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Entre deux traîtres, Judas et Pierre, il faut choisir

Le Baiser de Judas, par Giotto di Bondone, entre 1304 et 1306

Le Baiser de Judas, par Giotto di Bondone, entre 1304 et 1306

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Alex et Maud Lauriot Prévost - publié le 02/04/26
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La semaine de la Passion du Christ invite à méditer le mystère de la trahison de deux compagnons de Jésus : Judas et Pierre. L’un a succombé à la mort, l’autre a pleuré sur son péché. Si tout péché est une trahison et que nous sommes tous pécheurs, quel chemin choisirons-nous ?

Toute la Semaine sainte, l’Église — au travers des textes de la Parole et de la liturgie — nous invite à méditer les mystères du Salut, et notamment celui de la trahison de Judas, un disciple pourtant choisi par Jésus, compté parmi les douze, le cercle le plus proche de Jésus ; avec les autres apôtres, il a annoncé l’Évangile, guéri les malades et vu tant de merveilles de Dieu (cf. Lc 7, 6 et 10).

La trahison, pourquoi ?

Il fallait pourtant, selon les paroles mêmes de Jésus, que cette trahison s’opère : elle était annoncée par les prophètes, a été permise par Dieu lui-même pour que s’accomplisse le mystère du Salut répandu sur tous les hommes. Annoncé, prophétisé, nécessaire… et pourtant il eut mieux valu que Judas ne soit jamais né, dit Jésus (cf. Mt 26, 24). Les événements qui suivent sa trahison — son remords, sa tentative de se rétracter, son repli pitoyable puis son suicide par pendaison — sont pathétiques et tragiques, ils font froid dans le dos ; on a presque pitié de lui tant sa chute est violente et désespérée. 

La méditation de ce mystère de la trahison de Judas — comme celle du comportement si lâche, injuste et pleutre de Pilate face aux grands prêtres — nous conduit à nous poser la question du pourquoi et du comment : pourquoi et comment un homme peut-il trahir à ce point la cause qu’il défend a priori, la justice et la vérité de sa conscience ? Même si tous ces évènements étaient annoncés, comment de telles personnes ont-elles pu commettre de sang-froid et en conscience un tel irréparable ? Faut-il être à ce point aveuglés pour commettre une trahison aussi innommable ?

Le temps fait son œuvre

Nous pouvons de même méditer sur le destin terrible de l’évêque Cauchon, l’évêque français vendu aux Anglais qui conduisit avec acharnement le procès lui aussi inique de Jeanne d’Arc. Lui aussi finira sa vie de manière lamentable, abandonné par ceux qui se sont servis de lui pour éliminer Jeanne : quelle destinée tragique et infernale pour un disciple de Jésus, compté de plus comme évêque et donc successeur des apôtres. Nous pouvons craindre le destin qui fut le sien lorsqu’on écoute les paroles de Jésus sur les fins dernières et le jugement dernier...

Judas, Cauchon, Pilate, les grands prêtres : tous étaient convaincus de servir Dieu (ou l’empereur) et son dessein, mais ils étaient de fait aveuglés par leur haine, leur jalousie, leur médiocrité, leurs intérêts ou leurs petits calculs tactiques personnels. Beaucoup autour d’eux ont été longtemps trompés par l’habileté et le pouvoir de ces sbires, tandis que tout le mal opéré par leur soin ne s’est pas vu tout de suite. Mais le temps a fait son œuvre, celui de la Vérité. C’est là une grande espérance qui nourrit la foi dans une forme de justice immanente : le fleuve en crue déborde, inonde et sème la désolation dans la vallée, mais tôt ou tard, il revient dans son lit et la vallée refleurit. De même, tôt ou tard, les fils et filles des ténèbres sont ou seront confondus par le Christ lui-même. C’est là notre propre foi et notre espérance, renforcées au fil du temps par plusieurs expériences personnelles illustrant cette réalité pascale : après la passion et la mort, la Résurrection est toujours au rendez-vous.  

Celui qui a pleuré sur son péché

Pierre aussi a trahi son maître trois fois de suite, alors même que Jésus l’avait averti quelques heures plus tôt et que Pierre avait juré qu’il protégerait Jésus jusqu’au bout, quitte à mourir avec lui : la trahison de Pierre est assez pathétique et lamentable tant elle est grossière ou ridicule ; pourtant, Pierre fut justifié car il a pleuré amèrement sur son péché, il a sincèrement et humblement demandé pardon, il a reconnu sa pauvreté devant ses frères et il a déclaré avec force à Jésus, avec beaucoup de sincérité, tout son amour et sa foi en lui. 

La différence de gravité entre les trahisons de Pierre et de Judas n’est pas si grande que cela en termes de "faits" pourrait-on dire, mais tout est si différent, tant dans les motivations et dans la manière dont ils ont regardé et considéré leur péché : l’un s’est renfermé, désespéré puis suicidé ; l’autre a demandé pardon et a reçu la vie. L’un a consenti à se faire engloutir par la mort ; l’autre s’est mis à genoux, a confessé sa foi et fut élevé à ce grand ministère : conduire le peuple de Dieu, détenir les clés du Royaume. 

Deux chemins

Chemin de mort, chemin de vie : les destins de Pierre et Judas sont riches d’enseignement pour nos vies, car, comme eux, nous sommes tous de pauvres pécheurs. La différence entre Pierre et Judas est peut-être là : un amour désarmé, une grande humilité, la confession de son péché, l’abandon à Dieu, l’accueil de la miséricorde, une foi sans limite. Pécheurs, nous le sommes tous : dans la grâce de la Résurrection qui vient, donne Seigneur à chacun de toujours suivre le chemin de Pierre et non celui de Judas !

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