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Bâtir des murs et casser des ponts, le but ultime de la politique ? 

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Xavier Patier - publié le 07/04/26
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Il n’y a rien de chrétien à bâtir des murs et casser des ponts, ne cessent de marteler les papes. Pour eux, rappelle l’écrivain Xavier Patier, toute bonne politique vise toujours à construire et non à détruire.

"Une personne qui pense avant tout à faire des murs, où qu’ils se trouvent, et non des ponts, n’est pas chrétienne." Ces mots provocants, prononcés par le pape François en 2015, ont beaucoup fait parler. Ils visaient Donald Trump qui, au seuil de son premier mandat, se vantait de bâtir un "big and beautiful wall", un "mur grand et magnifique", le long de la frontière mexicaine, dans un de ces tweets au style inimitables dont il a le secret. Donald Trump inaugura ainsi son premier règne en barrant la route de d’Amérique prospère aux immigrés démunis du Sud. Il nous expliqua qu’il s’agissait de protéger la civilisation chrétienne de la submersion migratoire. 

Un simple bon sens

Il se trouva en France des bons esprits catholiques pour lui donner raison. Certains parlèrent de grand remplacement et de menace islamique. Ils oublièrent de préciser qu’avec le mur de Trump, il s’agissait de protéger les États-Unis non pas de hordes terroristes, mais de migrants venant d’Amérique Latine, continent composé de 95% de chrétiens, en majorité catholiques. Les catholiques sont plus nombreux au Mexique qu’aux États-Unis. Mais ils ont un défaut rédhibitoire : ils sont pauvres. Les pauvres sont immoraux. Ils nous dérangent. Il y en a même qui se droguent ! Le mur de Donald Trump était tout simplement destiné à laisser les pauvres chez eux. Les propos du pape François, durement critiqués en leur temps, exprimaient un simple bon sens : un chrétien ne construit pas des murs, mais des ponts. 

Civilisation chrétienne

Les ponts, justement, Donald Trump en parle beaucoup sur les réseaux sociaux au début de son second mandat. La semaine dernière, il s’est glorifié d’avoir détruit le plus grand pont d’Iran. Cette semaine, il annonce son intention de pulvériser tous les autres. Détruire des ponts est devenu sa grande affaire. Le pape Léon XIV l’avait prévenu : un chrétien doit "construire des ponts", disait-il en octobre dernier. 

Bâtir des murs et écrouler des ponts n’est donc pas chrétien, si l’on veut bien écouter ce que nous disent nos deux derniers papes. Mais c’est assurément une marque de fabrique de Donald Trump, rempart de la civilisation occidentale. Nous ne devons pas être dupes de cette obscénité. La civilisation occidentale telle qu’elle est décrite par le président Donald Trump et ses épigones n’est pas une civilisation chrétienne. Donald Trump peut bâtir des murs et démolir des ponts, cela ne lui donne pas le droit de se réclamer du christianisme. On peut ne pas lui reprocher d’agir pour ce qu’il croit être l’intérêt de son pays, mais assurément, on peut lui reprocher de nous mentir.

La destruction des équilibres

La politique chrétienne n’est pas la politique identitaire. Le démon identitaire pervertit la politique partout où il s’installe. La force politique, qui après la dernière guerre, était considérée en Europe comme la capacité à construire un monde meilleur, à construire, donc, se mesure désormais à la capacité de détruire. La guerre, pour sa part, est restée ce qu’elle a toujours été : la politique poursuivie par d’autres moyens. 

La mauvaise politique fabrique des guerres injustes. Les guerres de Vladimir Poutine ou de Donald Trump ont ceci de commun qu’elles expriment la politique dans son aspect démolisseur. Elles visent à commettre le plus de mal possible, le plus vite possible, sans préciser pourquoi. Elles visent à tuer des civils, à tuer des enfants, sans nous dire pourquoi elles les tuent. Elles ne finissent jamais parce qu’elles n’ont pas de but. Elles ne règlent aucun problème, elles les aggravent tous. Elles n’édifient pas des solutions, elles détruisent des équilibres. Elles sont des politiques du pire. Ces guerres injustes trouvent, comme toujours, des clercs pour les bénir, qu’il s’agisse d’un patriarche orthodoxe ou d’un histrion évangélique. Au moins n’ont-elles pas reçu la bénédiction des successeurs de Pierre. Soyons fiers d’être catholiques !

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