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Les discrets messages de Léon XIV égrainés à Monaco

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Jean-Baptiste Noé - publié le 31/03/26
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La visite de Léon XIV à Monaco a surpris. À travers des choix symboliques, le pape a dessiné les lignes de son pontificat. Le géopolitologue Jean-Baptiste Noé y voit la marque d’une vision stratégique cohérente, menée avec sobriété et discrétion.

Un beau ciel bleu, la mer, une ville ordonnée, une population joyeuse et nombreuse. Les images de la visite de Léon XIV sont belles, à l’instar d’une visite d’une journée qui s’est déroulée sans accroche. Mais cette visite a aussi suscité beaucoup de questions : pourquoi Monaco et pourquoi cette visite dans une ville "riche" ? Autrement dit qui n’aurait pas besoin du pape et de l’Église. Derrière cette visite se dessinent les lignes d’un pontificat qui va bientôt clôturer sa première année. 

S’affirmer dans la discrétion

La première ligne est celle de la force dans la discrétion. Léon XIV n’a pas choisi d’images clivantes, de clichés tape-à-l’œil ou de discours polémiques. Il a agi avec sobriété et discrétion, tout en distillant des phrases et des images qui disent beaucoup de l’orientation du pontificat. 

La première image est celle du moyen de transport. En venant en hélicoptère depuis Rome, le pape a pu atterrir à l’héliport de Monaco et donc arriver immédiatement sur le sol de la principauté et ainsi être reçu par le Prince Albert II. Auparavant, le reste de la délégation s’est rendue sur place en avion, donc en atterrissant à l’aéroport de Nice et finissant le voyage en voiture. S’il était lui aussi venu en avion, c’est à Nice que le pape aurait dû atterrir, donc en terre française. Ce qui aurait nécessité un protocole de réception à l’aéroport. En choisissant l’hélicoptère, le pape a donc simplifié le protocole et montré que c’est à Monaco seulement qu’il venait. 

Une vision classique de la papauté

La deuxième image est celle des vêtements utilisés : la mozette rouge et l’étole des apôtres Pierre et Paul, vêtement liturgique habituellement porté en présence des chefs d’État. Les tenues utilisées par le Pape, lors de la rencontre avec Albert II, lors de la visite à la cathédrale, lors de la messe, racontent le moment en cours et si celui-ci est spirituel ou politique. Lors de cette visite, comme à Rome, Léon XIV a repris l’usage de vêtements pontificaux que François avait délaissé, signe d’un retour à une vision classique de la papauté. 

Troisième image, celle des lieux visités. Les quatre sites choisis ont témoigné de l’unité du pontificat : le palais princier, siège du pouvoir politique ; la cathédrale, pour rencontrer les prêtres, les religieuses et la communauté catholique ; l’église Sainte-Dévote, pour rencontrer les catéchumènes ainsi que les jeunes et honorer la piété populaire ; le stade Louis-II pour la messe. Moments spirituels, politiques et populaires ont ainsi alterné, dans la même unité d’un voyage qui a ainsi montré que l’Église est partout et parle à tous les hommes. 

Une portée mondiale

Certains commentateurs ont témoigné leur surprise que ce voyage ait lieu à Monaco, la cité des yachts et des financiers. Comme si le pape et l’Église devaient rejeter certains lieux, certaines personnes, pour ne parler qu’aux bidonvilles et aux pauvres. C’est oublier que l’Église, et donc le pape, parlent à tout le monde : au yacht-club de Monaco comme aux bidonvilles du Cameroun, où le pape se rendra dans quelques semaines. C’est oublier aussi la pauvreté spirituelle qui peut toucher la population vivant à Monaco : on peut être milliardaire et malheureux, posséder de nombreuses voitures et pourtant une vie vide. C’est oublier aussi la responsabilité morale qui incombe à cette élite mondiale, que le pape a rappelée. Ce sont les entrepreneurs qui font reculer la pauvreté, les financiers qui peuvent trouver l’argent nécessaire aux financements de la recherche médicale, à l’achat de médicaments et d’outils de soin. C’est donc à eux qu’incombe, par leur travail et leur inventivité, la responsabilité de lutter contre la pauvreté ailleurs dans le monde.

La Méditerranée : un choix stratégique

Monaco est aussi un point de plus dans une série de voyages qui démontre une grande cohérence géographique : celle de la Méditerranée. Léon XIV s’est rendu en Turquie et à Nicée, où aucun pape n’avait été, puis au Liban, à Monaco et bientôt à Alger, deux autres destinations qui sont des premières pour des voyages pontificaux. Pour ses quatre premiers voyages, Léon XIV a choisi quatre pays de la Méditerranée et trois villes qui n’ont jamais reçu de visite de pape. Cela se fait dans la discrétion, mais cela dit beaucoup de l’orientation choisie. La Méditerranée comme concentré des nombreux défis d’aujourd'hui, notamment pour la paix. Un pape qui parle au monde entier, cette fois-ci à une monarchie catholique où le catholicisme est religion d’État, dans quinze jours, dans un pays musulman où les chrétiens sont brimés. 

Le pape visite des pays et des cultures différentes, mais il démontre que la foi n’a pas de frontière et que le message du Christ doit parler à tous les hommes, qu’ils soient à bord d’un yacht ou dans un pays en guerre.

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