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Natalia Vodianova : “Ma sœur a été mon plus grand professeur d’espérance”

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Anna Ashkova - publié le 01/04/26
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À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme le 2 avril, Natalia Vodianova, mannequin internationalement connue et fondatrice de l’association Naked Heart France, qui soutient les enfants autistes et leurs familles, retrace auprès d'Aleteia les origines de son engagement, profondément lié à son enfance.

Elle compte parmi les top models les plus célèbres du XXIe siècle. Issue d’une enfance marquée par la pauvreté en Russie, Natalia Vodianova, 44 ans, a percé très jeune dans la mode. Elle a travaillé pour de grandes maisons de luxe comme Calvin Klein, Louis Vuitton, Prada et Chanel, et fait la couverture de nombreux magazines prestigieux, dont Vogue et Elle. Bien plus qu’un mannequin, elle est devenue une figure influente dans la philanthropie. Mère de cinq enfants, elle agit depuis des années à travers son organisation caritative internationale, la Naked Heart Foundation, qui vient en aide aux enfants autistes et à leurs familles. Un combat qui trouve son origine dans son histoire personnelle : sa petite sœur Oksana est atteinte d’un autisme sévère. Pendant longtemps elle n'a bénéficié d'aucun accompagnement, dans une Russie alors peu préparée à la question du handicap. De cette expérience fondatrice est née en elle une détermination sans faille à soutenir les familles confrontées aux mêmes difficultés. À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, ce 2 avril, l’épouse d’Antoine Arnault témoigne pour Aleteia de cet engagement qui lui tient particulièrement à cœur. Rencontre.

Aleteia : Vous utilisez aujourd'hui votre notoriété pour vous engager dans des actions solidaires. Vous avez fondé la Naked Heart Foundation qui a pour mission de soutenir les enfants autistes et leurs familles. Comment est née cette initiative ?
Natalia Vodianova : Je suis née en Russie. Je suis devenue grande sœur à l’âge de 6 ans. Mais ma petite sœur Oksana est née avec de multiples handicaps cérébraux et un autisme sévère. À l’époque, notre famille n’avait aucun soutien. Ma mère nous élevait seule, sans travail stable. Aucune crèche n'acceptait de prendre ma sœur en charge. Cette situation a marqué mon enfance. Tout le monde tournait le dos à ma mère. Elle était très courageuse et n'a jamais baissé les bras pour Oksana. Parfois, nous n’avions rien à manger. Nous vivions en marge de la société. Nos voisins nous évitaient. C’était très difficile, mais c’est ce qui me pousse aujourd’hui à aider les familles dont les enfants sont atteints d’autisme. Beaucoup se retrouvent sans programme d’accompagnement efficace, pour les enfants comme pour les aidants. Notre fondation travaille aujourd’hui en France pour proposer ces programmes. Je suis fière de ce que nous avons réussi à accomplir, mais nous réfléchissons constamment à ce que nous pourrions faire de plus encore.

Quels types d’accompagnement et de soutien sont les plus nécessaires pour les aidants d’enfants autistes ?Tous les types de soutien sont nécessaires, même avant que le diagnostic ne soit posé. Si les parents n’ont pas confiance dans l’avenir de leur enfant, ils doivent être soutenus et accompagnés. C’est pour cela que nous avons lancé la Formation aux Compétences des Aidants, appelée CST (Caregiver Skills Training), qui permet aux parents d’utiliser le jeu, les activités et les routines du quotidien comme leviers pour renforcer l’interaction et la participation, ainsi que le développement et l’apprentissage de l’enfant.

Observez-vous une évolution dans la manière dont la société accueille aujourd’hui la différence, notamment le handicap ?
Je constate beaucoup d’avancées en France et partout dans le monde, avec notamment une approche plus scientifique et humaniste. L’inclusion est également plus présente qu’il y a dix ans. Les parents se sentent aujourd’hui moins coupables de la situation de leurs enfants. Notre mission est de les aider à comprendre que même si c’est difficile, ce n’est pas la fin. Ma sœur a commencé à travailler avec des spécialistes à l’âge de 24 ans. À l’époque, je pensais que c’était trop tard, mais de nombreux spécialistes me disaient qu’il n’est jamais trop tard. Bien sûr, nous ne changerons pas le fait qu’Oksana ne parle pas, mais nous pouvons améliorer sa qualité de vie. Aujourd’hui, elle a moins peur des autres : elle peut aller au cinéma, au café, au musée… C’est quelque chose qui aurait été impensable il y a quinze ans.

Elle est aussi très coquette. Elle aime beaucoup se coiffer, se faire les ongles, choisir ses propres vêtements, être une femme indépendante à sa façon. Ces petites choses comptent beaucoup pour elle. Oksana est aujourd’hui une femme heureuse. Il y a donc toujours de l’espoir !

Vous avez grandi dans un contexte difficile en Russie, marqué par la pauvreté et l’absence d’un père. En quoi cette enfance a-t-elle façonné la femme que vous êtes aujourd’hui ?
Je ne me souviens plus vraiment des difficultés que j’ai pu vivre. Je sais simplement que cette expérience m’a appris à être forte. Et on a besoin d’être fort pour avancer dans la vie.

Le vrai indicateur de la réussite réside dans la façon dont nous nous comportons avec nos proches.

Oksana a aussi été mon plus grand professeur de positivité, d'espérance. À cause de son handicap, elle ne percevait pas les regards des autres ni le fait que nous n’avions rien à manger. C’était notre réalité, mais elle m’a montré que l’on peut choisir une autre façon de voir les choses, c’est-à-dire vivre le présent avec le meilleur de ce que l’on a, et garder l’espérance.

Vous êtes orthodoxe. Votre foi nourrit-elle, d’une manière ou d’une autre, votre vie et votre engagement ?
Oui, beaucoup. Ma mère m’a baptisée quand j’étais petite, elle m’a guidée dans ma foi. Dans mon enfance, je sentais la présence de Dieu. Évidemment, à l’adolescence, j’ai tout oublié. Dans ma jeunesse, je me suis éloignée de la foi. Je n’étais plus une survivante : j’étais vivante, je faisais la fête et je célébrais mon succès. Mais aujourd’hui, je suis fière d’être chrétienne. Je ressens à nouveau la présence de Dieu dans ma vie. C’est très important pour moi.

Vous êtes une mannequin internationalement connue. Vous figurez parmi les plus belles femmes du monde. Comment définiriez-vous la beauté ?
Ma mère était belle et douce. Elle ne criait jamais. Mais sa beauté se manifestait aussi par ses actions au quotidien, dans sa manière de s’occuper des autres. Elle travaillait dans une usine, elle prenait soin d’elle, mais avant tout, elle cherchait la beauté ailleurs, dans les fleurs, les animaux… Elle m’a aussi appris à respecter la nature et à reconnaître la beauté qui nous entoure. Son âme, sa sensibilité, sa compassion… Tout cela la rendait belle et profondément bonne.

Que signifie pour vous être une femme engagée ?
Je ne pense pas que l'engagement doive forcément être une sorte de fièvre. Chacun s’engage à sa manière, avec ses propres moyens. Je crois aussi que nous devons avant tout nous occuper de notre famille. Avant de donner aux autres, il faut penser à nos proches. C’est le véritable thermomètre de notre réussite dans la vie. Parfois, on voit des gens qui réussissent beaucoup, mais on découvre ensuite qu’elles se comportaient mal avec leur famille. On peut respecter leur art, leur travail, mais si elles étaient malsaines avec leur famille, leurs enfants, cela gâche tout. Le vrai indicateur de la réussite réside dans la façon dont nous nous comportons avec nos proches.

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