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Le 16 juin 1944, dans un pénitencier de Caroline du Sud, George Stinney Jr était exécuté sur une chaise électrique. Il avait été condamné à mort quatre-vingts jours plus tôt pour le meurtre de deux jeunes filles blanches. Les dix membres du jury avaient délibéré à peine dix minutes. Il est mort sans avoir pu revoir ses parents, ses amis, quiconque. Il était Noir. Soixante-dix ans plus tard un juge américain a reconnu son innocence.
Qu’un homme meure pour que tous vivent
On peut se demande ce qu’il adviendra des jeunes Palestiniens de 14 ans et de ceux qui, comme eux, seront désormais accusés de terrorisme et qui pourront être exécutés presque sommairement comme le prévoit une loi adoptée le 30 mars 2026 par le Parlement israélien. Les citoyens arabes vivant en Cisjordanie seront désormais jugés par des tribunaux militaires et la sentence pourra être suivie d’exécution quasi-immédiate. Jusqu’alors, seul Adolf Eichmann, criminel contre l’humanité, nazi, avait ainsi été condamné et mis à mort en 1962. Depuis, tous y ont échappé, même l’assassin juif du Premier ministre Rabin, Yigal Amir, condamné à la prison à vie en 1996. Après la fin de la loi du Talion, c’est la disparition du commandement "Tu ne tueras point" qui est fêtée à la Knesset par des députés et ministres qui n’hésitent pas, ivres de joie, à déboucher le champagne.
Au matin de Pâques, il n’y eut qu’une ou deux femmes pour oser se présenter aux soldats qui gardait un tombeau dont on pensait qu’il était encore plein de morts. Elles les trouvèrent endormis, comme des ivrognes cuvant la jouissance qu’apporte la violence, surtout lorsqu’on en use sur un innocent ou un tout petit. La ville entière se remettait à peine des agapes de Pessah. Comme s’il était naturel, finalement, qu’un homme meure et que tous continuent de vivre. La révolution qu’est l’annonce de la résurrection du Christ, dans l’Histoire du monde, est d’abord portée par les voix de ces deux êtres, hésitantes et fragiles, reconnues par les leurs comme inaptes à pouvoir témoigner.
L’anesthésie de l’indicible
L’injustice, l’iniquité, le désordre profond de la violence qui nie au petit le droit même de pouvoir rêver, en se répétant et en se perpétuant, atténuent nos réticences, étouffent nos révoltes. L’anesthésie de l’indicible se présente comme nécessaire pour mieux nous endormir. L’étonnant n’est pas que le monde soit dur. L’insupportable est qu’il puisse l’être sans éveiller en nos cœurs le désir de changement. De changements pour nous-mêmes, dans le regard que nous avons sur nos propres vicissitudes et nos petits arrangements avec la vérité. Des changements hors de nous-mêmes, en nous poussant à agir, à parler, à lutter.
Les cinquante jours qui nous mènent désormais vers la Pentecôte sont là pour que cette communion de Dieu à nous puisse se concrétiser et devenir visible. Afin que nous autorisions l’Esprit saint à agir.
La fête de Pâques n’est pas la fin d’un cycle : comme si le beau temps avait chassé la pluie pour toujours. Ce qui est assuré, c’est la victoire du Christ. Ce qui est certain, c’est le désir de Dieu de nous y associer. Ce qui n’est pas gagné, c’est notre réponse. Le temps pascal n’est pas celui du grand repos après le marathon d’ascèses plus ou moins bien vécues du carême. Les quarante jours passés avaient pour vocation de nous faire réfléchir sur la manière d’élargir l’espace de nos tentes à la Présence de Dieu. Les cinquante jours qui nous mènent désormais vers la Pentecôte sont là pour que cette communion de Dieu à nous puisse se concrétiser et devenir visible. Afin que nous autorisions l’Esprit saint à agir.
Des graines d’amour et de justice
Le monde ne changera pas d’un coup. Des lois mortifères continueront d’être votées et des hommes continueront à renier l’alliance de leurs pères. Des innocents seront bafoués et des gens honnêtes, volés. Mais quelque chose sera semé dans les bourbiers et les marécages de notre terre en feu. Des graines d’amour et de bonté, de justice et de paix. Et c’est sur elles que nous devons veiller. Quel qu’en soit le prix.









