Du jamais-vu. La France devrait perdre près de 1,7 million d'élèves en 2035, soit une baisse d'environ 14% en dix ans, en raison d'une chute de la fécondité, ce qui rendra nécessaire de repenser "l'offre scolaire sur le territoire à long terme", selon un document du service statistique du ministère de l'Éducation nationale publié le 7 avril 2026.
"Ces projections suivent une baisse déjà entamée qui va devenir massive, puisqu'on va perdre près de 1,7 million d'élèves, dont 933.000 élèves dans le seul premier degré", a affirmé le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray dans un entretien au Parisien le même jour. Si "dans les territoires ruraux, il peut y avoir des regroupements pédagogiques intercommunaux", en revanche "en milieu urbain, il va falloir s'interroger sur le maillage", a-t-il poursuivi, en particulier à Paris, sur le "maillage d'écoles, de collèges et de lycées extrêmement dense (...) qui va perdre 30% de ses élèves en dix ans".
Baisse accentuée dans le primaire
La baisse du nombre d'élèves serait plus accentuée dans les écoles primaires (-933.000 élèves, -15,2%) que dans les collèges et lycées (-743.800 élèves, -13,2%) en prenant en compte un scénario intermédiaire, "sur l'ensemble de la période", selon ce document. Pour les syndicats de l'Éducation nationale, ces projections ne doivent pas servir à justifier des suppressions massives de postes, alors qu'il faudra remplacer quelque 300.000 professeurs qui partiront à la retraite d'ici 2030, selon une étude datant de 2025. Au total, 4.000 suppressions de postes d'enseignants, public et privé confondus, sont attendues pour la rentrée 2026, ce qui suscite des mobilisations sur tout le territoire depuis plusieurs semaines.
1,5 enfants par femme en 2030
Les auteurs du document fondent leurs projections sur une démographie "marquée par une baisse des naissances, amorcée depuis 2010" et la baisse des effectifs entamée "en 2016" dans le primaire et "en 2024" dans les collèges et lycées. Ils proposent trois scénarios de fécondité (intermédiaire, haut et bas). Le scénario intermédiaire prolonge la baisse de la fécondité pour atteindre un indice en 2030 de 1,5 enfant par femme, qui se stabilise ensuite. Une chute de la natalité que le philosophe Olivier Rey analyse sous différents prismes, auprès d'Aleteia : "En ce qui concerne le fait d’avoir, ou non, des enfants, engendrer peut apparaître comme un acte irrationnel, à plusieurs points de vue. Du point de vue économique d’abord : (...) les enfants font augmenter les dépenses contraintes dans un monde où le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure." Il ajoute : "Du point de vue du développement personnel : les enfants réclament temps et énergie, au détriment de ce qui pourrait être investi dans son propre épanouissement." Et de conclure : "Ainsi, à l’intérieur du cadre dessiné par le paradigme économique" et "par la quête du développement personnel, (...) il est rationnel de ne pas avoir d’enfants. La raison, cependant, peut trouver que se confiner à un tel cadre est déraisonnable."










