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[HOMÉLIE] Les deux gestes inséparables du Jeudi saint

"Le lavement des pieds", aquarelle de James Tissot.

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Marc Dumoulin - publié le 01/04/26
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Curé de la paroisse Notre-Dame de Vincennes, le père Marc Dumoulin commente les lectures du Jeudi saint, mémoire de la Cène du Seigneur. L’Eucharistie n’est pas un refuge pour fuir le monde, mais une force pour aimer sans compter, comme Jésus qui lave les pieds de ceux qui l’abandonneront.

En cette nuit de Jeudi saint, tout commence par un repas. Dans l’Exode, Dieu demande à son peuple de manger en hâte, debout, prêt à partir. La Pâque est un passage. Passage de l’esclavage à la liberté, de la peur à la confiance. Le sang de l’agneau sur les portes devient signe de vie au cœur de la menace. Des siècles après, Jésus revisite ce repas et en révèle le sens suprême. Comme dit Paul, la nuit où il était livré, Jésus prend le pain et la coupe. Il ne rappelle pas seulement une libération passée : il donne sa vie. Le passage maintenant, c’est lui. L’agneau, c’est lui. Le sang versé est le sien. Dans un monde où des bruits de guerre se font entendre, où les peurs grandissent, la liturgie le dit : la victoire du Seigneur ne passe pas par la force, mais par le don de soi. Quand l’homme répond à la violence par la violence, Jésus répond par un amour qui va jusqu’au bout.

Devenir ce que nous sommes

Saint Jean nous surprend : au lieu de raconter l’institution de l’Eucharistie, il révèle Jésus à genoux, lavant les pieds des disciples. Le Maître et Seigneur se fait serviteur. Il prend la place du plus petit. Saint Augustin disait : "Ce que vous voyez sur l’autel, c’est le mystère que vous êtes, vous-mêmes." L’Eucharistie est autant ce que nous recevons qu’une conversion à vivre. Si nous communions au Christ, devenons comme lui : serviteur, plus petit, donné, offert, livré pour les autres. 

Devenons ce que nous recevons, recevons ce que nous sommes, le corps du Christ. Cela prend un relief particulier, ce soir, alors que de nombreux catéchumènes sont accueillis dans nos communautés. Vous qui vous approchez du baptême, entrez dans ce mystère. Plus que dans une religion, entrez dans cette vie nouvelle. Vie qui consiste à aimer jusqu’au bout. L’Eucharistie que vous découvrirez est une école d’amour.

De quel côté serons-nous ?

Soyons lucides : aimer ainsi, ce n’est pas naturel. Pierre résiste : "Tu ne me laveras pas les pieds !" (Jn 13, 6) Non, jamais. Nous acceptons difficilement un Dieu humble, qui se donne sans s’imposer. Nous préférerions tant un Dieu puissant, qui règle tous les problèmes et les conflits par la force. Or le Seigneur ne s’impose jamais, il se propose toujours. Sur la croix, et déjà dans le lavement des pieds, le Seigneur ne contraint pas : il s’offre. Il respecte infiniment notre liberté.

Face aux tensions du monde, aux risques de toutes natures, la question est posée : de quel côté serons-nous ? Côté de la domination ou côté du service ? Côté de la peur ou côté du don ? Le psaume invite à une réponse : "J’élèverai la coupe du salut" (Ps 115, 13). Coupe que nous recevons ce soir. Coupe inséparable de notre engagement : "Je tiendrai mes promesses au Seigneur" (Ps 115, 14). L’Eucharistie n’est pas un refuge pour fuir le monde, mais une force pour y aimer davantage. Regardons Jésus, maître du temps et de l’histoire : il lave les pieds même de Judas qui le trahira, de Pierre qui le reniera, des disciples qui l’abandonneront. Il n’exclut pas. Il ne retire pas son amour. Voilà le mystère : aimer même si ça coûte, si ça semble inutile, si tout paraît perdu.

Accepter de se mettre à genoux

Le monde se montre menacé et menaçant. Pas seulement par les armes, bien plus par le manque d’amour, l’indifférence, le refus de servir. Il peut être sauvé, mais ce sera par des hommes et des femmes qui accepteront de se mettre à genoux devant leurs frères.

Ce soir, Jésus nous laisse deux gestes inséparables : le pain rompu, les pieds lavés. L’un ne va pas sans l’autre. Communier au corps du Christ fait entrer dans son mouvement d’abaissement et de don. Demandons-en la grâce. Que cette Eucharistie fasse de nous des artisans de paix. Non pas d’une paix naïve, mais de la paix qui passe par le courage du service, du pardon, de la fidélité à l’amour. Comme les Hébreux au soir de la première Pâque, soyons prêts à partir, pas pour une terre lointaine, mais vers la vie nouvelle, vie éternelle où chaque geste d’amour devient une victoire sur la mort.

Lectures du Jeudi saint, mémoire de la Cène du Seigneur (année A) :

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