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“Dieu souffre avec nous” : le cri du père Khoury, curé en Cisjordanie

Le père Firas Khoury se tient près de l'église grecque catholique Saint Georges à Zababdeh en Cisjordanie.

Le père Firas Khoury se tient près de l'église grecque catholique Saint Georges à Zababdeh en Cisjordanie.

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La rédaction d'Aleteia - publié le 29/03/26
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Environ 50.000 chrétiens vivent encore en Terre sainte, formant une communauté fragile mais déterminée. Le père Firas Khoury, curé de l'église grecque catholique Saint-Georges de Zababdeh, en Cisjordanie, raconte à Aleteia leur quotidien marqué par les violences, la précarité et l'espérance. Un témoignage poignant sur une présence chrétienne menacée mais essentielle.

La communauté chrétienne de Terre sainte est souvent négligée et oubliée. Elle est cependant essentielle à la préservation du riche patrimoine chrétien de la région. Formant une petite communauté de seulement 1 à 2% de la population, environ 50.000 personnes, elle persiste avec une force remarquable malgré d'énormes difficultés. En cette période intense de conflit, à quoi ressemble son quotidien ? Quelle force la pousse à rester en Terre sainte malgré tout ce qu’elle traverse ? L’édition américaine d’Aleteia s’est entretenue avec le père Firas Khoury, curé de l'église grecque catholique Saint-Georges de Zababdeh. Il livre un aperçu concret de la vie quotidienne des chrétiens de Cisjordanie

Des "pierres vivantes" menacées

"J'appelle les chrétiens qui vivent ici des "pierres vivantes"", confie le père Khoury. Pour lui et sa communauté, rester en Terre sainte n'est pas seulement une question de survie, mais une mission spirituelle : "Si les chrétiens disparaissent d’ici, que reste-t-il ? Des vestiges archéologiques et des lieux saints, certes, mais ces lieux ne raconteront jamais l'histoire de mon compatriote, Jésus-Christ." Enracinée depuis des millénaires sur cette terre, la famille du père Khoury incarne cette continuité historique et spirituelle. "Mes grands-parents et mes ancêtres sont Palestiniens. Nous ne nourrissons aucune haine ni aucun acte de violence envers quiconque, mais au cours de ces soixante-dix dernières années, nous avons été victimes d'injustices."

Une violence qui s'intensifie

Depuis octobre 2023, la situation des chrétiens palestiniens s'est dramatiquement dégradée. Selon l'Aide à l'Église en Détresse, les violences perpétrées par les colons ont augmenté de 25 %, avec 111 attaques recensées contre des propriétés chrétiennes. Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du Patriarcat latin de Jérusalem, dénonce des agressions "presque quotidiennes" : menaces, destructions de biens, incendies de véhicules, occupation de terres appartenant à des familles chrétiennes ou à des congrégations religieuses.

À Taybeh, Birzeit ou encore Urtas, près de Bethléem, des colons s'approprient des terres cultivées par des chrétiens depuis des générations. "Ils sont venus occuper une colline appartenant à un couvent de sœurs, dans l'optique d'y construire une nouvelle colonie", rapporte Mgr Shomali. Dans le village de Beit Sahour, un drapeau israélien a été planté sur un territoire occupé, malgré l'existence d'un titre de propriété au nom d'une famille chrétienne. En 2025, l'église Saint-Georges de Zababdeh a elle-même été incendiée. "Nous subissons les violences des colons. Je ne quitte pas Zababdeh, car si je pars, ils aperçoivent ma voiture palestinienne et la frappent avec des pierres et des bouteilles", témoigne le père Khoury. "Nous n'avons plus de liberté d'expression. Nous n'avons plus de liberté de circulation. Tout ce qui nous est permis, c'est de prier à l'église."

La paroisse du père Khoury propose des activités pour les enfants et les jeunes, afin de les former et de leur apporter l'espérance.
La paroisse du père Khoury propose des activités pour les enfants et les jeunes, afin de les former et de leur apporter l'espérance.

L’espérance "dans les yeux des enfants"

Au-delà de la violence physique, c'est la perte de revenus qui désespère le plus la communauté. Depuis octobre 2023, les frontières sont fermées et des milliers de chrétiens palestiniens qui travaillaient à Jérusalem ont perdu leur emploi. "Je suis prêtre d'une communauté qui vit dans le désespoir. La plupart des parents n'ont pas pu payer les frais de scolarité de leurs enfants", confie le père Khoury. Pour tenter de pallier cette catastrophe économique, le prêtre contribue à la création de petites entreprises locales : fabrication de savon à l'huile d'olive, d'objets en bois, d'encens. Malgré tout, l'école catholique de Zababdeh, qui accueille 1.200 élèves chrétiens et musulmans, a réussi à garder ses portes ouvertes. "C'est là que vous trouverez l’espérance pour les Palestiniens ; dans les yeux des enfants", assure-t-il.

La "foi d'Élisée"

Comment continuer à tenir ? Le père Khoury invoque la "foi d'Élisée", en référence au prophète biblique entouré par une armée ennemie, qui voit les collines remplies de chars de feu envoyés par Dieu. "Nous avons l'espoir, car nous avons la foi d'Élisée. Ils sont plus nombreux à être avec nous qu'à être contre nous. Et nous ne sommes pas seuls. Dieu souffre avec nous." Cette foi nourrit sa mission de "construire des ponts de paix" entre les communautés juive et musulmane locales, malgré les discriminations quotidiennes. Le père Khoury lance un appel pressant aux chrétiens du monde entier. Tout d’abord, il invite à construire des ponts entre Israël et la Palestine : "Nous avons besoin de votre amitié et de votre solidarité, surtout en temps de guerre. Les Américains et les Européens peuvent nous aider à convaincre Israël que les Palestiniens ne sont pas leurs ennemis." Mais aussi et surtout, le père Khoury exhorte à prier pour Israël et la Palestine : "Priez le Dieu de justice et le Dieu de paix pour qu'ils mettent fin à cette guerre abominable." Enfin, le curé de la paroisse Saint-Georges de Zababdeh encourage les chrétiens à se rendre en Terre sainte. "Nous vous invitons à venir nous rendre visite, à écouter nos histoires, celles de nos enfants", lance-t-il. Et de conclure : "Venez découvrir notre école catholique où élèves chrétiens et musulmans étudient ensemble et œuvrent pour la paix."

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