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[HOMÉLIE] La miséricorde de Dieu fait passer de la peur à la paix

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"L'incrédulité de saint Thomas" de James Tissot.

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Maxence Bertrand - publié le 11/04/26
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Curé de la paroisse d’Oullins, dans le diocèse de Lyon, don Maxence Bertrand commente les lectures du dimanche de la Divine Miséricorde. Jésus fait passer de la peur à la paix en montrant ses plaies. Nous pouvons vivre de la miséricorde de Dieu, si nous aussi nous Lui présentons les traces de nos blessures.

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Quand Jésus et les douze sont montés et entrés à Jérusalem, ils ont trouvé un lieu où s’établir, une maison en centre-ville. Il y avait à l’étage une grande pièce, appelée le Cénacle. C’est là que Jésus a envoyé ses disciples préparer le repas de la Pâque et qu’il a célébré la première messe de l’histoire, au soir du Jeudi saint. C’est là aussi que les disciples et les femmes qui suivaient Jésus sont restés avec Marie, la mère de Jésus, après la mort de Jésus, toute la journée du Sabbat. C’est là encore que le lendemain, le dimanche matin, Marie-Madeleine est venue trouver les disciples pour leur dire qu’elle avait trouvé le tombeau ouvert et qu’elle avait rencontré le Maître, ressuscité ! Pierre et Jean étaient partis en courant pour voir ce tombeau vide. Ils n’ont rien vu, mais Jean a compris. 

De la peur à la paix

L’ambiance à Jérusalem est encore extrêmement tendue. Les disciples, reconnus partisans de Jésus, sont dans l’angoisse d’être recherchés. Et le soir de ce même jour, alors qu’ils sont enfermés, dans cette maison de Jérusalem, au Cénacle, Jésus leur apparaît pour leur dire : "La paix soit avec vous." Ce qui apparaît très fortement dans cet évangile magnifique, c’est le passage de la peur à la paix. Les apôtres sont enfermés, portes verrouillées. Et leur cœur est dans le même état que cette maison : enfermé et verrouillé. Et pourtant Jésus apparaît et prononce ces mots : "La paix soit avec vous." Mais comme toujours, il joint à ses paroles un geste : il leur montre ses mains et son côté. Il leur montre quoi ? Les stigmates de la Passion. Jésus ressuscité garde la marque des clous et de la lance. 

Nous célébrons aujourd’hui le dimanche de la Miséricorde. C’est le pape Jean-Paul II qui a institué cette fête, dans le prolongement de la spiritualité de Sœur Faustine et des apparitions du Christ miséricordieux. Cet évangile nous dit beaucoup de choses sur cette miséricorde de Dieu qui nous fait passer de la peur, du recroquevillement sur nous-même, à la paix, à la bonté et à la conversion. Le Christ lui-même est ce chemin, notre chemin ! 

Jésus montre ses plaies

Comme nous le dit saint Pierre dans la deuxième lecture, ce chemin n'est pas sans difficultés, car il arrive que nous soyons "affligés par diverses épreuves", mais celles-ci servent à vérifier la valeur de notre foi, "beaucoup plus précieuse que l’or" (1 P 1, 6-7). Quand quelqu’un entre de force dans notre histoire ou dans une souffrance, cherche à toucher une de nos blessures passées ou présentes sans que cela vienne de nous, on dit qu’il remue le couteau dans la plaie. Mais quand de nous-même, on partage une épreuve intime et profonde, quand on partage une blessure, on donne quelque chose de nous-même et bien souvent on fait l’expérience d’une humilité qui n’est pas humiliante, d’une confiance dans la relation. Et quand quelqu’un nous confie quelque chose d’une blessure, notre amour grandit de façon instinctive. Mais ce moment, cette ouverture ne peut être commandée ou prise. On n’entre pas dans la blessure de l’autre par effraction. On reçoit ce que l’autre donne de lui-même, dans le temps, avec ses mots. 

Nous pouvons vivre de la miséricorde, si nous aussi nous présentons au Seigneur les traces de nos blessures.

C’est ce qu’a fait Jésus. Il nous montre ses plaies, les traces de ses épreuves passées. Il garde ses blessures les plus fortes pour nous dire qu’on a le droit d’avoir les nôtres, et qu’on a aussi le droit de ne pas les cacher, de ne pas passer sa vie à masquer ses imperfections, ses défauts, et même ses péchés. Alors saint Pierre peut s’écrier : "Par ses blessures nous sommes guéris" (1 P 2, 24).

La faiblesse de Thomas

Nous pouvons vivre de la miséricorde, si nous aussi nous présentons au Seigneur les traces de nos blessures. Et nous pouvons vivre de la miséricorde fraternelle entre nous, si nous ne passons pas notre vie à essayer de jouer un jeu ou un personnage. C'était là le secret de la première communauté des Actes des Apôtres : ils "étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle" et ils vivaient dans la vérité, car "ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur" (Ac 2, 42.46).

Thomas se rend vulnérable dans cet évangile. Il résiste à la foi. Mais il est capable de céder. Il se montre dans sa faiblesse et sa dureté à croire. L’Évangile ne dissimule jamais les défauts des apôtres et de la première communauté chrétienne. 

La tentation de faire semblant

Nous sommes appelés à la sainteté et sur ce chemin, la plus grande tentation consiste peut-être à faire semblant, parfois de manière bien intentionnée. Faire semblant dans notre prière… c’est dire à Dieu ce qu’on pense qu’il serait content d’entendre. Faire semblant dans notre comportement, c’est chercher à toujours être bien présentable. Et on a souvent bien des raisons de le faire. Il faut porter un bon témoignage, il faut être un bon chrétien, un bon prêtre. Mais si c’est au prix de la vérité, d’une image lisse de soi-même, si c’est pour jouer un personnage, c’est un mauvais chemin. 

Dans la Bible, Dieu a volontairement choisi des personnes qui avaient des défauts apparents et connus pour montrer que la sainteté n’est pas une forme de perfection extérieure, mais un cœur converti, élargi, apaisé, sanctifié. Abraham était âgé, Jacob un peu calculateur, Moïse n’avait pas la parole facile, Jonas n’avait pas un caractère facile, Marthe était un peu trop empressée, Paul avait une santé mauvaise, Timothée était timide… 

Le secret du pardon

Pourquoi est-ce que les petits, les personnes blessées par la vie, les pauvres sont les premiers destinataires de l’Évangile ? Pourquoi les publicains et les prostituées nous précèdent dans le Royaume de Dieu ? Parce que leurs blessures sont visibles. Parce qu’ils ne passent pas la moitié de leur vie à se cacher. 

La confession est un trésor merveilleux. C’est pour cela que Jésus souffle sur les Apôtres et leur confie sa miséricorde en leur disant : pardonnez à ceux qui voudront être pardonnés. Pardonnez sans compter, pardonnez sans juger, mais seulement à ceux qui veulent être pardonnés ! Le secret du pardon, c’est de ne pas se cacher.

Lecture du dimanche de la Divine Miséricorde (année A) :

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