Alors que l’intelligence artificielle transforme toujours davantage les métiers, une question s’impose : quelles compétences feront encore la différence demain ? La maîtrise des outils technologiques, devenue incontournable, sera-t-elle suffisante ? Face à ces bouleversements, les qualités humaines, culturelles et relationnelles s’affirment plus que jamais comme le socle du management.
C’est précisément la conviction portée par l’Ircom, école supérieure des Humanités et du Management. Fondée à Angers en 1984, elle s’engage dans l’éducation et la formation de jeunes appelés à prendre des responsabilités et à servir le bien commun. De Bac +3 à Bac +5, ses cursus sont conçus pour éveiller l’intelligence, affiner le discernement et cultiver l’ouverture d’esprit. Alors que l’école poursuit son développement avec le déploiement de la formation Management et Communication Stratégique à Lyon en septembre 2026, Paul Delava, coordinateur des formations en communication de l'Ircom, revient pour Aleteia sur les enjeux actuels de la formation des managers et sur la manière dont l’Ircom prépare ses étudiants à évoluer dans un monde en mutation.
Aleteia : Pourquoi la montée de l’intelligence artificielle transforme-t-elle les attentes envers les managers et rend-elle plus essentielle que jamais leur formation à la communication et à la relation humaine ?
Paul Delava : L’intelligence artificielle reste un outil. Bien sûr, un futur manager doit savoir en maîtriser les usages, mais il ne construira pas sa carrière uniquement sur cela. Quelle que soit la formation suivie aujourd’hui en IA, elle sera probablement obsolète dans cinq ans. En revanche, certaines compétences demeurent essentielles et intemporelles : savoir réfléchir, analyser une situation et prendre des décisions. Or, ces décisions ne reposent pas uniquement sur les outils. Ceux-ci constituent des aides, mais l’essentiel réside dans la capacité à comprendre le monde dans lequel nous évoluons, à analyser les situations et à appréhender les enjeux managériaux, profondément ancrés dans les relations humaines. Ce que l’on attend d’un manager, c’est qu’il accompagne ses collaborateurs, les forme, leur donne une direction à suivre. Un manager doit donner du sens, et cela, l’IA n’est pas en mesure de le faire.
À travers votre expérience de terrain, quels manques ou difficultés concrètes observez-vous chez les managers, notamment dans leur manière de communiquer et de piloter leurs équipes ?
Je pense qu'il y a un vrai défaut de responsabilité. Aujourd’hui, de plus en plus de managers peinent à prendre des décisions et se réfugient derrière une forme de responsabilité collective, qu’ils utilisent pour noyer leur responsabilité personnelle. Or, ce que l’on attend d’un manager, c’est précisément sa capacité à décider.
Comment les Humanités (philosophie, anthropologie, rhétorique…) pourraient-elles répondre au besoin de formation des managers ?
S’ancrer dans les Humanités, c’est d’abord s’inscrire dans le temps long. Or, c’est précisément ce que l’on attend d’un manager : être capable de prendre des décisions qui dépassent l’instantanéité. Les outils numériques, comme les smartphones, nous poussent à réagir dans l’immédiat. À l’inverse, lire un livre demande du temps et de l’attention, un effort devenu difficile pour certains cerveaux. Lire Victor Hugo, par exemple, est plus exigeant que regarder une série sur Netflix : cela suppose de ralentir et de se rendre disponible. Mais c’est justement cet apprentissage qui permet, peu à peu, de construire une véritable capacité de décision dans la durée.
Nous voulons aider les étudiants à avoir la capacité de prendre du recul, à développer un esprit d’analyse et à inscrire leurs actions dans une véritable vision stratégique.
Les Humanités permettent également de prendre du recul. Nous sommes, d’une certaine manière, les héritiers des grands auteurs, qui ont su analyser et décrypter la société de leur époque. Les lire aujourd’hui nous aide à mieux comprendre la nôtre, à sortir de l’immédiateté et à affiner notre jugement. C’est en cela qu’elles enrichissent profondément la formation des managers. L’apport de l’anthropologie est tout aussi déterminant. Elle invite à s’interroger sur une question fondamentale : "qu’est-ce qu’une personne ?". Notre prisme, c'est de réfléchir à cette question à travers l'enseignement social chrétien en mettant en avant deux grands piliers de la doctrine sociale de l'Église : la dignité de la personne et le bien commun. Parce que plus tard, les étudiants vont manager des personnes. Et la réponse qu’ils vont apporter influencera directement leur manière de manager.
Qu’est-ce qui fait la spécificité de la formation en Management et Communication stratégique de l’Ircom par rapport à d’autres formations ?
La spécificité de la formation en Management et Communication stratégique de l’Ircom repose sur l’alliance entre les humanités et le management. Bien sûr, les étudiants y apprennent les techniques de communication mais la formation ne s’y limite pas. Nous voulons aider les étudiants à avoir la capacité de prendre du recul, à développer un esprit d’analyse et à inscrire leurs actions dans une véritable vision stratégique. Nous avons à cœur de ne pas enfermer les étudiants dans une approche purement technique de la communication. Notre formation les prépare à appréhender le fonctionnement global de l’entreprise, à en comprendre le modèle économique et les orientations stratégiques, afin de mettre la communication au service de cette vision d’ensemble car c’est ce qu'on attend aujourd'hui d'un directeur de la communication.
Pratique
Admission sur concours avec un bac +3 (toutes disciplines)
Webinaire pour en savoir plus : 28 avril - 19h / Participer
Passer le concours
En partenariat avec l'IRCOM










