La rencontre entre Emmanuel Macron et le pape Léon XIV, prévue ce vendredi 10 avril au Vatican, marque une étape diplomatique majeure entre la France et le Saint-Siège. Première audience officielle entre les deux chefs d’État depuis le début du pontificat de Léon XIV le 8 mai 2024, elle intervient dans un contexte international tendu et après plusieurs reports liés à des contraintes d’agenda.
Le président français sera reçu dans la matinée au Palais apostolique, où le souverain pontife s’est installé à la mi-mars. Leur entretien privé sera suivi d’échanges en secrétairerie d’État avec le cardinal Pietro Parolin et Mgr Paul Gallagher, figures clés de la diplomatie du Saint-Siège.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’un premier échange téléphonique intervenu quelques jours après l’élection du Pape, au cours duquel les deux dirigeants avaient déjà évoqué les conflits en Ukraine et à Gaza. Elle fait également suite à une relation suivie entre Emmanuel Macron et le prédécesseur de Léon XIV, François, qu’il a rencontré à six reprises entre 2017 et 2024. Si la relation entre Emmanuel Macron et le Vatican peut être qualifiée de globalement bonne, elle reste toutefois ambivalente. Le président français entretenait des échanges réguliers avec le pape François, marqués par une certaine proximité personnelle allant jusqu’au tutoiement lors de certaines rencontres officielles. En 2021 leurs échanges avaient même duré une heure, tout comme en 2018. Cependant, plusieurs interventions publiques du pape argentin ont parfois donné lieu à des critiques directes de la situation politique ou sociale en France, notamment sur la laïcité, le traitement des migrants ou les débats éthiques autour de la fin de vie.
Au-delà du symbole, l’entretien devrait être dominé par les enjeux internationaux. Le chef de l’État entend placer la question de la paix au centre des discussions, en abordant les crises au Moyen-Orient, la situation au Liban ainsi que le sort des chrétiens d’Orient. Dans un contexte particulièrement tendu, la voix du Pape apparaît comme un relais moral singulier sur la scène internationale.
Les sujets de société devraient également occuper une place importante. Le projet de loi français sur la fin de vie, qui prévoit notamment la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté, pourrait susciter des échanges nourris, l’Église catholique y étant fermement opposée. La question des abus sexuels dans l’Église de France, déjà soulevée ces dernières années, pourrait aussi être évoquée.
Dynamisme des baptêmes
Cette visite intervient enfin dans un moment particulier des relations entre Paris et le Vatican. L’absence actuelle d’ambassadeur français auprès du Saint-Siège, ainsi que les spéculations passées autour d’une possible influence française lors du conclave, ont pu nourrir certaines tensions. Pour autant, le nouveau pape semble manifester un intérêt marqué pour l’Église de France, saluant notamment le dynamisme des baptêmes d’adultes. À plusieurs reprises, le Pape a évoqué la France avec affection. Ainsi dans un message adressé aux évêques de France à l'occasion de leur assemblée plénière, il avait assuré ces derniers de son "attachement et de l’intérêt qu’il porte à la Fille aînée de l’Église". Dans ce contexte, Léon XIV a été invité à plusieurs reprises à venir visiter la France notamment par Mgr Aveline. Si sa venue ne semble pas encore être au programme, elle est en tout cas très attendue.
En toile de fond, la perspective d’un voyage de Léon XIV en France, possiblement dès 2026, confère à cette première rencontre une dimension stratégique. Plus qu’une simple audience protocolaire, ce rendez-vous pourrait ainsi jeter les bases d’un nouveau chapitre dans les relations entre la France et le Saint-Siège.









