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Les oubliés de Pâques

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Jean-Étienne Rime - publié le 06/04/26
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Ils sont nombreux ces oubliés de la joie de Pâques qui n’ont pas pu s’associer aux célébrations pascales. Si cette absence fut douloureuse pour eux, elle devrait être aussi une souffrance pour tout le peuple de Dieu, souligne notre chroniqueur Jean-Étienne Rime.

Grande joie de Pâques, les églises ont été pleines d’une ferveur magnifique, les cloches et le Gloria ont résonné aux oreilles des peuples, les nombreux baptêmes de jeunes et d’adultes sont un signe d’espérance visible et partagé. Que de joies quand le triduum pascal s’ouvre vers le beau temps de Pâques : Il est ressuscité, Il est vraiment ressuscité !

Murés dans leur espace

Nous avons vu dans les églises ces jours derniers des jeunes, des adultes de tous les âges qui ont partagé la joie de croire. Mais certains n’étaient pas là et ce fut une souffrance, ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus venir prier dans une église, avec tout le peuple de Dieu. Je voudrais mettre l’accent ici sur ce qu’il est convenu d’appeler le grand âge. Nombreux sont ceux qui disent : "Je serai bientôt centenaire, je vois mal et mon ouïe a baissé, je ne me déplace qu’avec un déambulateur. Mes déplacements se limitent à aller de ma chambre à une salle à manger." Combien de personnes sont murées dans l’espace limité de leur maison de retraite, murées dans un handicap physique qui ne leur permet pas d’aller à la messe, de prier avec la communauté ? 

Bien sûr, une messe est célébrée de temps en temps dans ces établissements réservés. Bien sûr, les résidents bénéficient de moyens audiovisuels, des émissions de KTO au Jour du Seigneur sans oublier les radios. Ces médias sont des soutiens devenus indispensables pour ces oubliés des célébrations, comme les supports écrits des magazines ou des missels d’aujourd’hui comme Magnificat. Mais est-ce suffisant ? Il suffit de regarder la vie de ces vieillards — il faut utiliser les bons mots — pour constater que pour eux, le carême continue. Ce ne sont pas les fleurs et les chocolats de Pâques qui vont remplacer une célébration, une prière en commun. 

Partout dans le monde

Les oubliés de Pâques ne sont pas uniquement les personnes âgées. Avec elles, les prisonniers, les malades et handicapés, les travailleurs du week-end… Ils sont nombreux ceux qui, pour une raison physique ou psychique, familiale ou professionnelle, ne peuvent prier avec la communauté paroissiale.

Prenons conscience du privilège des biens-portants, prions pour les oubliés de Pâques et des dimanches qui se suivent. Faisons le plein de ces célébrations : ne ratons pas une messe !

Les oubliés de Pâques ne sont pas uniquement français ou européens, ils peuplent toute la Terre et nombreux sont ceux qui n’ont pu se déplacer pour les mêmes raisons d’isolement. D’autres sont aussi empêchés pour des raisons de persécution ou de guerre : chrétiens du Liban, d’Iran dont on parle tant aujourd’hui, chrétiens d’ailleurs, peuples au cœur des conflits armés, chrétiens persécutés à Gaza, Mossoul, Téhéran, Lagos ou Mangana… et tant de villes, de campagnes, de montagnes et de steppes à travers le monde où les croyants n’ont pas pu vivre ces mêmes cérémonies, ces mêmes joies de la Résurrection.

Le privilège des bien-portants

Comme nous avons de la chance de pouvoir aller à la messe ! En pensant à tous ceux qui ne peuvent pas se déplacer, nous devrions courir et les prendre par la main en pensée pour assister, chaque dimanche à l’office divin. Nous pourrions chaque dimanche participer à la messe en arrivant avec un oublié et prier pour et avec celui qui ne peut avoir cette joie immense de remonter la nef d’une église, prendre place dans un banc et chanter, écouter, louer, se recueillir et recevoir le Corps du Christ.

Prenons conscience du privilège des biens-portants, prions pour les oubliés de Pâques et des dimanches qui se suivent. Faisons le plein de ces célébrations : ne ratons pas une messe ! Certains oublieront la flemme du dimanche matin, il se pourrait que, devenus très vieux, d’aucuns regrettent leur manque d’assiduité... Et visitons les oubliés de Pâques, ces prisonniers — qu’ils soient dans une vraie prison ou dans ces "maisons de fin de vie" où l’on vit reclus comme dans des prisons, même si les personnels, dévoués et diligents, font tout pour soigner et soulager les vieilles personnes. Visitons les malades et prions pour les oubliés, si nombreux sur notre Terre : "J’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi" (Mt 25, 36). 

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