separateurCreated with Sketch.

La nouveauté qui ne change rien et la nouveauté qui change tout

cierge, bougie, église
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Paul Airiau - publié le 04/04/26
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Les élites politiques qui promettent de changer le "monde ancien" par le "monde d’après" ne font rien de nouveau. La sagesse biblique le disait déjà en son temps, rappelle l’historien Paul Airiau en ce temps de Résurrection : la vraie nouveauté, la seule nouveauté, n’est pas de ce monde. 

Custos, quid de nocte ? — "Veilleur, où en est la nuit ?" L’interpellation, ancienne, est d’Isaïe (XXI, 11). La culture élitaire du XVIIe pillant allègrement le monde populaire préfère quant à elle le "Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?". Les élites politiques contemporaines ne se posent de leur côté même plus la question, car elles ont la réponse. Elles savent que vient une situation nouvelle et inédite, elles savent que les élections municipales ont établi leur victoire et sont les arrhes de leur succès à la présidentielle. Elles savent qu’il va y avoir du nouveau, elles y aspirent, le veulent, le préparent — de la France créolisée à la France patriote, la palette des propositions est large.

Cette prétendue nouveauté

Leur certitude de la nouveauté politique est comparable à celle qui s’imposa en 2017, lorsque, paraît-il, l’"ancien monde" céda face au "nouveau monde", celui du dépassement par l’assomption des contraires, dans l’accouchement sans douleur d’une société libérale progressiste, réconciliée et puissante. Faut-il le rappeler ? Ces temps sont désormais si loin de nous… Mais en termes de nouveauté politique, on vit surtout la domination du centre libéral, coalescence intéressée des élites de la fluidité néo-libérale à tendance libertarienne, jouant au syndic de faillite définitive de la société industrialo-tertiaire de l’État providence d’après 1945, exténuée par son propre abandon à la consommation de masse par la mondialisation mercantile, productive et financière. Et l’on vit surtout, assez vite, la dissolution de cette prétendue nouveauté, rattrapée par la pesanteur des réalités socio-politiques — un mouvement d’idées sans inscription dans les fonctionnements sociaux n’est finalement pas grand-chose, et il n’est point de possibilité politique de long terme sans ancrages militants localisés patiemment constitués — et l’hybris de ceux qui sont persuadés que le verbe est en permanence charmeur et performatif.

Quant au "monde d’après" pensé, réfléchi, anticipé, expertisé, déblatéré sans limites aucunes entre mars et juin 2020, il ressemble terriblement au "monde d’avant". On peut même se demander s’il y a une quelconque différence observable à quelque échelle que ce soit. On attend toujours la relocalisation industrielle des productions stratégiques et nécessaires. On attend toujours la valorisation effective des métiers de "première ligne". On attend toujours la priorité donnée à la médecine, à l’hôpital, au soin, psychique notamment. La route poudroie, l’herbe verdoie, et on ne voit rien venir — si ce n’est la possibilité bientôt offerte par la Barbe-Bleue étatique pleine de bonne conscience, sûre d’elle-même et dominatrice, d’obtenir l’oblitération volontaire de sa propre existence au nom de la dignité et de la liberté, faute d’avoir été soigné.

Seulement du différent

Mais tout cela est-il vraiment étonnant ? Après tout, comment du nouveau, du vraiment, radicalement, totalement, absolument nouveau, pourrait-il être pensé et organisé ? Serait-ce encore du nouveau ? Non, ce qu’il nous est proposé, c’est seulement du différent, pas forcément mauvais, point nécessairement insupportable. Mais ce n’est pas du nouveau. Quant à ce qui survient sans qu’on l’ait anticipé, ce n’est que de l’inattendu, mais non de l’impossible. Quoi qu’on en veuille, tout ce qui survient n’est jamais qu’une possibilité parmi d’autres, en quantité finalement restreinte. Les phénomènes naturels demeurent d’une gamme relativement limitée, et les actes humains, y compris les plus aberrants, sont globalement plutôt bien catalogués — qu’il s’agisse d’entrer en guerre, de reprendre sa carrière musicale, d’assassiner son conjoint qui vous quitte ou de chercher à économiser 10 euros d’essence. Certes, leur surgissement n’est pas forcément prévisible, leur survenue est souvent aléatoire, et c’est cela qui surprend, souvent car on refuse de l’envisager et de s’y préparer. Mais il n’est en ceci rien de neuf.

Rien de nouveau sous le soleil ! 

Elle demeure solide, la sagesse si désabusée de l’Ecclésiaste : "Ce qui fut, cela sera, ce qui s'est fait se refera, et il n'y a rien de nouveau sous le soleil !" (Qo I, 9). Il n’est point de vraie nouveauté vraie à attendre de ce monde-ci. C’est donc d’ailleurs qu’il faut l’espérer, et cela relativise alors radicalement toutes les promesses qu’on peut nous faire ici-bas, qu’il s’agisse de l’accomplissement de la transition écologique, du contrôle total des flux migratoires, de l’annihilation de la capacité de nuisance des États terroristes, de l’avènement d’une super-intelligence permettant de vivre mille ans, de la restauration de l’autorité dans les écoles, du remboursement sans douleur de la dette publique, du rétablissement de l’identité nationale, de la victoire au loto et tutti quanti

Même les espoirs d’un renouveau de la chrétienté, d’une réconciliation enfin advenue de l’Église avec la modernité libérale ou d’une submersion baptismale sans avoir à lever le petit doigt ne sont au finalement que de la gnognotte frelatée, de l’eau bénite éventée et de la roupie de sansonnet face à "ce que l’œil n'a pas vu, ce que l’oreille n'a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme" (1Co II, 9-10).

La seule nouveauté satisfaisante

"Voici que je fais toute chose nouvelle" (Is 43, 19). C’est l’objet d’une foi, certainement, lorsqu’il s’agit de dire et de savoir d’une science particulière que la mort a été vaincue et le péché pardonné, et que la béatitude céleste qui viendra à la fin des temps est déjà anticipée ici-bas. Certes, cela manque sans doute du bon gros sens bien terre à terre, de la prise en compte sérieuse et pondérée des choses qui comptent vraiment, celles dont les élites, quelles qu’elles soient, disent qu’elles s’en occupent, pour le mieux paraît-il. Mais c’est malgré tout, même si c’est objet de foi, et d’une foi raisonnée, la seule nouveauté vraiment satisfaisante pour celui qui découvre en s’étudiant et se connaissant lui-même et en étudiant et en connaissant le monde, que son cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Dieu : il est possible déjà de vivre enfin à sa mesure, divinement, car celui qui était mort est vivant et la mort n’a sur lui plus aucune emprise. Christos anesti. Alèthôs anesti - "Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité."

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)