Rome plaidaient ensemble pour "l'entente, la coopération et de développement" entre pays riches et pauvres. Face à la menace représentée aujourd'hui par le retour fracassant des empires et de la guerre, on assiste de nouveau à un rapprochement entre les diplomaties françaises et vaticanes. Le déjeuner qui a suivi l'audience papale du 10 avril, avec le cardinal secrétaire d'État Pietro Parolin, n'en n'est pas le moindre signe.

Établir un contact constructif

Emmanuel Macron s'est toujours intéressé aux questions spirituelles. Dans son discours devant les évêques de France au collège des Bernardins à Paris, en 2018, il avait déclaré : "J’ai le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer." Ce discours, inédit dans la bouche d'un président français, exprimait sa volonté de rétablir un contact constructif entre institutions civiles et religieuses. Dans une démocratie moderne confrontée à une crise de sens collective, les unes et les autres, devaient surmonter leurs désaccords légitimes, se rencontrer et se parler mieux. Emmanuel Macron a tenu le même langage devant les autorités françaises de l'islam, du judaïsme et différentes obédiences laïques. "La solution est dans le chœur", disait Franz Kafka.

Emmanuel Macron est le premier président de la Ve république à avoir franchi les portes d'un haut lieu du catholicisme, le sanctuaire de Lourdes, à deux reprises, en 2021 et en 2025. Andrea Riccardi, historien de l'Église contemporaine et cofondateur de la communauté catholique Sant’Egidio, une ONG considérée comme le bras séculier de la politique étrangère du Vatican, estimait récemment dans Le Point qu'"Emmanuel Macron est un homme politique averti, mais il possède aussi une “intelligence spirituelle”. Sa conversation n’est pas seulement politique, elle est humaniste. Dans une Europe aujourd’hui assez pauvre en leadership culturel et spirituel, Macron est une figure d’ouverture. Il manquera à l'Europe après sa présidence".

Questionné par l’idée de transcendance

Bien avant d’entrer à l'Elysée, Emmanuel Macron a toujours exprimé une curiosité spirituelle. Baptisé à sa demande, contre l'avis paternel, à l’âge de 12 ans, il a par la suite travaillé avec le philosophe protestant Paul Ricœur. Emmanuel Macron, quoique non pratiquant, n’a jamais caché être questionné par l’idée de transcendance. Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens décédé en 2020, m'avait raconté la longue conversation qui s'était improvisée entre le futur jeune président et lui dans les rues du Touquet, où ils habitaient l'un et l'autre. Il avait été frappé par sa sensibilité aux questions existentielles. "Il m'interrogeait beaucoup, mais il m'écoutait beaucoup aussi. Il se dégageait de lui le sentiment assez clair qu'il se sentait appelé à se dépasser lui-même", confiait Mgr Noyer. Cette dimension spirituelle du personnage peut éclairer certains aspects de sa gouvernance et de sa vision du rôle de la France dans le monde.

Pourtant, sur ce sujet comme sur d’autres aspects de son action et de sa personnalité, Emmanuel Macron reste incompris de beaucoup de Français. Les élites intellectuelles et médiatiques, court-circuitées par cet astéroïde imprévu, y ont contribué en le caricaturant. Son approche de la spiritualité, qui bouscule les clivages traditionnels entre laïcité et religion, a parfois été perçue comme une forme d’opportunisme ou de contradiction. Pourtant, elle semble s’inscrire dans une quête de sens et d’unité personnelle. À cet égard, l'expérience d'Emmanuel Macron corrobore le fameux adage évangélique devenu proverbial : "Un prophète n'est méprisé que dans son pays." Toutefois, son aptitude à concilier laïcité et spiritualité, pourrait bien être distinguée par les historiens, comme l'une des originalités de sa présidence, même si elle reste, pour l'heure, ignorée ou minorée.