Mobiliser les catholiques du monde entier en faveur de leurs frères en Terre sainte : tel est le but de la quête impérée du Vendredi saint. Chaque vendredi de la Semaine sainte, cette quête, organisée dans toutes les paroisses catholiques, permet de soutenir les milliers de chrétiens qui continuent de pratiquer leur foi sur la terre du Christ.
L'objectif principal de cette initiative est de soutenir la Custodie de Terre Sainte, tandis qu'une autre part revient au dicastère pour les Églises orientales. Entretien des lieux saints, accueil des pèlerins, financement des écoles, hôpitaux et autres œuvres sociales... L'argent récolté agit concrètement dans le quotidien des communautés chrétiennes locales. "La grande majorité de cette quête sert à financer les bourses d'études des chrétiens, afin qu'ils puissent se former et rester dans le pays, mais aussi aux écoles chrétiennes à Bethléem ou à Jéricho où les familles n'ont pas toujours les moyens de payer la scolarité de leurs enfants", explique à Aleteia frère Stéphane. Pour les fidèles aussi, cette quête a une portée très concrète. "Chaque année, je prie pour les chrétiens de Terre sainte et je donne", confie Pierre, 37 ans. "C’est une manière de ne pas les oublier et de les soutenir à mon échelle."
Cette collecte est devenue plus que jamais un incontournable. "C'est un outil crucial qui sert les pierres vivantes de Terre sainte", rappelle ainsi frère Stéphane. Derrière ce soutien concret, c'est en effet le défi du maintien de la présence chrétienne qui se cache. Une présence qui, si elle peut sembler évidente, n'en est pas moins compromise.
Les chrétiens représentent environ 3% de la population en Israël et dans les territoires palestiniens. La forte dégradation de la situation sécuritaire et politique, notamment depuis les attaques terroristes du 7 octobre et la guerre à Gaza, a en effet une répercussion non négligeable sur la vie des chrétiens. Ces derniers, comme les autres habitants de Terre sainte, voient leur pouvoir d’achat limité, les emplois précaires se multiplient, et les familles peinent à subvenir à leurs besoins. En outre la raréfaction des pèlerins depuis le Covid est une source supplémentaire d'inquiétude. "Nous recevons beaucoup moins de fonds en raison de la chute des pèlerinages, cette quête est devenue essentielle pour nous aider à maintenir nos financements", explique frère Stéphane. Malgré une légère hausse en 2025, les pèlerins tout comme les touristes sont encore très rares. "Nous ne voyons personne", confie le frère Stéphane. Selon des données communiquées par le ministère du Tourisme d’Israël, environ 1,3 million de touristes internationaux ont visité la Terre sainte en 2025, ce qui représente une remontée notable après la forte chute enregistrée en 2024. Mais ces arrivées comprennent cependant à la fois touristes et pèlerins, la statistique ne distinguant pas précisément les motifs religieux. Le volume des arrivées en Terre sainte reste par ailleurs bien en dessous des niveaux historiques d’avant 2020 (plusieurs millions de pèlerins chrétiens par an).
Guerre avec l'Iran et pression des colons
À cela s'ajoutent les répercussions de la guerre en Iran, qui touchent particulièrement les communautés catholiques en cette semaine sainte. Les autorités israéliennes ont fermé plusieurs sites religieux de la Vieille ville de Jérusalem, y compris la Basilique du Saint‑Sépulcre, en invoquant des raisons de sécurité liées aux menaces de frappes iraniennes. Ce mardi 31 mars, après avoir été un premier temps lui-même empêché d'accéder au Saint Sépulcre pour la messe des Rameaux, le cardinal Pizzaballa a déclaré que les célébrations de la Semaine sainte et de Pâques se tiendraient à huis clos. Le pape Léon XIV a de nouveau appelé à la paix, disant espérer que Donald Trump "cherche une porte de sortie" au conflit qui sévit dans la zone.
Dans ce contexte déjà tendu, la pression exercée par certains colons israéliens sur les communautés chrétiennes en Cisjordanie renforce encore les facteurs d’insécurité et d’émigration. Des attaques — intimidations, agressions physiques, barrages, accès empêché à leurs terres ou à leurs moyens de subsistance — se multiplient contre des villages historiquement chrétiens, comme Taybeh, le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie, où des colons continuent d’attaquer et d’entrer de force sur des propriétés, perturbant la vie quotidienne, les activités économiques et créant un climat de peur. Ces agressions s’inscrivent dans une vague plus large de violence des colons contre les habitants palestiniens, souvent accompagnée d’expansion des colonies illégales, de destructions de biens et de déplacements forcés de familles, avec une très faible proportion d’affaires effectivement poursuivies par les autorités compétentes. La disparition des chrétiens de Terre sainte "serait une perte immense", confie à Aleteia Loys de Pampelonne, spécialiste des chrétiens d'Orient. "Ces communautés sont l'un des rares espaces de dialogue fraternel entre religions et entre les différentes Églises chrétiennes. Elles constituent un pont indispensable."









