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Les pères de l’Église et les pères du désert, quelle différence ?

Saint Jérôme lisant, par Georges de La Tour, Musée du Louvre

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Valdemar de Vaux - publié le 29/03/26
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Dans les premiers siècles, l’Église a connu une grande efflorescence spirituelle et théologique qui est encore aujourd’hui un appui pour les chrétiens. Mais qui sont ces auteurs que l’on appelle "pères de l’Église" ou "pères du désert", deux catégories différentes mais parfois confondues ?

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Connaissez-vous le mot "apophtegme" ? Malheureusement, il est peu usité de nos jours, car il est synonyme de "sentence", nettement plus simple mais moins amusant. L’usage sûrement le plus courant, mais cela reste relatif, de ce terme d’origine grecque, est de l’attribuer aux "pères du désert" depuis qu’un ensemble de leurs préceptes ou anecdotes a été compilé dans un même codex au Vème siècle de notre ère, Apophtegmes des Pères du désert. Un exemple, parmi tant d’autres du même acabit : "Celui qui demeure au désert et vit dans le recueillement est débarrassé de trois combats, ceux de l'ouïe, du bavardage et de la vue ; il n'a plus affaire qu'à un seul, celui du cœur."

L’auteur de cette sentence est le fameux saint Antoine, premier du nom, fêté le 17 janvier dans l’Église latine et nommé Antoine le Grand, Antoine d’Égypte ou Antoine du désert. La vie de cet ermite est racontée au milieu du IVème siècle par l’évêque d’Alexandrie Athanase. Permis dans tout l’empire romain depuis l’édit de Milan, en 313, le culte chrétien n’est plus l’objet de persécutions. Désireux de vivre l’Évangile radicalement, des chrétiens s’installent dans le désert, d’abord en Thébaïde, mais aussi en Syrie, en Palestine ou dans le Sinaï. Ces anachorètes, "retirés du monde", vivent ainsi seuls avec Dieu, priant et travaillant l’osier pour éviter les mauvaises distractions.

Les pères du désert : des maîtres et leurs disciples

Les pères du désert sont ainsi des hommes – et des femmes, les "mères du désert" – qui suivent une règle et vivent dans une forme d’érémitisme communautaire, puisque les maîtres instruisent les disciples qui se présentent à lui. Réunis autour d’oasis, célébrant la messe ensemble, ces premiers moines et premières moniales méditent les Écritures et attirent par l’exemplarité de leur vie. Outre Antoine, ils répondent au nom d’Évagre le Pontique, d’Hilarion, de Cassien, etc. Elles, les mères, moins connues ou moins nombreuses, se prénomment Théodora, Synclétique ou Mélanie.

Ces pères ne doivent pas être confondus avec d’autres pères qui, pour certains, leur sont contemporains : les "pères de l’Église". L’appellation, d’époque moderne, connaît des définitions plus ou moins larges. On peut dire, sans trop simplifier, que ce sont tous les auteurs qui ont permis, dans les premiers siècles du christianisme, de former la théologie chrétienne. Ils ont médité la Parole de Dieu, utilisé la philosophie grecque et écrit des traités qui, encore aujourd’hui, permettent de dire ce en quoi l’Église croit.

Les pères de l’Église : des théologiens, pour aujourd’hui aussi

Le plus souvent, on considère que la littérature patristique, comme il est de tradition de l’appeler, va du milieu du IIème siècle, avec Justin de Naplouse ou Irénée de Lyon, à Jean Damascène ou Isidore de Séville au VIème siècle. Certains patrologues, encore un terme spécialisé, vont jusqu’au VIIIème siècle. L’âge d’or des pères de l’Église pourrait se situer au IVème et Vème siècles avec les discussions des plus éminents théologiens pour les conciles de Nicée (325), Constantinople I (381), Éphèse (431) et Chalcédoine (451). Hormis ces critères chronologiques, les pères retenus le sont par approbation de leur doctrine, au moins pour son essentiel, et même si leur vie n’a pas toujours été un modèle, comme Tertullien ou Origène, qui sont pourtant très reconnus.

Ces évêques, pour beaucoup, ou ces laïcs, quelques fois, ont vu leurs écrits susciter un nouvel intérêt dans l’Église depuis la première moitié du siècle dernier. Cette redécouverte s’est accompagnée d’un immense effort de traduction et d’édition critique, en particulier dans la collection "Sources chrétiennes ", fondée par les jésuites, notamment Jean Daniélou et Henri de Lubas, en 1942. Continué jusqu’à aujourd’hui, cet effort ne fut pas sans effet sur les développements théologiques du XXème siècle, notamment lors du concile Vatican II.

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