Après avoir brillamment gravi les échelons du monde de la publicité et de la finance, c’est en montant l’Himalya que Maud Ankaoua a pris conscience qu’elle négligeait l’essentiel. Reconvertie en coach, écrivaine et conférencière, elle poursuit sa quête de sens dans son quatrième ouvrage Tu m'avais promis. Entretien.
Quel punch, cette Maud ! Est-ce sa belle énergie qui lui vaut le succès de toutes ses entreprises ? Major de sa promotion de Sciences Po, elle coche pendant vingt ans toutes les cases de la réussite professionnelle : directrice d’une agence de publicité puis directrice financière de start-ups. La quarantaine et son cortège de remise en question approchant, Maud Ankaoua décide de faire un break salutaire au Népal, qui lui dessille les yeux. Où la mènent ce rythme effréné, cette ambition démesurée ? Si elle a gardé un pied dans son "monde d’avant" (elle conseille des dirigeants et fonds d’investissement dans le secteur des technologies et de la santé), elle est surtout devenue l’une des plus célèbres figures du développement personnel (8 millions de lecteurs).
Aleteia : Au-delà de votre brillant CV, qui êtes-vous Maud Ankaoua ?
Maud Ankaoua : Une femme passionnée qui aime à rencontrer des gens passionnés (quel que soit leur domaine de prédilection) et aspire à grandir main dans la main avec les autres. Tout ce que j’entreprends aujourd’hui tourne autour de la compréhension de l’être humain, de ce qui l’anime, de ce qui peut lui permettre de dépasser peurs et blocages.
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Ma vie était très excitante, mais j’avais perdu la joie, je ne vivais plus en accord avec ce que j’étais.
Alors que votre carrière est florissante, vous choisissez de partir au bout du monde prendre de la hauteur. Pourquoi ?
J’étais à deux doigts du burn-out. Ma vie était très excitante, mais j’avais perdu la joie, je ne vivais plus en accord avec ce que j’étais. Depuis plusieurs années, mon corps dysfonctionnait : fatigue, douleurs, opération à cœur ouvert pour une malformation cardiaque et même arrêt cardiaque… Mais l’adrénaline était telle qu’elle agissait comme un anesthésiant : je ne sentais plus vraiment mon corps. Mon entourage m’alertait : « Maud, ralentis, on ne te reconnaît plus, tu deviens impatiente, tu n’as plus le temps de rien… » Seulement, à ce moment-là, je ne l’entendais pas.
Jusqu’à ce voyage de cinq semaines en solo au Népal. En quoi a-t-il été un tournant ?
Il fallait que je me décentre, que je sorte du mental pour me reconnecter à mon corps et à mes émotions et réapprendre à goûter l’instant présent. Une cure de silence s’imposait ! Je suis partie à l’assaut de l’Himalaya avec un guide, un sherpa, et un portable le plus souvent en mode silencieux. Ça a été salvateur.
Pourquoi court-on après l’argent ou la réussite sociale ? Pour être aimé.
C’est là-bas que vous avez décidé de vous reconvertir ?
Pas si vite ! À mon retour, je n’y voyais pas clair sur mon avenir professionnel : bien qu’ayant vendu ma start-up, je n’avais nulle envie de recréer une boîte. Je me suis laissée le temps de voir venir. Ce sont mes amis qui m’ont poussée à écrire un livre pour partager mon expérience : ce que j’ai fait juste pour eux. Un récit imprimé en une centaine d’exemplaires à la papeterie du coin… C’est eux encore qui m’ont incitée à en tirer cinq fois plus. Le bouche à oreille a fonctionné, les éditeurs sont venus à moi, et voilà ! L’aventure de Kilomètre zéro (2017) commençait. Elle nous a dépassés.
Comment l’expliquez-vous ?
J’écris pour faire du bien aux autres, partager ce qui me tient à cœur. Cette authenticité est, je crois, ma meilleure alliée. Après tant d’années passées dans des costumes de dirigeants, je me mets à nu : je connais les pays qui sont le cadre de mes romans, les personnages secondaires existent vraiment… Ce sont des récits empreints de faits réels autour de thèmes qui me sont chers : les pépites que recèle chaque civilisation, la force de l’amitié, l’importance des émotions -trop souvent étouffées dans notre monde occidental. Pour en revenir à ce qui compte vraiment : pourquoi court-on après l’argent ou la réussite sociale ? Pour être aimé. On se trompe juste d’itinéraire !
Le chemin de Compostelle est une aventure intérieure.
Est-ce pour montrer la voie que vous avez consacré un livre au chemin de Compostelle ?
C’est vrai que ce chemin est une aventure intérieure, quelles que soient les croyances des uns et des autres : j’aime l’ouverture et la bienveillance qui le caractérisent. Je l’ai commencé seule, en 2017, au moment où mon premier livre partait chez l’imprimeur : 15 jours de pur bonheur ! Depuis, j’y vais chaque année, c’est devenu comme une évidence : j’aime marcher et j’ai une foi profonde. La merveille de Saint-Jacques, c’est de faire de chacun, au-delà de ses convictions, de son milieu, etc., un simple pèlerin. C’est cet état d’esprit que j’ai voulu transcrire dans Plus jamais sans moi (2023). Je me réjouis que ça ait donné à plein de gens l’entrain pour se mettre en route. Maintenant, j’emmène avec moi certains de mes lecteurs !
Dans votre dernier roman, Tu m'avais promis, c’est au Kenya que vous transportez votre public. Pourquoi ce choix ?
J’ai eu la chance de vivre avec le peuple Massaï, dont le mode de vie est à mille lieues du nôtre. À l’origine, ce sont des nomades, que l’on a contraints à la sédentarité dans une terre aride. Ils vivent de trois fois rien, sans eau, sans électricité… mais que de profondeur dans leur philosophie de vie ! Leurs règles ancestrales, leur résilience, leur sobriété nous ramènent à l’essentiel.
C’est quoi l’essentiel ? Être en lien les uns avec les autres, dans un cœur à cœur débarrassé des masques que nous empruntons trop souvent. Chacun a un trésor à apporter à l’humanité, pourvu qu’il choisisse non de prendre le pouvoir mais de mettre ses talents au service de tous. Qui que vous soyez, ne privez pas le monde de ce que vous pouvez lui donner !
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