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ESTHER-ABRAMI

Esther Abrami : “Quand je joue du violon, je vis un moment presque sacré”

Elle s’impose comme l’une des figures les plus prometteuses de la scène classique. Violoniste virtuose et compositrice, Esther Abrami bouscule les codes sur scène comme sur les réseaux sociaux, avec le désir de rendre la musique classique accessible à tous. "Quand je joue, il y a un moment presque sacré : en fermant les yeux, on se laisse complètement transporter et l’on peut même percevoir l’émotion du public", confie-t-elle à Aleteia.

7 min de lecture

Source: Eric Dervaux / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Esther Abrami.

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Figure montante de sa génération, Esther Abrami s’impose comme une artiste à suivre. Violoniste classique et compositrice, diplômée du Royal College of Music de Londres, elle se produit aujourd’hui sur les plus grandes scènes internationales. À seulement 29 ans, cette artiste originaire d’Aix-en-Provence intègre la prestigieuse liste des Forbes 30 Under 30, confirmant un parcours déjà remarquable. À travers son travail, elle bouscule les codes, rapproche les générations et insuffle à la musique classique une modernité nouvelle. Animée par une profonde passion, elle souhaite la transmettre au plus grand nombre, en particulier aux jeunes qui la suivent sur les réseaux sociaux. Elle évoque pour Aleteia sa passion pour le violon, héritée de sa grand-mère, et revient sur la force universelle de la musique, capable de toucher et de rassembler bien au-delà des frontières.

Aleteia : Vous dites qu’être violoniste, ce n’est pas juste "jouer du violon", mais une vocation. À quel moment avez-vous compris que c’était la vôtre ?
Esther Abrami : C’est venu en plusieurs étapes. J’ai d’abord découvert le violon à l’âge de 3 ans, grâce à ma grand-mère. Elle m’a transmis l’instrument sur lequel elle jouait enfant et m’a beaucoup parlé de musique. Mais j’étais encore trop jeune pour parler de vocation. C’est à 9 ans, lorsque j’ai pris mon premier cours de violon, que j’ai compris qu’il se passait quelque chose. J’ai eu un véritable déclic. Quelques leçons plus tard, j’ai annoncé à ma mère que je voulais devenir violoniste.

Votre parcours est marqué par la persévérance. À vos débuts, vous n’aviez pas de manager, pas d’argent, pas de contacts professionnels… Juste vous, votre violon et votre communauté sur les réseaux sociaux. Malgré toutes ces difficultés, vous n’avez jamais abandonné. Quel a été votre moteur ?
Mon amour pour la musique. Je rêvais de devenir violoniste, et même si le chemin était difficile, je savais qu’une vie sans musique, une vie où je ne pourrais pas en jouer, aurait été encore plus insupportable. Pour moi, une vie sans musique aurait été une vie malheureuse. 

Vous êtes aussi compositrice et vous avez à cœur de laisser une trace dans l’histoire de la musique. Quel message voulez-vous transmettre avec votre musique, au-delà des notes ?
Tout le monde a quelque chose à dire. En tant que femme, j’avais à cœur de laisser une trace à travers ma musique. Je souhaite transmettre ce que je vis aujourd’hui. Dans cent ans, les gens joueront encore de la musique et pourront découvrir comment, en 2026, les musiciens ressentaient le monde. La musique est un véritable témoignage de notre époque.

Justement, dans votre livre La musique est (aussi) une affaire de femmes, mais aussi dans votre podcast Women in Classical et la série Esther et elles, vous mettez en lumière des figures féminines du monde de la musique. Pourquoi est-ce important pour vous de raconter leurs histoires ?
J’aime mettre en valeur les femmes inspirantes. Dans notre milieu, on ressent parfois une certaine compétitivité, alors qu’il est important de cultiver un vrai esprit de communauté, de sororité. Si je devais choisir une figure féminine qui m’inspire — même si ce n’est pas facile d’en choisir une seule — je choisirai Rachelle Portman. Elle est la première femme compositrice à avoir remporté en 1997 un Oscar de la meilleure musique de film pour sa bande originale du film Emma, l'entremetteuse, réalisé par Douglas McGrath, basé sur le roman de Jane Austen. Elle m’inspire par son humilité et parce qu’elle a été une pionnière dans un domaine où les femmes sont encore rares. J’ai envie de suivre ses pas.

