53 ans, cinq enfants de 31 à 21 ans, deux petits-enfants, une maîtrise de lettres, quelques années d’enseignement et aujourd’hui une activité de conseil en optimisation d’espace/location saisonnière en Auvergne où elle vit depuis 30 ans : tel est, à grands traits, le CV de notre jacquaire du jour. Quant à sa personnalité, elle est si fraîche et pleine de vie qu’on peine à imaginer l’élégante quinquagénaire, clouée au lit dix jours par mois pendant six ans, avec des traits marqués par la maladie et des kilos superflus induits par la cortisone. C’est l’effet Compostelle, qui donne à chacun selon ses besoins : quête initiatique, pèlerinage, lieu de rencontres improbables ou pour Guénaëlle et d’autres, chemin de résilience.
Aleteia : vous vous étendez peu dans votre ouvrage sur l’avant Compostelle, mais on comprend que vous revenez de loin. Je me trompe ?
Guénaëlle de Montgolfier : Du tout ! Après des années comme mère au foyer, j’ai repris une activité professionnelle dans un secteur qui ne correspondait pas à ma formation initiale : le commerce. J’ai travaillé chez un antiquaire, puis comme chargée de développement dans le service à la personne. Dans les deux cas, je suis tombée sur des employeurs sans scrupule et maltraitants qui m’ont conduite au burn-out. À peine sortie de cette période compliquée, voilà que je suis frappée d’épouvantables maux de tête. C’étaient les premiers symptômes d’une longue maladie.
J’ai fréquenté les hôpitaux de Clermont-Ferrand, Lyon et Paris, échoué en maison de repos "pour les fous", testé des médecines alternatives dans la Creuse … Rien n’y faisait. Ça a été une descente aux enfers.
Quels ont été les autres ?
Des pics de fièvre à 40°, de violentes courbatures, une intolérance absolue au bruit et à la lumière. "Vous avez une maladie grave" m’a-t-on dit, sans parvenir à mettre un nom dessus. Les médecins en perdaient leur latin. Je faisais méningite sur méningite, passais trois jours complets en tête-à-tête avec ma souffrance, me relevais pour une semaine sous l’effet dopant d’antibiotiques à haute dose puis rechutais. J’ai fréquenté les hôpitaux de Clermont-Ferrand, Lyon et Paris, échoué en maison de repos "pour les fous", testé des médecines alternatives dans la Creuse … Rien n’y faisait. Ça a été une descente aux enfers.
Comment en êtes-vous sortie ?
Il y a eu une étape-clé : une retraite de guérison intérieure à Saint Joseph de Mont-Rouge (Hérault) avec la famille de Saint Joseph. Neuf jours très denses émotionnellement qui m’ont permis de relire mon histoire sous le regard de Dieu. Éprouvant, mais indispensable, car mon enfance est entachée d’un souvenir traumatique que je devais affronter. En parallèle, les médecins ont enfin pu trouver un traitement efficace. Je relevais la tête mais il me restait une sensation d’étouffement. J’avais besoin d’une expérience libératrice. Ça a été Compostelle.
Votre santé chancelante n’était pas un frein ?
Pour moi, non : c’était comme un appel impérieux. Mais le grand ponte qui me suivait à Paris n’en avait cure et a refroidi mon élan : "Votre maladie est irréversible, elle exige de la prudence. Votre traitement fonctionne, de quoi vous plaignez-vous ?" Sans le savoir, il a renforcé ma détermination. Une discussion avec un cousin ayant entrepris le Chemin a fait le reste. Il m’a encouragée à ne pas laisser mes peurs prendre le dessus.

Quelles étaient ces peurs ?
Faire la route seule, mal dormir, laisser mon mari trois mois, ne pas y arriver… Mais je n’ai pas foncé tête baissée, j’ai pris un an pour préparer mon Chemin, sans mettre personne dans la confidence hormis mon époux : n’ayant pas fait de sport depuis 6 ans, je n’avais plus de muscles. Il fallait que je relance la machine ! Ce que j’ai fait grâce à l’association des amis du chemin de Saint-Jacques en Auvergne avec laquelle je suis partie marcher une journée par semaine. Ça a beau être des personnes d’un certain âge, j’ai eu un mal fou à les suivre : elles ont une pêche d’enfer ! Le soir, je ne tenais plus sur mes jambes. Mon appréhension n’en était pas moins grande, mais des signes du Ciel m’ont confortée.
