"Parfois, j'ai l'impression d'être l'intendante ou assistante de vie de Jacques. Il faut tout lui rappeler et tout chercher à sa place", souffle Nathalie, 40 ans, mariée depuis treize ans à un informaticien diagnostiqué TDAH sur le tard, en même temps que leur fils Léon. En France, 2 millions de personnes (enfants et adultes) sont atteintes de ce trouble neurologique, selon la Haute autorité de santé. Comme l’expliquait à Aleteia Olivier Revol, pédopsychiatre spécialiste du TDAH, "le cerveau d’une personne TDAH fonctionne bien, voire très bien, sauf une partie : la région frontale, qui sert à réfléchir avant d’agir, à fixer l’attention et à éviter les distracteurs". "Les enfants comme les adultes ont tendance à oublier leurs affaires, un enfant va aller ranger la chambre et tout d’un coup va tomber sur un livre et se mettre à le lire, ou bien on lui demandera d’apporter du sel et il reviendra avec le sucre… Leur cerveau va très vite, ils ont beaucoup d’idées." L’impact de ce trouble est immédiat sur l’entourage de la personne qui en est atteinte.
Anne, 35 ans, n’en peut plus des oublis de son mari. "Je ne sais jamais s’il faut rire ou pleurer quand il me regarde avec les yeux ronds lorsque je lui rappelle que c’est lui qui doit récupérer notre fille à la crèche le mardi soir comme c’est le cas depuis des mois. Et des situations comme celle-ci, j’en ai des dizaines dans la semaine… Aux clés de la maison égarées aux rendez-vous manqués. J'ai fini par lui mettre des post-it un peu partout dans la maison : son bureau, sur le frigo de la cuisine et même sur la porte d'entrée..." Pierre en fait lui aussi l’amère expérience de ce trouble dans son couple : "Vanessa commence toujours mille tâches à la fois ce qui nous amène souvent à déguster un dîner brûlé. Sans parler de ses nombreuses formations dans lesquelles elle se lance et ne termine jamais".
Notre équilibre repose sur la patience, l'écoute et la compréhension de l’autre.
"Quand on met bout à bout une mémoire de travail déficiente qui se solde par des oublis fréquents, une incapacité à écouter l’autre jusqu’à ce qu’il ait terminé son propos et des réactions impulsives, on dispose de suffisamment d’ingrédients pour que les séquences – néfastes – s’enchaînent et que se produise ce qu’on appelle l’"effet domino"", écrit Olivier Revol dans Heureux comme des TDAH (éd. Albin Michel), un ouvrage coécrit avec Michel Cymes. Des situations qui créent souvent des conflits entre les deux époux car, comme le précise le spécialiste, là où celui qui souffre du trouble ne voit qu’un simple oubli, son conjoint, lui se sent blessé. "Au début de notre relation, je pensais que Jacques s’en fichait de moi tant il était négligent. Par exemple, il pouvait oublier de m’acheter mon cadeau d'anniversaire, s’en souvenir le jour J à 17h et me proposer d’aller le chercher ensemble", se souvient Nathalie. Avec le temps, elle a compris que ce n’était pas volontaire et a développé quelques techniques pour faire des discrètes piqûres de rappels à son époux. "Notre équilibre repose sur la patience, l'écoute et la compréhension de l’autre", confie-t-elle aujourd’hui.
Être à l'écoute de l'autre
"Le TDAH a toujours existé. Quand vous étiez TDH à la préhistoire, vous étiez chasseurs. Vous aviez la capacité à prendre des risques, à bouger, à avoir envie de nouveautés. Et puis y avait aussi les cueilleurs, des gens plus organisés, plus structurés. Il en est de même aujourd’hui dans les couples. Un TDAH a souvent un conjoint "cueilleur" qui est là pour lui rappeler certaines choses et l'aider à contenir son trouble"à l’autre les choses qu’il pourrait oublier et à le contenir", détaille Olivier Revol. Pour réussir à vivre avec un conjoint TDAH, il faut donc se transformer en un "cueilleur". Mais attention à se ménager quelques pauses.
Maude témoigne : "Quand la pression devient insupportable, je préfère faire un tour pour me calmer et me ressourcer". Pauline, elle, a décidé de transformer sa passion pour la couture en atout de gestion du TDA de son fiancé Xavier. "Comme il est souvent distrait, je me suis rendu compte que la couture pouvait l’aider à se concentrer. Depuis, nous avons nos petits week-ends couture en couple. Et ces moments nous soudent énormément !", confie la jeune femme de 30 ans. Pierre lui, a préféré faire appel à une conseillère conjugale pour mieux comprendre son épouse mais aussi lui faire part de ses besoins et de ses sentiments : "En couple on n'est pas là pour changer l'autre mais on n'est pas là non plus pour subir. Ces visites chez une spécialiste nous évitent bien des moments d’incompréhensions, de frustration ou de colère. On a appris à mieux communiquer", note-t-il. Quant à Clémence, elle a fait le choix d’employer une aide ménagère pour gérer le désordre non seulement de ses enfants mais aussi de son époux.
Mais le conjoint ne doit pas porter cette charge seul. À la personne atteinte du TDAH de développer ses propres techniques pour avancer avec son trouble. Olivier Revol en suggère quelques-unes comme le fait d’anticiper les choses et de multiplier les alertes. "Décider de noter systématiquement un rendez-vous est une contre-mesure qui a fait ses preuves", prévient-il. Autre conseil : "Dire que vous comprenez la peine ou la colère de votre partenaire la désamorce quasi systématiquement et évite de sombrer dans le clash". Ainsi, vivre avec un conjoint TDAH demande patience, organisation et écoute, mais c’est aussi une école de compréhension. Et quand chacun trouve ses stratégies, le couple peut transformer les défis en moments de complicité et de force partagée.