Vous avez révolutionné la manière de présenter la musique classique. Vous avez brisé les codes d’un milieu parfois très conservateur, tout en réussissant à faire découvrir la musique classique à un public jeune qui ne l’écoutait pas forcément. Sentez-vous que le regard des jeunes sur la musique classique est en train de changer ?
Oui, d’ailleurs, le pourcentage de jeunes qui écoutent de la musique classique a augmenté par rapport à il y a dix ou vingt ans. Il y a plusieurs raisons à cela. Les réseaux sociaux y jouent un rôle important, tout comme les plateformes de streaming qui proposent des playlists adaptées à l’humeur ou aux envies de chacun. Certaines séries télévisées, comme Les Bridgerton, intègrent également la musique classique, et des artistes contemporains, comme Rosalía, utilisent des influences classiques. On assiste clairement à un retour en force de la musique classique. Sur mes réseaux sociaux, je montre qu’on peut être un homme ou une femme moderne tout en jouant et en créant de la musique classique. 

Quels musiciens ou compositions conseilleriez-vous à une personne réticente face à la musique classique ?
Je commencerais par Les Quatre Saisons de Vivaldi. C’est une œuvre qui plaît à presque tout le monde. Elle combine un côté dramatique et virtuose, et reste très accessible. C’est une musique familière, que l’on a souvent déjà entendue, que ce soit en attendant au téléphone ou dans un ascenseur.

Où puisez-vous votre inspiration lorsque vous composez ?
Je puise mon inspiration dans tout ce que je vis et tout ce que j’ai vécu. Pour moi, composer de la musique, c’est un peu comme écrire dans un journal intime. Par exemple, le premier morceau que j’ai écrit, Transmission, parlait de la transmission de la musique par ma grand-mère, qui est décédée il y a quelques années. Aujourd’hui, je travaille sur mon prochain album, une série de compositions autour de l’amour. Là encore, c’est très personnel : je m’inspire de ce que j’ai vécu et de ce que j’ai assimilé.

En composition, parfois, je ressens comme un éclair d’inspiration qui surgit — une mélodie ou une idée qui arrive sans que l’on sache vraiment pourquoi. La musique semble apparaître d’elle-même, comme si elle ne venait de quelqu’un d’autre. 

Sainte Hildegarde, que vous évoquez dans votre ouvrage, voyait la musique comme un lien entre l’âme humaine et le divin. Ressentez-vous, vous aussi, cette dimension spirituelle lorsque vous jouez ou composez ?
Oui, je la ressens de différentes manières, selon que je compose ou que je joue. Quand je joue, il y a un moment presque sacré : en fermant les yeux, on se laisse complètement transporter et l’on peut même percevoir l’émotion du public. En composition, parfois, je ressens comme un éclair d’inspiration qui surgit — une mélodie ou une idée qui arrive sans que l’on sache vraiment pourquoi. La musique semble apparaître d’elle-même, comme si elle ne venait de quelqu’un d’autre. 

Vous parlez beaucoup du pouvoir de la musique. Qu’est-ce que la musique dit que les mots ne peuvent pas dire ? 
Les mots peuvent parfois se heurter à des interprétations. On dit même qu’il faut peser ses mots quand un sujet est délicat. Les mots divisent alors que la musique ne fait que nous unir. Et c’est un pouvoir incroyable ! 

Pratique

La musique est (aussi) une affaire de femmes, Esther Abrami, éditions Leduc, avril 2026.