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François Euvé : “La foi chrétienne a besoin de mots pour pouvoir se dire”

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Valdemar de Vaux - publié le 04/04/26
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Pâques est par excellence la fête de la foi, nécessaire pour affirmer que le Christ est ressuscité. “La foi chrétienne est principalement une expérience, celle de la rencontre du Christ”, explique à Aleteia le jésuite François Euvé, auteur d’un nouveau livre qui veut formuler la foi chrétienne pour aujourd’hui. “Mais cette expérience a besoin de mots pour pouvoir se dire.” Entretien.

Pâques est par excellence la fête de la foi, nécessaire pour affirmer que le Christ est ressuscité. Mais la théologie fait une distinction quant à la foi. D’un côté, l’acte de croire. De l’autre, le contenu ou la formulation de cette foi. Comme le rappelle le père François Euvé, "la foi chrétienne est principalement une expérience", mais elle a besoin de "mots". Voilà pourquoi il publie en ce mois de mars une présentation complète et actuelle de la foi intitulée Croire au XXIème siècle (Mame). Le livre s’ouvre, c’est l’une de ses originalités, avec un chapitre pour comprendre "dans quel aujourd’hui" se disent des vérités de foi très anciennement formulées. "À chaque époque de l’histoire de l’Église, rappelle le père jésuite, les chrétiens se sont efforcés d’exprimer leur message d’une manière qui prend en compte la culture du lieu où ils vivaient". Certes, la foi "ne s’enseigne pas, mais se vit", mais "une formulation sans acte serait sèche et abstraite".

Aleteia : L’une des singularités de votre ouvrage est de commencer par un chapitre sur le monde d’aujourd’hui, éloigné de la foi… quelles sont ses caractéristiques ?
François Euvé :
Il me semble important en effet de commencer par ouvrir notre regard sur le monde contemporain et d’entendre les questions qu’il soulève. Quels sont les sujets de préoccupations des personnes qui nous entourent ? Quelles sont aussi leurs attentes ? La parole de l’Église sera d’autant plus pertinente qu’elle se sera rendue sensible à cela. À chaque époque de l’histoire de l’Église, les chrétiens se sont efforcés d’exprimer leur message d’une manière qui prend en compte la culture du lieu où ils vivaient.

La foi chrétienne est principalement une expérience, celle de la rencontre du Christ.

Il se trouve en effet que notre société, au moins en Europe occidentale, ne peut plus se dire "chrétienne". Les références chrétiennes habituelles se sont évaporées. La vie sociale n’est plus rythmée par la messe dominicale et les grandes fêtes avec leurs manifestations publiques. Le nombre de personnes baptisées a considérablement baissé. Mais il faut y regarder de plus près. Outre les demandes de baptêmes en hausse, je constate un intérêt croissant sinon pour le christianisme, au moins pour les questions du sens, en particulier dans les générations plus jeunes. Chez des personnes apparemment loin des pratiques chrétiennes, il y a une attente à l’égard de la tradition chrétienne. C’est le sentiment éprouvé par beaucoup que la vie a besoin de transcendance. Certains font la rencontre du Christ, d’autres ont une approche plus intellectuelle.

Vous le rappelez, de nombreuses personnes demandent le baptême, comment analysez-vous ce phénomène qui pourrait sembler paradoxal ?
Le paradoxe est apparent, car nous sommes face à un double phénomène : la complexité croissante du monde et le caractère de plus en plus inquiétant de l’avenir, d’une part, et l’insuffisance des ressources simplement matérielles, d’autre part. Nous avons vécu dans une atmosphère progressiste, optimiste, avec comme seul projet l’amélioration constante de la condition matérielle. Cette époque est révolue. La spiritualité, sous toutes ses formes, connaît un regain d’intérêt. Sans doute y a-t-il de multiples causes au phénomène de la hausse des baptêmes, mais cela confirme les attentes que je relevais dans ma réponse précédente.

Un acte de croire sans formulation serait inconsistant, une formulation sans acte serait sèche et abstraite.

Les néophytes ont-ils besoin plus que d’autres de former leur foi ? À qui d’autre s’adresse votre livre ?
La foi chrétienne est principalement une expérience, celle de la rencontre du Christ. C’est d’ailleurs ce qu’expriment la plupart des catéchumènes. Mais cette expérience a besoin de mots pour pouvoir se dire. C’est pourquoi nous avons des confessions de foi et une réflexion théologique. Chacun doit pouvoir trouver le langage adapté à ses attentes, son tempérament. Mon livre s’adresse à tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce qu’ils confessent. Son plan suit celui du grand "symbole de foi" (le Credo de Nicée-Constantinople). Le propos s’efforce de répondre aux interrogations que l’homme et la femme d’aujourd’hui peuvent se poser au sujet des grands thèmes de la foi chrétienne (la création du monde, l’existence du mal, la résurrection, la naissance virginale, etc.). J’ai la conviction que tous ces thèmes peuvent rejoindre les questions actuelles et éclairer nos débats.

Peut-on apprendre la foi dans un livre ou, plus précisément, quel lien y a-t-il entre l’acte de croire et la formulation de la foi ?
La foi n’est pas une doctrine abstraite, mais une relation interpersonnelle. Le mot "foi" a la même racine que "confiance". À cet égard, on peut dire qu’elle ne s’enseigne pas, mais se vit. Cela dit, encore une fois, nous avons besoin d’expressions qui nous conviennent. Un acte de croire sans formulation serait inconsistant, une formulation sans acte serait sèche et abstraite.

Comment vous situez-vous par rapport au CEC, qui est la référence usuelle ? Est-il devenu désuet sur certains points ? Dit autrement, comment actualiser ou contextualiser le contenu de la foi sans la trahir ?
Le Catéchisme est une sorte de résumé de la tradition de l’Église, regroupant les formulations que les instances magistérielles ont retenues. Naturellement, ces formulations doivent être reprises à chaque époque, car le sens des mots peut varier. Les débats des conciles montrent la difficulté d’arriver à des expressions communes (pensons aux premiers conciles et à la difficulté de traduire en latin les concepts grecs). En outre, bien des termes nécessitent une explication, adaptée au lecteur. La théologie, dont c’est la fonction, a une histoire. Dans la tradition catholique, il revient au magistère de reconnaître si telle ou telle formulation peut être reconnue ou non.

Pratique

Croire au XXIème siècle, François Euvé, Mame, mars 2026, 19 euros

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