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L’Orient et l’Occident sont autant des frontières mentales que géographiques et culturelles. Il est tout aussi difficile de définir l’un et l’autre, tant se mêlent l’histoire, la culture, les représentations et les idées projetées sur les autres. Historiquement, la distinction entre l’Orient et l’Occident est issue du partage de l’Empire romain, d’abord en 285, sous Dioclétien, puis en 395, sous Théodose. En Orient, le monde grec, en Occident, le monde latin. Une distinction appelée à durer, puisque l’Empire romain d’Orient aura pour capitale Byzance et sera l’Empire des Grecs, par opposition aux Romains latins, ceux d’Occident.
Avec la disparition de l’Empire romain d’Orient et le déploiement de l’Empire ottoman, la notion d’Orient a évolué. Puis, au XIXe siècle, elle s’est parée d’un romantisme poétique : l’Orient fut le lieu de l’orientalisme, de la mystique et du voyage. Tout à la fois ailleurs, monde musulman et arabe, et question essentielle pour l’Occident avec la naissance de la fameuse "Question d’Orient".
Un monde chrétien
Mais si l’Orient, dans l’imaginaire collectif, est souvent associé au monde arabe et musulman, c’est oublier qu’il est aussi un monde de chrétiens et surtout le lieu même où est né le christianisme. L’Œuvre d’Orient, créée en 1856, a pour finalité, depuis son origine, de venir en aide à ces chrétiens qui vivent sous les contraintes de la politique et de la guerre et, souvent, des difficultés à vivre leur foi librement. L’analyse de la carte des terrains d’action de cette association permet de dessiner un autre Orient, davantage lié à l’histoire du christianisme.
On y retrouve sans surprise le Proche et le Moyen-Orient, qui ont gardé la notion d’Orient dans leur nom même. Palestine, Syrie, Liban, Irak sont aujourd'hui le noyau dur de l’Orient. À quoi s’ajoutent l’Égypte, la Turquie, l’Arménie et l’Iran, rappelant que le monde oriental n’est pas qu’arabe et qu’il s’étire jusqu’au Caucase.
De la corne de l’Afrique à l’Europe
Plus surprenant pour un lecteur contemporain, on retrouve aussi dans cette carte de l’Orient des pays de la corne de l’Afrique : Éthiopie et Érythrée, l’Inde, ainsi que des pays d’Europe : Grèce, Roumanie et Ukraine. C’est bien ici la vision historique de l’Orient qui l’emporte, à la fois romaine et chrétienne, beaucoup plus large que la vision orientale issue du XIXe siècle. La corne de l’Afrique est christianisée dès la période évangélique quand l’Inde voit la venue de l’apôtre Thomas, évangélisateur du Kerala. Les premiers chrétiens en Inde étaient rattachés à la Syrie, d’où leur nom de syro-malabars, rappelant ainsi la permanence des échanges entre le monde grec et le monde indien, comme en témoigne la chevauchée d’Alexandre. Il en va de même pour l’Iran, l’ancienne Perse, où les communautés grecques chrétiennes se sont installées dès les premiers siècles de l’Empire romain.
Quant aux régions européennes de cet Orient chrétien, elles rappellent que, pour les Romains, l’Orient débute dans les Balkans. Si la majorité des chrétiens de ces régions sont désormais orthodoxes, une minorité demeure catholique avec un rite gréco-catholique. La carte de cet Orient chrétien donne une réalité et une représentation bien différentes de la vision habituelle de l’Orient. Mais, au-delà de la géographie, elle rappelle aussi que l’Orient est mouvant.
La terre et les hommes
Il y a la terre et il y a les hommes. Il y a l’Orient géographique et l’Orient vécu. Si, chez les Romains, l’Orient est le lieu où l’on parle le grec, alors le déplacement des hellénophones déplace l’Orient. C’est bien tout l’enjeu des diasporas issues des drames politiques. Ou, pour le dire autrement, les chrétiens de cette région sont-ils des "chrétiens d’Orient" ou des "chrétiens en Orient" ? Si leur orientalité leur vient du lieu, alors ils cessent d’être Orientaux en venant en Occident. Mais si cette orientalité est le fruit de leur histoire, de leur rite, de leur langue, alors elle est attachée à leur personne et non pas aux lieux où ils vivent. Dans ce cas, avec les migrations et les diasporas, ces chrétiens sont orientaux non pas seulement en Orient, mais aussi à Sarcelles, aux États-Unis, au Canada, en Australie, territoires de leur accueil et de leur exil. Avec les migrations, l’Orient se dilate, se répand ailleurs dans le monde.
Le risque est celui de la disparition des chrétiens d’Orient en Orient, chassés par les guerres et les exactions. Venu en Occident, leur risque est celui de la dissolution ou, à l’inverse, du raidissement qui empêche toute évolution. Ce que dessine cette carte des chrétiens d’Orient, c’est une histoire et une géographie et les défis pour le futur.









