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Léon XIV à Monaco : “Ce sont les petits qui font l’histoire”

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Fabrice de Chanceuil - publié le 30/03/26
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Retour sur la visite express mais dense du pape Léon XIV à la principauté de Monaco. Un voyage en forme de révélation sur les véritables priorités du nouveau pontificat : la cohérence évangélique, la doctrine sociale de l’Église, la défense de la vie humaine, avec l’audace des "petits" qui font l’histoire.

Le pape Léon XIV a effectué, le samedi 28 mars dernier, son premier voyage apostolique en Europe hors d'Italie, à Monaco. Aucun anniversaire, à la différence du dernier voyage papal en Turquie pour célébrer les 1 700 ans du concile de Nicée, aucun événement particulier non plus ne justifiait a priori cette destination qui a surpris, en raison également de la rapidité de la décision et de sa mise à exécution.

Une tonalité particulière

En fait, ce voyage était sans doute plus facile à organiser qu'un autre, tant par l'absence de situation diplomatique complexe, que par la facilité d'une liaison directe par hélicoptère ou bien encore l’exiguïté du territoire visité ne nécessitant sur site que de courts déplacements. L'explication est cependant ailleurs et donne une tonalité particulière au nouveau pontificat. Certes, Léon XIV s'est mis dans les pas de son prédécesseur en privilégiant une nouvelle fois le bassin méditerranéen après les deux visites du pape François à Marseille et à Ajaccio encore que dans ces deux derniers cas, une manifestation organisée localement, les Rencontres méditerranéennes pour l'un et un congrès sur la piété populaire pour l'autre, donnaient un prétexte à la venue du Pape.

Mais Léon XIV a souhaité, à l'occasion de cette tournée monégasque, faire entendre son propre discours. Tout d'abord, en saluant un État dont le catholicisme est la religion officielle et dont les responsables en tirent une conséquence logique. Le Pape a manifestement apprécié qu'en novembre dernier, usant de ses prérogatives constitutionnelles, le prince Albert II se soit opposé, au nom même de la catholicité de l’État, à la légalisation de l'avortement dans la principauté que souhaitait une large majorité du Conseil national.

Être un laboratoire de la doctrine sociale de l’Église

À cet égard le Saint-Père a évoqué, ce que peu d'observateurs ont relevé, l'éthique de la responsabilité, reprenant une formule du sociologue Max Weber désignant un ensemble de règles morales que doivent respecter les dirigeants politiques pour parvenir aux solutions les meilleures en pleine responsabilité de leurs actes. C'est cette cohérence que le Souverain Pontife a voulu souligner sans vouloir, pour autant, privilégier une forme de régime.

Partant de ce constat, le pape Léon XIV a confié à la principauté la mission d'être un laboratoire de la doctrine sociale de l’Église, ce qui a donné ainsi la réponse à ceux qui s'étonnaient de voir le défenseur naturel des pauvres dans un pays symbolisant la richesse. Une bonne manière de rappeler que la solution à la misère n'est pas dans la lutte des classes et que, de fait, les riches ont part au salut en assumant la responsabilité particulière qui leur incombe pour l'amélioration du sort de la société tout entière. Pour cela, tant devant les jeunes réunis à la chapelle Sainte-Dévote que devant les fidèles rassemblés pour la messe au stade Louis-II, le Pape a invité ses auditeurs à se garder des idoles, aussi bien celles suscitées par les technologies que celles émanant plus généralement de l'argent.

La force des petits

Mais c'est bien sur la question du respect de la vie que le Saint-Père a été le plus insistant rappelant à plusieurs reprises l'inviolabilité de l'existence humaine de la conception à la mort naturelle. Dans la continuité de l'enseignement de ses prédécesseurs, il en a appelé à l'Évangile de la vie de Jean-Paul II et à l'écologie intégrale de François. C'est bien sur cette question que Léon XIV souhaite que Monaco soit un exemple à suivre.

N'est-ce pas un trop lourd fardeau pour un État aussi minuscule ? À première vue sans doute, mais il ne faut pas oublier que la principauté dispose d'une notoriété qui la place au-dessus d'elle-même. Et puis surtout, il y a cette déclaration du prince souverain — "La foi est notre force" — qui lui a valu cette réponse du Pape : "Ce sont les petits qui font l'histoire". Ce qui n'est pas sans rappeler cette boutade du général de Gaulle : "Mon seul rival international, c'est Tintin, nous sommes tous les deux les petits qui luttons contre les grands." Et, plus sûrement, cet acte de foi de saint Paul (2, Co 12-10) : "C'est quand je suis faible que je suis fort !"

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