Une retraite de deux jours pour des personnes victimes de violence sexuelle ou d’abus, telle est la démarche présentée par cette visiteuse au père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille. Un chemin de croix qui n’efface pas les souffrances mais qui permet un relèvement.
Elle est artiste, comédienne plus exactement. En cette veille de Semaine sainte, sans même s’en rendre compte, elle se présente pour me parler d’un chemin de croix. Un chemin emprunté par des victimes d’abus de toutes sortes : sexuels, harcèlement au travail, pouvoir, etc. "J’ai découvert une retraite spirituelle qui s’adresse aux personnes qui vivent avec ces blessures. Un temps où l’on se met ensemble à l’abri, à l’écart, sans pour autant s’enfermer." Ce chemin (The Way), c’est une proposition faite par deux chrétiennes de Washington. Découvrant les profonds traumatismes que ces abus peuvent causer dans le psychisme mais aussi la santé physique de nombreux hommes et femmes, elles prient, réfléchissent, discernent et élaborent une trame spirituelle. Non pas pour les guérir, il n’y a pas de magie, mais pour les soutenir. Leur manifester l’amitié fidèle et puissante du Christ qui ne cesse de vouloir communier à nos vies humaines, afin de transfigurer nos cœurs.
"Si vous avez été maltraités"
"Si vous avez été maltraités de quelque manière que ce soit par quiconque, vous avez votre place parmi nous. Nous sommes là pour vous. Vous ne prenez pas la place d’un autre" : l’invitation est claire. Les deux jours sont gratuits, chacun peut donner ce qu’il lui semble possible et juste. Tout est centré sur la croix : on la contemple d’abord, en méditant seul, à partir de conférences. Et petit à petit, après des temps de prières, des moments de discussions avec un accompagnateur, en laissant les mouvements de l’âme accompagner ceux de notre mémoire, on en vient, le dernier jour, à vivre physiquement, ensemble, ce grand chemin de croix. Chemin où les souffrances de Jésus n’effacent pas les nôtres, ni ne les justifient, mais les épousent en ouvrant sur une promesse éternelle : Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde !
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Elle me tend un papier, sur lequel figure un texte. Celui de la cinquième station, celle où Jésus est couronné d’épines. On y lit ceci :
"Rien, absolument rien de ce je fais, pense ou subis ne peut changer cela, jamais ! Je suis enfant de Dieu. Toutes ces pensées négatives que j’ai sur moi-même sont des mensonges induits par les abus que j’ai subis. En aucun cas, je n’ai provoqué, mérité ou consenti aux abus que j’ai subis pas plus que tu ne l’as fait toi. J’ai été utilisé comme un objet pour satisfaire les besoins égoïstes d’un autre tout comme tu l’as été. Ce n’était pas ma faute, et ça ne le sera jamais. La faute revient uniquement à ceux qui ont abusé de moi."
Un chemin de reconstruction
Le chemin de croix est chemin de reconstruction. Les baptisés, prêtre et laïcs qui se tiennent là sur le bord de la route, font figure de bons Samaritains qui portent et supportent, écoutent et tiennent la main. Ma visiteuse poursuit, avec une certitude profonde : cette invitation peut être faite car elle fait du bien. Elle est juste car, à travers elle, certains se relèvent. Nous connaissons tous des personnes qui vivent ou ont vécu ces violences injustifiables dans toutes les sphères de notre société. Elles sont, ces violences, les symptômes de dysfonctionnements dont on feint de pouvoir s’accommoder mais qui disent bien la faillite de nos modes d’organisations collectives et du choix de nos référents communs.
Ce Chemin est désormais proposé en France. Nul doute que, s’il continue à être porté par des gens de bien habités par la foi et qui veulent aider leurs frères, il permettra à beaucoup d’être rejoint par Celui qui restaure et qui ressuscite.
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