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Quel genre de croix Jésus a-t-il porté jusqu’au Calvaire ?

Simon de Cyrène aidant le Christ à porter la croix.

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Laura Marchais - Philip Kosloski - publié le 02/04/26
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En ce Vendredi saint, qui commémore les dernières heures de Jésus, le souvenir de son chemin vers le Calvaire s’impose. Mais que disent réellement les Évangiles et les recherches historiques sur la croix qu’il a portée ? S’agissait-il d’une traverse ou d'une croix entière ? Entre textes bibliques, pratiques romaines et études scientifiques, la question continue de susciter débats et interprétations.

Les évangélistes relatent très peu le chemin de Jésus vers le Calvaire, aussi appelé le mont Golgotha. La croix qu’il a portée n’est que brièvement mentionnée, sans être véritablement décrite. Matthieu, Marc, et Luc  rapportent de manière assez similaire que Jésus ne put porter la croix durant tout le trajet et dut être aidé.

En sortant , ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus (Mt 27, 32). 

Et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs (Mc 15, 21).

Mais Matthieu, Marc et Luc ne précisent pas clairement dans quelle mesure Jésus a porté lui-même sa croix. Ils laissent une certaine place à l’interprétation quant à l’aide apportée par Simon de Cyrène et sa durée.

Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus (Lc 23, 26).

De son côté, le récit de Jean ne mentionne que Jésus. Il indique que le Christ a porté lui-même la croix jusqu’au Calvaire.

Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha (Jn 19, 17).

La crucifixion, une peine courante dans l’Empire romain

Tous ces récits restent ainsi muets sur les détails de la croix que Jésus a portée. Cela s’explique sans doute par le fait que les lecteurs de l’époque, composés de Juifs et de Grecs du Ier siècle, connaissaient bien les Romains et leurs méthodes de torture.

La crucifixion était une peine courante infligée aux criminels dans l’Empire romain et servait de moyen de dissuasion. Ceux qui lisaient ou entendaient les récits de la crucifixion de Jésus n’avaient pas besoin d’une description détaillée, car ils savaient précisément en quoi consistait ce supplice. Il était donc inutile d’en préciser les détails dans le récit. "Elle faisait partie de la routine dans les territoires que nous appelons aujourd’hui Israël", note Cevitarese, l’auteur de Jésus de Nazareth : Une autre histoire et professeur d’histoire comparée à l’Institut d’Histoire de l’Université Fédérale de Rio. 

Dans une étude consacrée au Saint-Suaire, Agnès Vinas, ancienne professeure de lettres classiques, propose une analyse historique de la crucifixion dans le monde romain en en décrivant les pratiques concrètes.

Elle rappelle que la croix romaine se composait de deux éléments distincts : le stipes, un montant vertical, et le patibulum, la traverse horizontale. L'auteure explique que les condamnés devaient porter la traverse sur leurs épaules jusqu’au lieu d’exécution, souvent avec les bras déjà attachés à celle-ci. Le poids du patibulum est estimé entre 20 et 30 kilogrammes, soit une "charge proprement écrasante pour un condamné qui venait déjà de subir une flagellation", ajoute-t-elle, conformément aux pratiques précédant la crucifixion. Cette pièce de bois, sur laquelle les mains étaient ensuite clouées, est à l’origine du terme français "patibulaire", signifiant "qui mérite de porter une croix".

Traverse ou croix entière ?

Dans un article paru dans la Biblical Archaeology Review, l’historien Hershel Shanks explique également que le bois était difficile à se procurer pendant l’Empire romain. Il indique que, pour cette raison, les Romains utilisaient les mêmes montants en bois déjà fixés dans le sol pour différentes crucifixions. Hershel Shanks précise que les personnes condamnées ne portaient donc habituellement que la traverse. 

D’après les sources littéraires, contrairement à une idée répandue et malgré les nombreuses reconstitutions modernes du chemin de croix de Jésus, les condamnés à la crucifixion ne portaient jamais la croix entière. Seule la traverse était transportée, tandis que le montant était fixé de manière permanente à un endroit où il était utilisé pour toutes les exécutions. Comme le notait l’historien juif Flavius Josèphe au Ier siècle, le bois était si rare à Jérusalem au Ier siècle après J.-C. que les Romains étaient contraints de parcourir plus de quinze kilomètres depuis Jérusalem pour s’approvisionner en bois pour leurs constructions.

Au début des années 2000, le médecin légiste américain Frederick Thomas Zugibe (1928-2013), professeur à l’université de Columbia, a conduit une série d’expériences sur des volontaires afin d’étudier les effets de la crucifixion sur le corps humain. Il a publié les résultats dans le livre The Crucifixion of Jesus : A Forensic Inquiry. Ses conclusions rejoignent celles du Biblical Archaeology Review. Selon le Dr Zugibe, Jésus n’aurait porté que le patibulum jusqu’au lieu d’exécution, tandis que le montant vertical était déjà installé sur place, en dehors de la ville. Il estime que cette traverse pesait environ 22 kilogrammes. L’ensemble de la croix aurait quant à lui pesé entre 80 et 90 kilogrammes, ce qui aurait rendu difficile, selon le spécialiste, une marche prolongée évaluée à environ 8 kilomètres dans le cas de Jésus.

Dans la même perspective, Jean-Christian Petitfils, historien français et auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages, estime qu’ “épuisé par la flagellation, il n’aurait pas été capable de porter la croix entière”. Dans le même temps, de nombreux scientifiques et historiens ont étudié et examiné le Saint-Suaire de Turin, que beaucoup considèrent comme le linceul ayant recouvert Jésus dans le tombeau. Matteo Bevilacqua, Giulio Fanti et Michele D’Arienzo, affirment dans une étude publiée dans l’Open Journal of Trauma qu’il prouve que Jésus a porté la croix entière. "Les abrasions sur les épaules de Jésus sont compatibles avec des blessures causées par des chutes lors du port de la croix entière, et non avec le port seul du patibulum", expliquent les trois auteurs.

Les auteurs ont mené une expérience en construisant un modèle de croix grandeur nature afin de mieux comprendre les conditions physiques de la crucifixion. En comparant les résultats obtenus avec les observations du Saint-Suaire de Turin, ils ont relevé des correspondances significatives. En effet, certaines zones de frottement visibles sur le suaire, notamment au niveau des épaules, coïncident avec celles identifiées lors de l’expérience. Ces marques, caractérisées par des abrasions et des traces de pression, sont interprétées comme résultant du contact avec un objet lourd et rugueux, ce qui vient appuyer les conclusions tirées de leur reconstitution expérimentale. Ils ajoutent après avoir énuméré les différentes blessures du Christ : 

En raison de la luxation de l’humérus droit, les soldats romains furent, à un moment donné, contraints de réquisitionner un autre homme (Simon de Cyrène) pour porter sa croix.

Cette théorie correspond également aux lois religieuses juives qui interdisent de toucher des objets impurs. "Les grands prêtres du Sanhédrin ne pouvaient permettre que Jésus soit attaché à un montant déjà fixé sur Golgotha et utilisé pour des crucifixions précédentes, car celui-ci était souillé par un sang impur et donc intouchable", précisent Matteo Bevilacqua, Giulio Fanti et Michele D’Arienzo.

Même si toute la vérité sur la croix que Jésus a portée sur cette terre restera peut-être inconnue, l’essentiel est qu’il l’a portée pour sauver le monde, pardonner les péchés et ouvrir les portes du Ciel.

C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé, Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris (Is 53,5). 

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