Et si votre lecture allait plus loin ?
Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.
À seulement 24 ans, la jeune Toulousaine Maëlle Vidou partage l’affiche avec Alexandra Lamy et Julien Le Berre dans Compostelle, en salles le 1er avril. Ce long métrage, réalisé par Yann Samuell, met en scène Fred (Alexandra Lamy) et Adam (Julien Le Berre), deux êtres que tout oppose, réunis par une association pour entreprendre une marche de rupture sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Sur leur route, ils croisent de nombreuses personnes, dont Estella (Maëlle Vidou), une jeune femme fauchée il y a peu par un chauffard et amputée du pied gauche. Malgré cette épreuve douloureuse, elle reste souriante et très résiliente, à l’image de celle qui l’incarne. En effet, en 2022, la jeune actrice a été amputée du pied gauche après un accident de la route. À l’époque, âgée de 19 ans, elle aurait pu sombrer face à un tel drame, mais elle a choisi la vie. À travers Compostelle, Maëlle Vidou ne livre pas seulement une performance, mais un témoignage bouleversant, où la fiction et la réalité se rejoignent dans un même élan de courage et d’espoir. Rencontre.
Aleteia : Dans le film Compostelle, vous incarnez une jeune femme handicapée, Estella. Son histoire est semblable à la vôtre, elle a été fauchée par un chauffard. À l’époque vous n’aviez que 19 ans. Comment avez-vous vécu ce drame ?
Maëlle Vidou : Le 28 mai 2022, je menais ma vie d’étudiante toulousaine la plus classique au monde. Je suis allée acheter du lait un samedi en fin d’après-midi et, manque de chance, j’ai eu un accident. En traversant la route, un chauffard un peu fou est arrivé et m’a fauchée à 80 km/h. Je me suis retrouvée assise par terre, en plein milieu de la route, en ayant parfaitement conscience de l’état de mon pied et probablement de ce qu’il allait devenir. À ce moment-là, mon monde s’est complètement écroulé, car j’avais très peu d’informations et très peu d’espoir sur ce qui allait se passer ensuite. À la suite de cet accident, on a dû m’amputer du pied gauche. Cela a soulevé beaucoup de questions et de remises en cause.

Qu’est-ce qui vous a permis d’avancer ?
Le moment où j’ai vraiment retrouvé la force d’avancer, ça a été grâce à une randonnée faite avec l’association Oz’moov. On est partis faire les quatre dernières étapes du GR20. À ce moment-là, j’avais de gros doutes sur les possibles qui s’offraient à moi après cette amputation, un acte qu’on peut qualifier de traumatique. Pendant cette randonnée, je me suis dit que l’impossible n’existait pas, qu’il restait beaucoup de choses faisables et qu’il y avait finalement très peu de limites dans ma condition. Cette randonnée m’a prouvé qu’il restait plein de choses possibles. Le sport est devenu un vecteur de dépassement du handicap.

Depuis je ne me suis plus jamais arrêtée. Je me suis lancée dans la course à pied : je cours régulièrement dix kilomètres et en octobre prochain, je vais tenter un semi-marathon. Je fais beaucoup de marches. J’ai fait le tour du Mont-Blanc, gravis deux ou trois sommets à 3.000 mètres dans les Hautes-Pyrénées.

Je fais beaucoup de sport. C’est l’un des seuls moments, notamment en course à pied, où je me sens complètement comme les autres, sans différence entre les valides et les amputés. Je rêve aussi de participer un jour aux Jeux Paralympiques. C’est une idée qui me trotte dans la tête et qui m’intéresserait beaucoup. Mais avec le projet du film, je ne sais pas encore quelle carrière embrasser celle de vie d’artiste ou de vie de sportive ? Je me déciderai d’ici la fin de l’année peut-être.
Justement, comment êtes-vous arrivée au cinéma ?
J’ai été castée pour le film Compostelle un peu par hasard. J’ai terminé mes études d’éducatrice spécialisée l’année dernière et à la même période, Jérôme, le président de l’association Oz’moov m’a envoyé l’annonce du casting en me disant : “Maelle, c’est toi qu’ils recherchent pour ce film !”
L’une de mes volontés en acceptant ce rôle était de mettre en lumière les personnes en situation de handicap, particulièrement les amputés. Quand j’ai eu mon accident, il me manquait cette figure-là, cette personne qui m’aurait prouvé que l’impossible n’existe pas et qu’on peut mener une vie normale.
Au début, j’étais un peu réticente à cause de mes études, puis je me suis dit qu’une opportunité comme celle-ci ne se représenterait pas cinquante fois. J’ai répondu favorablement au casting et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée là, devant vous, à en parler. Je n’étais pas du tout actrice, je n’ai jamais fait de théâtre, j’ai donc demandé à l’équipe de tournage de m’aider avec des cours de coaching, car je n’avais aucune connaissance de ce milieu.
Le récit du film vous a-t-il parlé ?
Dans le film, Estella est une jeune femme en situation de handicap qui entreprend pour la deuxième fois le chemin de Compostelle. Le rôle faisait complètement écho à ma situation, à ma manière de prendre mon handicap avec le second degré, la légèreté et la délicatesse. C’est un personnage lumineux, qui témoigne d’une certaine résilience dont j’ai pu faire preuve. Il correspond vraiment à la personne que je suis. Ce film m’a aussi apporté beaucoup de choses : la découverte d’un nouveau monde, la capacité à prendre la parole devant des grands groupes, mais aussi des rencontres absolument formidables dont je me souviendrai toute ma vie.

L’une de mes volontés en acceptant ce rôle était de mettre en lumière les personnes en situation de handicap, particulièrement les amputés. Quand j’ai eu mon accident, il me manquait cette figure-là, cette personne qui m’aurait prouvé que l’impossible n’existe pas et qu’on peut mener une vie normale. Ce film m’a permis de montrer cela au grand jour. J’avais besoin d’offrir à d’autres ce qu’on ne m’avait pas offert. J’aimerais être cette référence que je n’ai pas eue. Aujourd’hui, la représentation des personnes en situation de handicap est minime ou biaisée : soit on montre des athlètes paralympiques, soit des personnes qui vivent très mal leur handicap. On montre rarement le milieu : les gens qui vivent normalement.
Connaissiez-vous le chemin de Compostelle avant de jouer dans le film ?
J’ai fait beaucoup de randonnées, mais jamais comme celles du chemin de Compostelle. D’habitude, je fais des randonnées sportives, axées sur la performance. Grâce à Compostelle, j’ai découvert une autre façon d’aborder la marche : une marche d’introspection, ce que je ne fais jamais. C’était une très belle découverte. J’ai aussi l’habitude de randonnées sportives où l’on croise peu de monde. Là, c’était l’inverse : nous croisions des gens de tous niveaux, de tous âges. C’était super enrichissant ! On se rend compte que Compostelle est hyper accessible et que ce chemin parle à tout le monde. C’est un chemin que je pourrais envisager plus tard avec des personnes amputées. Et les paysages sont magnifiques ! J’ai découvert la cathédrale du Puy-en-Velay et celle de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne. Les deux m’ont impressionnées. Arriver à Compostelle, avec cette effusion, ce monde, cette place où tout le monde arrive après avoir parcouru 2.000 km… c’est impressionnant. Je me suis sentie très petite à plusieurs moments, particulièrement devant la cathédrale de Saint-Jacques. On lève la tête et on ne sait plus où regarder tellement c’est beau et grand.
Pourquoi aller voir Compostelle ?
C’est un très beau message d’espoir. Malgré la thématique et le synopsis, c’est un film très lumineux, qui montre que l’impossible n’existe pas.









