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L’octave de Pâques ou la semaine des huit dimanches !

L’octave de Pâques ou la semaine des huit dimanches !
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Guillaume de Menthière - publié le 05/04/26
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On attend toujours la semaine des quatre jeudis, mais nous avons déjà la semaine des huit dimanches ! Chaque jour de l’octave de Pâques est en effet comme un dimanche, fait remarquer le père Guillaume de Menthière, enseignant au Collège des Bernardins. Pour le dire autrement, précise-t-il, ces huit jours ensemble ne forment qu’un seul et même grand dimanche !

Quadragésimal, triduum, neuvaine, trentain, octave : ce charabia arithmético-ecclésiastique demande sans doute quelques explications. Essayons déjà de décrypter le mot octave, puisque nous sommes en pleine octave de Pâques ! En liturgie, une octave est un espace de huit jours destiné à solenniser une grande fête (Noël, Pâques, Pentecôte…). Pâques étant la plus grande fête chrétienne, l'octave de Pâques revêt une importance particulière, liée aussi à la signification du chiffre 8. 

Le mystère du chiffre huit

Sans pouvoir nous attarder sur ses propriétés mathématiques (cube de deux, nombre de Fibonacci..) et musicales (l’octave des notes de la gamme), force est de constater que le chiffre 8 est entouré, dans de nombreuses civilisations d’un mystère particulier. Pour les Chinois, il est le chiffre du bonheur, synonyme de prospérité. Pour les bouddhistes c’est le noble chemin octuple — les huit vérités symbolisées par une roue à huit rayons — qui constitue l’enseignement pour sortir du cycle des réincarnations…  

Si nous en restons au domaine biblique, le huit y est considéré comme le chiffre de l’éternité. En effet, si le temps est mesuré par les sept jours de la création, le 8=7+1, l’au-delà du temps. Si le sept est l’ordre naturel, le huit est son dépassement, le surnaturel. Le symbole de l’infini mathématique est d’ailleurs le chiffre 8 horizontal : dans l’arche de Noé, huit personnes furent sauvées du déluge, signifiant par là le début d’une nouvelle création (Gn 6, 18 ; 1 P 3, 20 ; 2 P 2, 5). Le grand prêtre devait porter huit vêtements pour offrir le sacrifice (Ex 28, 4-5) (cf. S. Bède le Vénérable, De Tabernaculo III,14 ; SC 475 ; PL 91,466). Le saint roi David est le huitième fils de Jessé (1 S 16, 10 ; 17, 12). Le petit Hébreu est circoncis le huitième jour après sa naissance, sa circoncision exprimant son entrée dans l’alliance éternelle (Gn 17, 12). Jésus, lui aussi, fut circoncis le huitième jour (Lc 2, 21). Il livra comme charte de la vie chrétienne les huit béatitudes, sommet de son enseignement (Mt 5, 1-12). Il ressuscita un dimanche, premier jour de la semaine, mais par sa résurrection il inaugure un au-delà du temps, un jour nouveau, que l’on appelle aussi le huitième jour : "Ce Jour que fit le Seigneur est un jour de joie, Alléluia !" (Ps 118, 24)

Le huitième jour, messianique par excellence

La liturgie tant juive que chrétienne s’empara volontiers de ce symbolisme du chiffre huit. La fête des tentes (soukkôt) dure sept jours (Lv 23, 34) et c’est à son terme, selon les traditions juives, que doit venir le Messie. Le huitième jour, jour de sainte assemblée pour clôturer la fête des tentes (Lv 23, 36), est donc le jour messianique par excellence. Salomon, en lien avec la fête des tentes, célébra pendant huit jours la dédicace du temple (1 R 8, 66 ; 2 M 2, 12). La fête juive de Hanouka, en décembre, commémore durant huit jours la purification du Temple opérée par les Maccabées (2 M 10, 6) et le miracle de l’huile qui lui est lié. En effet, selon des traditions juives, dans le Temple dévasté par les Grecs Séleucides, on ne trouva plus qu’une seule fiole d’huile d’olives pour allumer la Ménorah (chandelier à sept branches). C’était juste assez pour une seule journée, mais miraculeusement l’huile, à peine suffisante pour un jour, dura huit jours ! Depuis lors, dans les familles juives, pour la fête de Hanouka, appelée aussi fête des lumières, on allume, une à une, huit chandelles chaque jour de la fête et on se nourrit d’aliments à base d’huile. Huit en hébreu se dit "shmoné" dont la racine est שמן (shemen), mot qui veut dire "huile". L’huile qui sert à allumer les lampes, mais surtout à oindre le Messie ! Ajoutons que la huitième lettre de l’alphabet hébreu — qui a donc 8 pour valeur numérique — est le x (h’et) qui signifie : la vie ! 

Les huit jours ne forment, en quelque sorte, qu’un seul grand dimanche où est célébré ce Jour que fit le Seigneur, c’est-à-dire le Christ lui-même, vainqueur des ténèbres ! 

