separateurCreated with Sketch.

Éduquer sans transmettre aux enfants ses peurs

Éduquer sans transmettre aux enfants ses peurs
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Guillermo Dellamary - publié le 08/04/26
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Sans s'en rendre compte, les parents peuvent léguer à leurs enfants non seulement des principes, mais aussi l’écho de leurs propres peurs.

Et si votre lecture allait plus loin ?

Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.

Je découvre l'abonnement

L'éducation ne se limite pas à nourrir, vêtir, corriger ou surveiller. Elle consiste à transmettre une façon de voir le monde, de réagir à la souffrance, d'affronter l'incertitude sans s'effondrer. Avant d'être une pédagogie, l'éducation est une manière d’aborder la vie. En effet, les enfants n'apprennent pas seulement à partir de  ce qu'on leur dit ; ils apprennent surtout de ce qu'ils voient et de ce qu’ils vivent. Ils absorbent les silences, les intonations de la voix, les gestes, les mouvements brusques, les manières d'aimer et les méthodes pour résoudre - ou éviter - les conflits.

L'ombre de l'anxiété

Il existe une vérité délicate qu'il faut affronter : aucun parent ne transmet uniquement ce qu’il souhaite. Il transmet également ce qu'il n'a pas encore examiné en lui-même. L'affection peut alors se mêler d'anxiété, ou la bienveillance de peurs excessives. Ainsi, un enfant peut grandir au milieu de messages contradictoires : on l'invite à prendre son envol, mais il peut sentir ses ailes retenues par les fils invisibles de l'inquiétude.

De même que personne ne servirait d'eau propre dans une cruche trouble, un cœur plein de panique ne peut transmettre de la sérénité, ou encore une personne possessive a du mal à enseigner la liberté. Il ne s'agit pas, bien évidemment, d'être des parents parfaits, mais de rester attentif à soi-même : reconnaître ses propres limites, demander de l’aide quand cela est nécessaire, et veiller à ce que les enfants ne portent pas ce que vous n’avez pas encore appris à gérer en vous. 

Les parents souhaitent des enfants sûrs d’eux, alors qu’ils vivent parfois eux-mêmes dans l'inquiétude ; ils désirent des enfants courageux alors qu’ils leur insufflent leur peur ; ils veulent des enfants authentiques, mais sont freinés par le regard des autres.

Enfin, la surprotection, même motivée par la tendresse, peut masquer la peur de l’adulte. Certes, elle cherche à faciliter le chemin de l'enfant pour éviter qu’il ne trébuche, ne souffre ou ne se sente frustré, mais une vie épargnée de toute difficulté ne le rend pas plus fort et peut créer une dépendance. L'amour mature ne supprime pas tous les obstacles, il enseigne comment les surmonter.

La sagesse de saint Jean Chrysostome

Saint Jean Chrysostome, l'un des grands docteurs de l'Église, rappelait déjà que les parents ne doivent pas exaspérer leurs enfants, mais les élever dans une éducation équilibrée. L'enfant n'a pas besoin d'un surveillant permanent, mais d'un adulte qui a travaillé sur lui-même, capable de fixer des limites sans humilier et de corriger avec bienveillance, sans déverser ses propres blessures sur lui.  

Souvent, les parents veulent enseigner ce qu'ils n’ont pas encore pleinement intégré en eux-mêmes. Ils souhaitent des enfants sûrs d’eux, alors qu’ils vivent parfois eux-mêmes dans l'inquiétude ; ils désirent des enfants courageux alors qu’ils leur insufflent leur peur ; ils veulent des enfants authentiques, mais sont freinés par le regard des autres. L'enfant perçoit ces contradictions et doit apprendre à naviguer entre les aspirations et les limites de ses parents. 

L'authenticité, clé d’une éducation juste

L'éducation ne consiste pas à créer des enfants parfaits, mais à accompagner des individus authentiques, capables de s'affirmer sans surveillance constante, de développer leur propre jugement et d’être une force tranquille face aux difficultés. Le psychologue américain Carl Rogers (1902-1987) soulignait que le développement personnel s'épanouit dans un climat d'authenticité et d'acceptation. Se sentir aimé inconditionnellement pour ce qu’il est vraiment créé un espace où l’enfant peut mieux se comprendre et s’exprimer plus ouvertement. 

L’authenticité s’éprouve aussi dans la profondeur donnée à l’éducation : il ne s’agit pas tant d’inculquer à bien se comporter en société qu’à développer une conscience morale, d’enseigner à masquer ses imperfections qu’à les comprendre pour les transformer, de porter un masque que d’apprendre à être soi-même. L’éducation authentique privilégie l’éveil de la conscience aux apparences. 

Un enfant a besoin de limites, mais il a surtout besoin d'un lien affectif solide dans lequel il n'a pas à prouver sa valeur. Lorsque le foyer ne valorise que la perfection extérieure, l'enfant apprend à dissimuler ses erreurs. Au contraire, lorsque les parents favorisent la vérité, la responsabilité et la tendresse, l’enfant apprend à grandir avec confiance et sérénité, prêt à devenir lui-même sans peur.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)