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Alors qu’un fragile cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis est entré dans son deuxième jour, ce jeudi 9 avril, le Liban reste le grand angle mort de la désescalade au Moyen-Orient. Sur ce front, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent, menaçant de faire échouer toute tentative de stabilisation régionale. Ces dernières heures ont ainsi vu plus de 200 personnes tuées dans des frappes israéliennes, portant à plus de 1.400 le nombre de morts depuis le début du conflit au Liban. Israël a également revendiqué des frappes ciblées contre des cadres du Hezbollah, notamment à Beyrouth, tout en affirmant sa détermination à frapper "partout où il le faudra". "En ce jour de deuil pour le peuple libanais, je tiens à lui exprimer ma tristesse, mon indignation et ma pleine solidarité", a réagi rapidement le cardinal Aveline, président de la Conférence des évêques de France (CEF). "Je condamne avec la plus grande fermeté cette opération intolérable, perversement appelée « obscurité éternelle », ainsi que le cynisme de son déroulement, au moment même où entrait en vigueur un cessez-le-feu entre les belligérants. " Et le cardinal de conclure : "La spirale de la violence doit cesser et le droit international doit être respecté. L’histoire nous apprend que la sécurité d’un peuple ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre."
Alors qu'une trêve entre Washington et Téhéran a été conclue le 8 avril, cet accord n'a pas entraîné d'accalmie pour le Liban qui continue d'être bombardé notamment dans la partie sud du pays. Le Premier ministre israélien a clairement affirmé que cet accord ne s’appliquait pas au Hezbollah, poursuivant ainsi les frappes sur le territoire libanais. Cette position est contestée par plusieurs acteurs internationaux — dont la France ou le Royaume-Uni — qui considèrent au contraire qu’un cessez-le-feu crédible doit inclure le Liban. Paris insiste : sans extension à ce front, la trêve restera "fragile et non durable".
L'Iran a quant à lui insisté sur le fait le Liban constituait une "partie inséparable" de l'accord de cessez-le-feu au Moyen-Orient, ajoutant que toute violation de la trêve provoquerait une "réponse ferme" de sa part. "Le Liban et l'Axe de la Résistance tout entier, en tant qu'alliés de l'Iran, forment une partie inséparable du cessez-le-feu" conclu avec les Etats-Unis via une médiation du Pakistan, a prévenu sur X le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Guerre sans fin
Au-delà des frappes aériennes, Israël a étendu sa présence militaire au sol dans le sud du Liban. Des unités ont été déployées jusqu’à plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire, avec des discussions en cours sur la création d’une "zone de sécurité". Des infrastructures stratégiques, notamment des ponts sur le Litani, ont été détruites pour isoler le sud du pays, compliquant encore davantage les déplacements et l’accès à l’aide humanitaire.
Mgr Guillaume Bruté de Remur, recteur du séminaire Redemptoris Mater à Beyrouth, n'est pas surpris par l'exclusion du Liban de la trêve. "Depuis le début, Israël a été clair : il veut dissocier la campagne sur le Liban de celle sur l’Iran. J’ai toujours pensé que les accords conclus entre Washington et Téhéran ne se répercuteraient pas sur le Liban, ni sur le plan militaire ni sur le plan politique", explique-t-il, résigné.
La population civile subit de plein fouet cette logique. Plus d'un million de Libanais ont été déplacés dans tout le pays, soit près d'un habitant sur cinq. Des régions entières au sud, où le Hezbollah est particulièrement présent, sont vidées de leurs habitants. "Les déplacés du Sud restent bloqués. Plus aucune zone n’est vraiment sûre : certaines ont été touchées alors que personne n’avait pu évacuer", relate Mgr Bruté de Remur. Le recteur évoque un climat de peur et d’impuissance, accentué par des incidents localisés. "Un couple dans une zone chrétienne a été tué alors que la cible était un responsable du Hezbollah, qui a survécu. Ce mélange de peur et d’injustice alimente l’inimitié envers Israël mais aussi envers le Hezbollah, bien que ce dernier soit encore soutenu par une partie de la population", souligne-t-il.
Derrière ce climat, c'est le risque de guerre civile qui semble poindre. Mgr Bruté de Rémut met ainsi en garde contre un risque de déstabilisation interne : "Si le Liban se fragilise à l’intérieur, la situation pourrait rapidement dégénérer. L’histoire de 1975 montre à quel point un seul incident peut embraser tout le pays. La population est fébrile, et Israël joue sur cette tension. Il faut espérer que le peuple Libanais ait appris de son passé."









