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LAMORIL

De l’armée aux salles de classe, le parcours singulier d’Olivier Lamoril

À l’Institut du Sacré-Cœur, à Rome, Olivier Lamoril veille chaque jour sur près de 500 élèves. Ancien officier, ce père de famille a choisi de quitter l’armée pour se consacrer à l’éducation. Un parcours singulier qui découle d’une vision exigeante et profondément humaine du métier d’éducateur.

6 min de lecture

Source: CZ / ALETEIA

Ancien officier, Olivier Lamoril est aujourd'hui directeur de l’Institut du Sacré-Cœur, à Rome.

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Ce vendredi après-midi, les couloirs sont vides. Les élèves de l’Institut du Sacré-Cœur sont tous sortis profiter de la douceur d’un printemps que l’on devine déjà à Rome, en ce début du mois de mars. Pour Olivier Lamoril, "coordinateur des activités pédagogiques et didactiques" - appelé plus simplement "preside" (principal) par le personnel italien - pas question d’aller flâner dans la Ville éternelle ni de profiter de la vue exceptionnelle de l’établissement. Situé dans le complexe de la Trinité des Monts, l’Institut du Sacré-Cœur peut se targuer d'être l’école avec le plus beau panorama de Rome. Comme chaque jour, les rendez-vous s'enchaînent : administratif, réunions avec des parents d’élèves, des professeurs… Nous arrivons à nous glisser dans l’emploi du temps chargé de ce passionné d’éducation.

Dans son petit bureau niché au milieu des salles de classe, ce jeune quinquagénéraire nous accueille sous le regard de Jean Paul II et d’un buste de la fondatrice de cette école, sainte Madeleine-Sophie Barat. Une gravure représente la place d’Espagne située à quelques dizaines de mètres : l’établissement est adossé à l’église de la Trinité des Monts, qui surplombe Rome. Faire disserter Olivier Lamoril sur l’éducation est aisé. Il cite avec enthousiasme les papes Paul VI, Benoît XVI et François et enfin cette phrase de François de Sales, dont il a fait sa maxime : " Il nous appartient de bien semer et de bien arroser, mais donner la croissance, cela n’appartient qu’à Dieu. Pour “bien semer et bien arroser”, le chef d’établissement mise sur la proximité depuis son arrivée à Rome à la rentrée 2024. Chaque matin, il est à la grille pour saluer un à un les 500 élèves scolarisés ici. De même, il met un point d’honneur à se rendre en salle des professeurs à toutes les récréations pour échanger avec les enseignants. "Pour moi la dimension éducative et relationnelle a toujours été prioritaire par rapport à la dimension administrative que comporte ma mission", souligne-t-il.

Olivier Lamoril est donc un homme de terrain. Il l’a prouvé dans une autre vie puisqu’avant de s’épanouir dans le monde de l’éducation, il a été militaire. Grand, les épaules larges, la mâchoire carrée, on aurait presque pu le deviner. "J’ai fait l’école d’officier de Saint-Cyr à Coëtquidan avant de devenir chef de section, raconte-t-il en replongeant dans des souvenirs lointains. J’ai participé à deux opérations extérieures : en Côte d’Ivoire et au Kosovo." Pourtant, plusieurs raisons le poussent à tourner cette page. La dimension familiale tout d’abord : "J’ai raté deux accouchements de mon épouse", rappelle ce père de six enfants, qui a perdu une petite fille. C’est aussi sous les drapeaux qu’il mûrit sa vocation d’éducateur. "Dans l’armée, il y a des règles, c’est formateur, j’aimais cet aspect de mon métier mais ce n’était pas ma mission première en tant qu’officier !" Il décide donc de repartir de zéro et de passer les concours de l’enseignement. Lui, l’homme d’action doit s’habituer à un nouveau rythme. "Pendant mon année de préparation des concours, j’ai été homme au foyer avec quatre enfants", se souvient-il, amusé.

Une nouvelle bataille : la classe de 5e

Une fois son CAFEP en poche, ce n’est plus quatre mais une trentaine d’enfants qui se trouvent face à lui chaque jour. En 2005, le voilà donc professeur d’histoire/géographie. "À l’époque je savais que ce n’était qu’une étape", explique celui qui n’a jamais perdu le tempérament de décideur hérité de son expérience d’officier. "J’avais déjà en tête l’idée de diriger des écoles mais avant je voulais connaître les joies et les difficultés du métier de prof", poursuit-il.

"Où qu’on soit sur la planète, pour bien grandir, un enfant a besoin qu’on se mette à son niveau, qu’on lui donne des règles et de l’amour."

L’ancien chef de section, qui dirigeait 39 hommes lui obéissant au doigt et à l’œil, se souvient de ses premiers cours de catéchisme avec une turbulente classe de 5e. "L’horreur", commente-t-il aujourd’hui en riant. Cette expérience ne le dégoûte pourtant pas. Il tiendra d’ailleurs à continuer d’enseigner même après être devenu chef d’établissement en 2010. "Je trouvais important de garder le lien avec les jeunes", insiste-t-il. En 2015, il est muté à la tête d’une école de 1.250 élèves, la charge devient trop lourde pour garder ces deux casquettes. "Cela a été un crève-cœur", reconnaît-il, se jurant de ne jamais perdre ce lien de proximité avec les élèves. Aujourd’hui encore, il lui arrive de prêter main forte au personnel enseignant, "même si en Italie ce n’est pas très bien vu que le directeur soit aussi prof", glisse-t-il. En arrivant à Rome, Olivier Lamoril a dû s'adapter aux spécificités locales. "Les Italiens sont des cousins pas si proches des Français", remarque-t-il.

“Des règles et de l’amour”

Malgré cela, certains fondements restent universels pour faire grandir sainement des enfants. Membre de la Communauté de l’Emmanuel, Olivier Lamoril a eu des responsabilités au sein de la branche "éducation” de cette communauté qui gère notamment des écoles en Afrique ou à Haïti. L’occasion pour lui de découvrir des approches éducatives parfois radicalement différentes mais aussi les besoins universels des plus jeunes : "Où qu’on soit sur la planète, pour bien grandir, un enfant a besoin qu’on se mette à son niveau, qu’on lui donne des règles et de l’amour", assure-t-il tout en insistant sur l’exemplarité dont doit faire preuve tout éducateur.

En Italie, ce fervent catholique a découvert un rapport à la religion "radicalement différent" : "la question de Dieu est une évidence ici !" Une bonne surprise pour ce chef d’établissement habitué aux difficultés parfois posées par la laïcité à la française. À Rome, il peut mettre en place une pastorale dynamique, sans entraves. "On vient de vivre une année de fou, s’enthousiasme-t-il. Entre le jubilé et le conclave, cela a été d’une intensité folle." Cette omniprésence rassurante de l’Église est bien marquée : la cour des lycéens, dominant Rome, offre une vue imprenable sur la marée de toits et de clochers de la ville éternelle. Se découpant dans le ciel azur, l’imposante coupole de la basilique Saint-Pierre semble émerger de cet océan et veiller au côté d’Olivier Lamoril sur les élèves du Sacré-Cœur.