Une étude internationale publiée le 22 mars 2026 révèle une extraordinaire diversité de traces sur le Suaire de Turin : ADN de multiples personnes, plantes américaines post-colombiennes, corail méditerranéen… Ces contaminations accumulées depuis des siècles empêchent de dater la relique, selon les auteurs.
Le Suaire de Turin dévoilera-t-il un jour ses secrets ? Une équipe internationale de chercheurs, menée par les professeurs Gianni Barcaccia (Université de Padoue) et Alessandro Achilli (Université de Pavie), a publié le 22 mars 2026 dans la revue scientifique bioRxiv une étude métagénomique approfondie du Suaire de Turin. Cette recherche, qui implique également des scientifiques de l'Université de Turin, de la North Carolina State University, et des universités britanniques de Newcastle et du Lancashire, analyse des échantillons prélevés en 1978 par le défunt professeur Pierluigi Baima Bollone, médecin légiste et ancien président honoraire du Centre international de sindonologie (Discipline consacrée à l'examen scientifique et historique du Saint-Suaire de Turin, NDLR) de Turin.
L'équipe a passé au crible une collection d'échantillons entièrement nouvelle qui n'avait jamais été analysée auparavant, selon une méthodologie rigoureuse. Cette analyse confirme que de nombreuses personnes ont touché le Suaire au fil des siècles, plusieurs lignées d'ADN ayant été identifiées avec une grande précision (qualité supérieure à 0,95). Des bactéries de peau humaine confirment ces nombreuses manipulations. "Le nombre élevé de contaminations montre que le Suaire est entré en contact avec de multiples individus", écrivent les auteurs. Parmi les ADN les plus présents sur le Saint Suaire, on retrouve notamment celui du professeur italien ayant prélevé les échantillons en 1978, Pierluigi Baima Bollone, médecin légiste et ancien président honoraire du Centre international de sindonologie de Turin. Mais les scientifiques ont aussi identifié celui d'autres personnes, dont de l'ADN originaire du Proche-Orient – notamment la présence de l'haplogroupe H33, une signature génétique que l'on retrouve aujourd'hui chez les Druzes, population du Levant – et d'autres ADN d'Europe occidentale. Deux fils du reliquaire ont été datés au carbone 14 : ils correspondent exactement aux années 1534 et 1694, quand le Suaire a été réparé après l'incendie de Chambéry.
Variétés de plantes
Les chercheurs ont identifié par ailleurs une extraordinaire diversité de traces : du corail rouge méditerranéen, des plantes cultivées européennes, des animaux domestiques... Le problème majeur réside dans l'abondance de contaminations récentes : les carottes identifiées sont des variétés développées au 15e-16e siècle, et on trouve même des plantes américaines (maïs, tomates, cacahuètes) qui n'ont été introduites en Europe qu'après Christophe Colomb en 1492. Face à ces résultats, les auteurs sont catégoriques : l'âge du Suaire ne peut donc pas être déterminé par cette méthode, car les contaminations accumulées au fil des siècles empêchent de distinguer les traces originelles des apports ultérieurs.
Si l'étude documente remarquablement le parcours du Suaire à travers l'Europe et la Méditerranée depuis le Moyen Âge, elle prouve avant tout qu'il a été manipulé par des centaines de personnes d'origines diverses, mais ne résout absolument pas la question fondamentale : s'agit-il d'une relique du 1er siècle ou d'un artefact médiéval ? Le mystère reste entier.
Comme le disait Jean Paul II en 1998, le Suaire, "provocation à l'intelligence", reste avant tout "un miroir de l'Évangile". Au-delà de ce que révèle ou pas un microscope, les fidèles peuvent le considérer comme un véritable support de méditation sur la Passion du Christ. "Comme il ne s'agit pas d'une matière de foi, l'Église n'a pas compétence spécifique pour se prononcer sur ces questions. Elle confie aux hommes de science la tâche de continuer à chercher pour parvenir à trouver des réponses appropriées aux problèmes liés à ce linceul (...)", déclarait encore saint Jean Paul II.












