Aux alentours de 9h45, ce vendredi 10 avril, la voiture d'Emmanuel Macron devrait entrer dans la cour Saint-Damase, où il sera accueilli par un piquet de la Garde suisse et un représentant de la Maison pontificale. Le président français, accompagné de son épouse et d'une petite délégation triée sur le volet, montera au second étage du palais apostolique où, après une longue enfilade de pièces, il retrouvera finalement le pape Léon XIV. Les deux hommes, après le traditionnel échange de cadeaux, s'entretiendront en privé dans la bibliothèque apostolique sur des sujets d’actualité. Puis, Emmanuel Macron descendra d'un étage pour rencontrer le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège — le "Premier ministre" du Pape — et Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États — le "ministre des Affaires étrangères" du Vatican.
Parmi les thèmes abordés lors de ces rencontres, deux paraissent incontournables : l'état des relations bilatérales entre les deux pays et la place de l'Église catholique dans la société française. Le premier dossier concerne le bon fonctionnement des accords concordataires qui lient les deux pays (notamment en Alsace-Moselle) ; le second concerne le rôle de l'Église en France dans des domaines où elle est particulièrement engagée, tels que l'éducation, la santé et le social.
L'éducation catholique
Concernant l'éducation, il est fort possible que le pape Léon XIV évoque la question de l'enseignement catholique en France. Dans une lettre adressée aux évêques français publiée le 25 mars dernier, il avait notamment regretté "l’hostilité croissante envers les établissements catholiques".
Un débat animé oppose actuellement certains responsables de l’enseignement catholique, qui souhaitent une identité chrétienne plus affichée, à d’autres acteurs — notamment politiques — qui veulent limiter cette identité et demandent plus de mixité sociale. Le Pape, qui avait déploré la "remise en cause [du] caractère propre" des établissements catholiques, pourrait donc apporter son soutien aux premiers.
Les abus dans l'Église
Un autre domaine abordé par le pontife dans sa lettre à l'épiscopat français était la question de la lutte contre les abus commis par le clergé. La présence annoncée par certains médias de Jean-Marc Sauvé dans la délégation présidentielle est un signal fort : l'ancien président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) avait enquêté sur les crimes sexuels commis en France depuis 1950.
Ce dernier n'avait pas été reçu par François après la publication du rapport de la Ciase en 2021, la méthodologie du rapport français ayant été critiquée au sein de la Curie. Néanmoins, les vents semblent avoir tourné au Vatican : Léon XIV a nommé deux Français liés à la Ciase à la Commission pontificale pour la protection des mineurs, l'organisme chargé de conseiller le pape dans sa lutte contre les abus. Il s'agit de l'archevêque de Chambéry, Mgr Thibault Verny (président), et de l'avocat Laurent Delvolvé (membre).
La situation internationale
Comme à chaque visite, des questions d'ordre international devraient être abordées, le Saint-Siège s'appuyant sur un important réseau diplomatique universellement reconnu. Dans un contexte marqué par le conflit en Iran et au Moyen-Orient, le Vatican et Paris partagent des vues proches sur plusieurs dossiers : la défense du multilatéralisme, la situation dramatique du Liban où les combats continuent, mais aussi à Gaza, en Syrie. Les deux parties devraient aussi se pencher sur le sort des chrétiens d'Orient, dont la France se pose traditionnellement comme la protectrice depuis le règne de François Ier.
L'Élysée souhaite de plus aborder la question de la "souveraineté européenne" lors de la rencontre, alors qu'Emmanuel Macron s'est positionné comme le héraut d'un renforcement de la coopération militaire en Europe, en réaffirmant avec force la doctrine de son pays en matière de nucléaire. C'est un point de dissension avec le Saint-Siège, qui milite pour une baisse des investissements dans l'armement, et avec le pape américain, qui avait fait l'éloge, dès son premier discours, d'une paix "désarmée et désarmante".
L'Algérie
Le 13 avril prochain, Léon XIV débutera une tournée en Afrique qui commencera par une étape en Algérie, pays qui entretient des relations très houleuses avec la France, notamment ces derniers mois. La proximité de l'audience d'Emmanuel Macron avec ce voyage peut interroger, même s'il semble qu'elle soit en réalité un hasard du calendrier.
Néanmoins, le président Macron ne devrait pas manquer de défendre la position de la France et pourrait plaider la cause du journaliste sportif français Christophe Gleizes, emprisonné pour "apologie du terrorisme" après avoir interviewé un dirigeant sportif kabyle lié à un mouvement sécessionniste. Le tête-à-tête au Vatican "permettra de faire passer une série de messages", concède-t-on à l’Élysée.
La fin de vie
Un autre thème délicat concerne le calendrier législatif français, alors que le projet de loi sur la fin de vie a été adopté par l'Assemblée nationale le 25 février dernier et doit désormais être voté au Sénat en mai prochain. Le Pape pourrait apporter son soutien aux évêques français qui ont largement fait campagne contre les mesures portées par le gouvernement.
Dans la droite ligne de la doctrine de l'Église, opposée à toute forme d'euthanasie, le pape Léon XIV a clairement pris position pour un "droit à la vie". Lors de l'audience générale du 4 juin 2025, peu après l'adoption du texte en première lecture, il s'était adressé aux fidèles de langue française pour défendre "la dignité intrinsèque de toute personne humaine", un message qu'il pourrait à nouveau transmettre à son hôte vendredi.
Une visite en France ?
Selon une source de l'Élysée, le président Emmanuel Macron transmettra une invitation au pape à effectuer une visite officielle en France. Un tel projet a également été évoqué par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, dans un entretien récent à la télévision KTO.
Ce voyage est très attendu : si François s'est rendu à trois reprises sur le territoire français (Strasbourg en 2014, Marseille en 2023 et Ajaccio en 2024), il n'a jamais réalisé de visite d'État chez la "Fille aînée de l'Église". La dernière visite de ce type remonte à celle de Benoît XVI en 2008.
D'autres thèmes possibles
Parmi les autres sujets envisagés figurent le climat et l’intelligence artificielle. Concernant le premier, Léon XIV a assumé l'héritage de son prédécesseur François, auteur de l'encyclique Laudato si'. Ce texte majeur sur l'écologie intégrale avait anticipé les succès, aujourd'hui contestés, de la COP21 de Paris, en 2015.
Concernant l'Intelligence artificielle (IA), le Saint-Siège s'est particulièrement investi ces dernières années sur cette question, qui sera d'ailleurs abordée dans la prochaine encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, dont la publication est pressentie pour mai prochain.






![[REPORTAGE] À la Sagrada Familia, Léon XIV choisit la porte des plus petits](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2026/06/pope-leo-xiv-holy-mass-basilica-sagrada-familia-jesus-christ-tower-barcelona-afp-000_B6NL6LY.jpg?resize=75,75&q=25)