Huit, huile, lumière, Messie, vie : on retrouve toutes ces harmoniques dans le culte chrétien. Les baptistères anciens (voir le baptistère saint Jean à Poitiers, un des plus anciens bâtiments chrétiens d’Europe) ont la forme octogonale. Leurs huit côtés rappellent que le baptisé est plongé dans la vie éternelle, huit étant, nous l’avons dit, le chiffre de l’éternité. Remonté de l’eau, le baptisé est oint avec l’huile sainte, il est huitiémisé pourrait-on dire, il est messianisé, christianisé, puisque messie (en hébreu) et christ (en grec) veulent dire : oint.  On lui remet le cierge de son baptême car il est devenu enfant de lumière.

Vivre l’octave de Pâques

On comprend que le symbolisme du chiffre huit convienne particulièrement à la fête de Pâques. La grande orchestration de la solennité pendant huit jours existait déjà à Jérusalem et en Gaule au temps de la pèlerine Egérie (vers 384) (Journal de voyage, 39,1 ; SC 296).  L’octave comprend les huit jours depuis la Résurrection du Seigneur, un dimanche, jusqu’au dimanche suivant, le 2ème dimanche de Pâques. Chaque jour de cette octave on chante le Gloria, la séquence Victimae Paschali et le grand Alléluia pascal. Durant la Préface le prêtre dit : "Il est juste et bon de te louer… aujourd’hui où le Christ notre Pâque a été immolé". Ainsi ces huit jours ne forment, en quelque sorte, qu’un seul grand dimanche où est célébré ce Jour que fit le Seigneur, c’est-à-dire le Christ lui-même, vainqueur des ténèbres ! 

"Voici le Jour que fit le Seigneur, s’exclame un auteur ancien. Quel est donc ce jour ? Celui qui a donné naissance à la vie, qui a fait éclore le jour (lucis exordium), l’auteur de la lumière (auctor luminis), c’est-à-dire le Seigneur Jésus-Christ en personne qui a dit lui-même : Moi je suis le jour ; celui qui marche de jour ne trébuche pas (Jn 11,9)" (Homélie pascale ancienne attribuée à S. Ambroise, PL 17).

Les pélerins d’Emmaüs

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Le Souper à Emmaüs (Le Caravage, Milan).

Le soir de Pâques Jésus apparut à deux disciples en chemin. Le village d’Emmaüs était distant de soixante stades, c’est-à-dire 7.500 pas. Voici comment saint Bède le Vénérable commente de manière suggestive ce détail : 

"Sept mille cinq cents pas, ce fut la distance qu'eurent à parcourir ceux qui étaient certains de la mort et de la sépulture du Seigneur, mais qui doutaient encore de sa résurrection ; on ne peut nier en effet que la résurrection qui eut lieu après le septième jour de la semaine, ne soit figurée par le nombre huit. Or, ces deux disciples qui marchaient en s'entretenant du Seigneur, avaient déjà parcouru six mille de chemin, parce qu'ils s'affligeaient qu'on eût mis à mort (le sixième jour), un homme innocent de tout crime. Ils avaient même parcouru le septième mille, parce qu'ils ne doutaient nullement que son corps n'eût reposé dans le sépulcre, mais ils n'avaient encore parcouru que la moitié du huitième, parce qu'ils ne croyaient qu'imparfaitement à la gloire de la résurrection qui s'était déjà accomplie" (In Lucæ Evangelium Expositio, VI, 24 ; PL 92,625). 

L’octave de votre naissance

Saint Jean rapporte une manifestation du Ressuscité à l’apôtre Thomas. La rencontre eut lieu "huit jours après" (Jn 20, 26) c’est-à-dire le dimanche qui suit Pâques, le dernier jour de notre octave. C’est ce jour-là que les cinq plaies du Seigneur guérirent les cinq sens incrédules du disciple. C’est ce jour-là que Thomas confessa la force en voyant les marques de la faiblesse et s’écria : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20,28.) Le disciple devenant croyant entrait dans la vie, car ces choses ont été écrites afin qu’en croyant nous ayons la vie (Jn 20,31). C’était le huitième jour.

Actuellement, le deuxième dimanche de Pâques, terme de l’octave, est aussi le dimanche de la miséricorde (instauré par saint Jean-Paul II). On l’appelle aussi dimanche de Quasimodo (premier mot de l’antienne d’ouverture) ou encore le dimanche in albis car ce jour-là les baptisés de Pâques se rassemblent vêtus de blanc (alba) autour de l’évêque. Voici ce que disait déjà saint Augustin à ses néophytes dans de semblables circonstances : 

"C’est aujourd’hui l’octave de votre naissance ; aujourd'hui s'accomplit en vous le sceau de la foi qui était conféré chez les anciens pères avec la circoncision de la chair qu'on faisait huit jours après la naissance charnelle. […] Le Christ a surgi avec un corps qui ne doit plus mourir, il a ainsi marqué de sa résurrection le jour du Seigneur. C'est le troisième jour après sa passion, mais dans le compte des jours qui suivent le sabbat, c'est le huitième, en même temps que le premier" (S. Augustin, sermon VIII in octava Paschatis ad infantes ; PL 46).

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