Par exemple ?
Je voulais partir d’Auvergne, où j’habite, et j’ai appris par pur "hasard" qu’un tronçon s’ouvrait entre Orcival et Rocamadour. Il n’était pas encore balisé, mais j’ai accepté de servir de cobaye pour les baliseurs de l’association Orcival-Rocamadour. Connaissant Orcival pour avoir participé au pèlerinage des mères de famille d’Auvergne qui part de la basilique, j’y ai vu un signe. J’ai commencé mon périple en me plaçant sous la protection de la fameuse Vierge noire du lieu, le jour de Pâques.
J’ai été époustouflée par la beauté de la France et de la nature en général : combien de fois me suis-je émerveillée devant des paysages grandioses, qui me poussaient à rendre grâce !
Comment se sont passés ces trois mois ?
Il y a tant à dire que j’ai voulu en faire un livre, essentiellement axé sur les rencontres que j’ai faites durant ce temps. Rencontres très diverses, tant le Chemin attire des personnes de tous horizons. Ce qui ouvre le cœur et l’esprit. La plupart du temps, ces rencontres m’ont nourrie et fait grandir, même si je relate aussi quelques anecdotes sur des hôtes peu amènes ou des marcheurs sans gêne. J’ai aussi été époustouflée par la beauté de la France et de la nature en général : combien de fois me suis-je émerveillée devant des paysages grandioses, qui me poussaient à rendre grâce !

Et sur le plan spirituel, justement, qu’avez-vous vécu ?
Catholique pratiquante, j’avais de grandes ambitions sur ce plan, d’autant que la question spirituelle est récurrente dans les échanges. En fait, mon pèlerinage a été en dents de scie : en France, où je passais des journées sans croiser personne, j’ai eu plus de facilité à entrer dans la démarche, qu’en Espagne où ça a viré aux grandes vacances. Et j’ai adoré ça ! La foi, c’est aussi vivre pleinement ce qu’on a à vivre. Combien de fois ai-je été amenée à parler de ma conception de l’amour et du couple autour d’une bière !
Votre corps a tenu le coup ?
Croyez-moi ou pas, je n’ai pas eu le moindre pépin de santé, pas même une tendinite… Et aucune ampoule ! Une fois le pli de la marche pris, ça roule tout seul, même s’il y a bien sûr des moments d’épuisement, d’abattement total… Mais j’ai été plus attentive que jamais à ce que me disait mon corps, je lui parlais même, quand un membre était douloureux : "Qu’as-tu à me dire ma hanche ?" ! Je me suis réconciliée avec ce corps si malmené et honni.
Le retour ne doit pas être évident après une telle coupure ?
C’est sûr. Surtout pour le couple. Je connais mon mari, Benoît, depuis mes 13 ans, je l’ai épousé à 22, on n’avait jamais été séparés plus de cinq jours. Pendant toute ma maladie, il a été épatant, aux petits soins, patient, combatif et je m’en voulais de le planter comme ça ! Après le pèlerinage, mon urgence étant de le retrouver, j’ai refusé toutes sollicitations pendant trois mois pour passer du temps avec lui : prière, marche, retraites… Je ne regrette rien, mais franchement, je pense qu’il n’est pas bon pour un couple de se séparer si longtemps.
Finalement, qu’est-ce qui a changé avec ce pèlerinage ?
Sur un plan physique, il a parachevé ma guérison : aujourd’hui, je vais bien, je marche beaucoup avec Benoît, je fais de la gym… J’ai encore un traitement, mais beaucoup plus léger. Puis, "faire Compostelle" m’a rendu confiance en moi et m’a permis d’expérimenter l’abandon, alors que j’aime tout contrôler. Par-dessus tout, le Chemin m’a restaurée en profondeur.
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