Qu’ajouter après ce long récit de la Passion ? C’est le temps du deuil et du silence. Le temps n’est pas à la longue homélie sur la valeur rédemptrice de la souffrance ou sur la messe qui nous place en communion avec le sacrifice de la croix. Ni sur le sacrement du pardon, de ce pardon qui coule du Cœur ouvert du Christ, ni sur la théologie du salut ou de la manière de comprendre le mystère du mal dans la foi chrétienne. Non. C’est le moment de prendre la mesure du mystère, d’en saisir l’épaisseur et de nous laisser saisir par lui. Le triduum pascal, ces trois jours du jeudi, vendredi, samedi, est une expérience à vivre, plus qu’un discours à subir. Voici trois pistes pour entrer dans cette expérience : la liturgie, les paroles, les images.
1La liturgie du vendredi et le silence du Samedi saint
Ce vendredi, nous prions pour le monde, à travers la grande prière universelle du Vendredi saint. Cette prière universelle est la "mère" de nos prières universelles du dimanche. Face à la croix du Christ, nous ne voulons pas nous refermer sur notre souffrance, mais faire entrer le monde entier dans le salut par la croix. La liturgie prévoit que pour chaque intention, nous prions à genoux en silence avant de se relever pour la conclusion de la prière. C’est bien une expérience à vivre. Le concile Vatican II nous invite à la participation active dans la liturgie : se lever, s’agenouiller, se relever, se remettre à genoux… c’est une manière de participer par tout notre être à cette prière pour le monde. Je ne peux pas, par des mails ou des commentaires sur les réseaux sociaux, faire la paix en Ukraine ou en Iran. Mais je peux, à genoux, m’offrir à Dieu pour la paix.
Puis nous vivons l’adoration de la croix. Étonnante expression ! On n’adore que Dieu… c’est Dieu bien évidemment que nous adorons en lui rendant hommage par le bois… parce que nous sommes des êtres de chair. Nous avons besoin de serrer la main de nos amis ou de les embrasser. Dans un instant, nous allons pouvoir nous prosterner devant la croix, poser la main dessus, l’embrasser.
Ensuite, c’est le silence du Samedi saint. La liturgie ne prévoit pas d’office du samedi. C’est pour cela que la vigile pascale ne doit pas commencer avant la nuit. Le samedi est un jour vide, vide comme la mort, pour nous aider à en prendre la mesure. Le samedi, levez-vous, allez marcher en silence. Voyez le monde, et prenez la mesure du décalage : Dieu est mort et le monde n’en a cure ! Dieu est mort, et la nature explose de vie au printemps. Dieu est mort et chacun mène ses affaires, fait ses courses, vaque à ses activités quotidiennes. Prenez un temps seul en silence pour prendre la mesure de l’absence de Dieu… "comme un mort oublié ou une chose que l’on jette", dit le psaume.
2Les paroles de la Passion
Pour nourrir notre prière du vendredi et du samedi, relisez la passion selon saint Jean, aux chapitres 18 et 19 de l’évangile. Et laissez-vous interpeller par les paroles de ce récit. Laissez-les résonner en vous. "Qui cherchez-vous ?" Et moi, qui est-ce que je cherche ? "N’es-tu pas un disciple de cet homme toi aussi ?" Et moi, je voudrais crier : oui, je suis son disciple ! oui, je l’aime à en mourir ! Et pourtant je me suis tu si souvent… mon amour meurt au seuil de mes lèvres. "Es-tu le roi des Juifs ?" Qui es-tu Jésus ? Que fais-tu là ? Quelle place veux-tu prendre dans notre histoire ?
"Qu’est-ce que la vérité ?" "Voici l’homme." L’unique, l’homme parfait. Voici tout homme récapitulé en lui… l’homme avec sa souffrance, l’homme en son mystère, l’homme nu et dépouillé, exposé au monde. "Voici ta mère." Marie. Marie, ma mère. Marie mère de l’Église. Apprends-moi à entrer dans ce mystère. "J’ai soif." De quoi as-tu soif aujourd’hui Jésus ?
"Tout est accompli." Puis-je poser cet acte de foi moi aussi que tout est accompli ? Dans ce monde où tant reste à faire, tout est pourtant déjà accompli sur le bois de la croix… autour duquel le monde n’en finira pas de tourner.
3Les images de la Passion du Christ
Si vous êtes davantage "visuel", alors prenez le temps dans votre prière, ce vendredi et ce samedi, de contempler les différentes scènes qui nous sont présentées. La foule hostile qui vient arrêter Jésus. Le mal et la haine qui s’emparent d’une foule violente, les passions déchaînées… l’humanité sans limite. Jésus lié, flagellé, humilié. Jésus qui porte sa croix. Jésus qui rend l’esprit… et le monde qui ne s’arrête pas de tourner.
Contemplez enfin, la délicatesse de Joseph… les aromates, les plantes, le dernier hommage à celui que tous ont rejeté. Méditons pour entrer dans le mystère.
Lectures de l’office du Vendredi saint (année A) :









