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À Cuba, plus de 2.000 prisonniers graciés à la veille de Pâques

Le concept de sanctions pèse sur le gouvernement cubain. Drapeau cubain en fils barbelés, sanctions et agression de Cuba. Prison cubaine. Sanctions américaines contre Cuba. L'embargo cubain.

Drapeau cubain devant une prison.

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Laura Marchais - avec AFP - publié le 03/04/26
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À Cuba, le gouvernement a annoncé le 2 avril la grâce de 2.010 détenus pour la Semaine sainte. Présentée comme un geste "humanitaire et souverain", cette décision intervient dans un contexte de crise économique profonde, de tensions accrues avec les États-Unis et de dialogue avec le Vatican, qui joue un rôle important de médiateur entre La Havane et Washington.

2.010 ! C’est le nombre de détenus libérés et graciés à l’occasion de la Semaine sainte par le gouvernement cubain. Annoncée jeudi 2 avril, cette décision s’inscrit dans un contexte particulier, après la promesse faite le mois dernier par La Havane, sous l’égide du Vatican, de libérer une cinquantaine de prisonniers, sur fond de pressions américaines.

Selon un communiqué officiel lu à la télévision cubaine, il s’agit d’un "geste humanitaire et souverain", qui intervient "dans le cadre des célébrations religieuses de la Semaine sainte". Les autorités n’ont toutefois pas rendu publique la liste des bénéficiaires, ni les motifs de leur détention.

Qui sont ces prisonniers ?

Le communiqué précise que les personnes graciées ont purgé "une partie importante de leur peine" et ont "fait preuve d'une bonne conduite en prison". Parmi elles figurent "des jeunes, des femmes, des personnes âgées de plus de 60 ans", ainsi que "des étrangers et des citoyens cubains résidant à l’étranger".

Certaines catégories de détenus ont en revanche été exclues de cette mesure. Il s’agit notamment "des récidivistes et des multirécidivistes", ainsi que des prisonniers condamnés pour agression sexuelle, corruption de mineurs, assassinat, homicide, trafic de drogue, vol avec violences ou encore les délits contre l’autorité, entre autres.

Un geste déjà observé par le passé

Le gouvernement cubain a souligné que la grâce annoncée jeudi "est la cinquième" accordée depuis 2011. Plus de 11.000 personnes en ont bénéficié depuis, a-t-il précisé. Cette décision s’inscrit dans une pratique déjà observée par le passé. Comme le souligne Michael Bustamente, directeur du département d’études cubaines de l’université de Miami, "ce n'est pas la première fois que les autorités cubaines font un geste de ce type (...) à la veille d'une fête religieuse comme Pâques".

Ces mesures s’inscrivent également dans un cadre plus large de dialogue avec le Vatican. En mars 2026, les autorités cubaines avaient déjà annoncé la libération de 51 prisonniers, présentée comme un geste de "bonne volonté" dans le cadre de relations "étroites et fluides" avec le Saint-Siège, qui avait confirmé l’existence de discussions en ce sens.

Rappel sur la situation de Cuba

Cuba traverse aujourd’hui une crise économique et énergétique. Son économie reposait en grande partie sur trois piliers : le pétrole vénézuélien, le tourisme international et l’exportation de main-d’œuvre. Depuis la capture de Nicolás Maduro et l’arrêt des livraisons de pétrole, l'effondrement de cet équilibre s'est intensifié.

Les conséquences sont visibles dans le quotidien des Cubains. Une grande partie de la population vit désormais dans la précarité, confrontée à des pénuries de produits de base. Les coupures d’électricité, parfois très longues, perturbent la vie quotidienne, tandis que les transports et l’accès à l’eau sont également affectés. Dans ce contexte, les tensions avec les États-Unis se sont accentuées. Washington a renforcé sa politique de pression, notamment en imposant un blocus énergétique et en limitant l’accès de Cuba au système financier international.

Face à ce bras de fer, le Vatican joue un rôle discret mais central. Depuis plusieurs décennies, le Saint-Siège agit comme un intermédiaire entre La Havane et Washington, maintenant un canal de dialogue là où les relations diplomatiques sont fragiles. Les récentes annonces de libérations de prisonniers s’inscrivent dans cette dynamique et témoignent d’une tentative d’apaisement.

Un dialogue en cours avec Washington

Depuis janvier, le président américain Donald Trump a imposé un blocus pétrolier de facto à La Havane et a même évoqué la possibilité de "prendre" l'île. Dans ce contexte tendu, un rapprochement semble néanmoins se dessiner. La Havane a ainsi confirmé, à la mi-mars, être entrée en pourparlers avec Washington. Parallèlement, le gouvernement cubain avait annoncé la libération prochaine de 51 prisonniers sous l’égide du Vatican, un canal de dialogue régulier entre Cuba et les États-Unis.

Ces annonces ont été suivies d’actions concrètes. Le groupe de défense des droits humains Justicia11J a indiqué que 14 personnes détenues après les vastes manifestations antigouvernementales de juillet 2021 allaient être relâchées, au lendemain de la libération de deux autres prisonniers.

Mardi, un pétrolier russe a accosté dans le port de Matanzas, situé à une centaine de kilomètres de La Havane. Il s’agit de la première cargaison de pétrole reçue par Cuba depuis janvier, marquée par l’arrêt des livraisons vénézuéliennes. La Russie a annoncé jeudi l’envoi d’un second pétrolier vers l’île.

Ces différents développements pourraient être liés. "On peut se demander si la décision de l’administration Trump de laisser entrer un navire russe, et peut-être un second, a un lien", a expliqué Michael Bustamente. Pour l'universitaire, "il ne semble pas absurde de penser que cela soit le signe que le dialogue entre les deux gouvernements progresse".

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