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Ce 8 avril paraît Adieu l’enfance, le 34e et dernier tome de la série Élisabeth, princesse à Versailles (Albin Michel Jeunesse). Des romans de fiction inspirés de l’enfance de la princesse Élisabeth de France, la plus jeune sœur du roi Louis XVI. Intelligente, sportive et généreuse, Élisabeth est amenée, tout au long des 34 tomes, à résoudre des intrigues à la cour de France avec sa grande amie Angélique de Mackau, la fille de sa gouvernante. Cette collection, lancée en septembre 2015, connaît un immense succès : elle enregistre près de 2 millions d'exemplaires vendus, dont plus de 250.000 pour le tome 1. L’auteur, Annie Jay, a écrit en 35 ans plus de 70 romans historiques pour la jeunesse, dont la grande majorité se déroule à Versailles aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle confie à Aleteia sa fascination pour la princesse Élisabeth, et notamment sa métamorphose durant l’enfance. "Elle est connue au départ pour être une petite princesse extrêmement orgueilleuse, rebelle, désagréable, refusant toute autorité, et elle est devenue une jeune fille capable d’une extrême bonté !", souligne Annie Jay. Une métamorphose qui donne ainsi matière à 34 romans joyeux et édifiants, pour le plus grand plaisir des petites filles de 8 à 12 ans.
Aleteia : Ce 8 avril paraît le dernier tome d'Élisabeth, princesse à Versailles, la série est-elle vraiment terminée ou bien une suite est-elle prévue avec cette même héroïne ?
Annie Jay : Non, ce sera fini, je termine avec le jour de ses 12 ans. À partir de cet âge, Élisabeth change de vie, elle devient beaucoup plus sage, plus réfléchie, plus obéissante, elle est plus proche de sa famille, alors qu’avant elle ne l’était pas. Je pense qu’il était temps d’arrêter la collection à l’aube de cette nouvelle vie, que les lecteurs ne liront pas dans la série mais qu’ils auront peut-être envie de connaître au travers d’autres livres.
Vous avez écrit 34 tomes, la princesse Élisabeth de France est une figure qui vous a manifestement inspirée.
Oui beaucoup ! Élisabeth était une princesse, mais pas une princesse de conte de fées ! Ces petites princesses françaises étaient élevées à la dure pour devenir des souveraines européennes. On leur en demandait énormément. Et ce personnage m’a marqué parce que cette petite princesse, que l’on essayait de faire entrer dans un moule, s’y refusait et j’ai trouvé incroyable de voir ce caractère chez une enfant aussi jeune !
Madame de Mackau a su réveiller en elle tout ce qui il y avait de bon.
Mais ce qui m’a peut-être le plus profondément touché, c’est la transition qui s’est opérée en elle. Elle est connue au départ pour être une petite princesse extrêmement orgueilleuse, rebelle, désagréable, refusant toute autorité, refusant même d’apprendre, – elle n’a appris à lire et à écrire qu’à l’âge de 8 ans grâce à la douceur de sa sœur Clotilde ! – et elle est devenue une jeune fille capable d’une extrême bonté à l’égard de son prochain. Elle a été confiée à une femme qui avait un sens remarquable de l’éducation et de la pédagogie, Madame de Mackau, qui a compris que c’était une petite fille seule, désespérée, qui manquait d’amour. Elle a su réveiller en elle tout ce qui il y avait de bon. Je voulais parler de cette transition incroyable ! Élisabeth s’est mise à regarder son prochain d’un autre œil, à être bonne, à aider ceux qui étaient dans le besoin, à faire en sorte que l’univers autour d’elle soit un peu meilleur.
La série comptabilise près de 2 millions de ventes : qu’est-ce qui fait selon vous son succès ?
Il y a toujours le mythe de la princesse. Les petites filles aiment les princesses. Je pense que les lecteurs ont été étonnés de voir qu’il s’agissait d’une petite fille qui souffrait d’être une princesse, qui aurait aimé être libre et faire ses propres choix. Ce qui plaît aussi, sans doute, est le respect de la réalité historique. J’ai adjoint à Élisabeth son amie Angélique de Mackau qui a vraiment existé. Et la série n’aurait jamais eu autant de succès s’il n’y avait pas eu les belles illustrations d’Ariane Delrieu. Tout, dans les illustrations, a été étudié pour se conformer au XVIIIe siècle : les uniformes, le mobilier, etc. Et puis Versailles offre un décor absolument incroyable que j’ai la chance de bien connaître.
Comment, justement, menez-vous le travail de recherches historiques ?
Au XIXe, Élisabeth était considérée comme une "princesse médiocre" qui n’était connue que pour sa piété. On s’est rendu compte au XXe que c’était un personnage beaucoup plus riche. J’ai lu les biographies, les mémoires, et toutes les correspondances qui sont consacrées à Élisabeth. J’ai interrogé des historiens quand j’avais des interrogations. Et puis lorsque j’habitais la région parisienne, je faisais partie des "Amis de Versailles", j’ai pu suivre des conférences, des visites, voir Versailles de l’intérieur, et notamment des endroits interdits au public. Pour le dernier tome, j’ai eu la chance de visiter les souterrains du château et d’étudier tout le système hydraulique enterré.
Je suis très heureuse que l’Église l’ait mise en lumière.
La figure de Madame Élisabeth, mise en lumière à travers son destin tragique, est un modèle pour les chrétiens. Un procès en vue de sa béatification est en cours. Quel regard portez-vous sur cette démarche ?
Je suis catholique mais pas pratiquante, je ne suis absolument pas qualifiée pour juger de sa sainteté, mais qu’elle soit reconnue comme un modèle, je veux bien le croire ! Elle a été une personne excessivement bonne et qui mérite d’être saluée comme une grande figure. Je suis très heureuse que l’Église l’ait mise en lumière. Elle était dotée d’un caractère extraordinaire, elle regardait son prochain avec bonté et l’aidait comme elle le pouvait. Pendant cinq ans, par exemple, elle s’est privée de ses pensions pour les reverser à ses amies qui voulaient se marier mais qui n’avaient pas de dot. Elle faisait du bien autour d’elle, elle allait réconforter les malades, elle a créé dans sa maison de Montreuil une laiterie, des jardins pour cultiver des plantes pour fabriquer des potions pour les pauvres, elle donnait sans compter.
Vous "abandonnez" Élisabeth, sur quels projets travaillez-vous désormais ?
Je travaille sur une nouvelle série dont les deux premiers tomes paraîtront en septembre, intitulée Alice et le palais de la mode, qui plonge le lecteur dans l’univers des grands magasins parisiens, le début de l’hyper consommation, de la mondialisation et du travail des femmes. Alice est une petite fille, fille et future héritière du propriétaire d’un grand magasin, qui va mener diverses enquêtes. Et la série Complots à Versailles, que j’ai écrite au début de ma carrière et qui a fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée, va renaître de ses cendres dans peu de temps sous forme de roman.
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