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LOUIS BRAILLE

Aveugle, Louis Braille voyait pourtant l’essentiel

Que le bicentenaire de l’écriture Braille ait récemment été fêté en grande pompe via une importante campagne nationale d’affichage n’est guère surprenant : le procédé fait depuis belle lurette l’unanimité. Mais qui dit combien la foi de son fondateur compta dans cette conquête ?

6 min de lecture

Source: Leemage via AFP

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Quel contraste entre la notoriété de Louis Braille (1809-1852), humble Français auxquels les aveugles du monde entier doivent tant et l’humble vie qu’il mena, toute contenue en deux lieux : son village natal de Seine-et-Marne, Coupvray et l'Institution royale des jeunes aveugles, à Paris ! Une vie courte (la tuberculose l’emporte à 43 ans) mais dense, marquée par un engagement total et obstiné au service des aveugles.

L’affection, phare dans sa nuit

Les faits marquants de cette vie sont bien connus : l’accident dans l’atelier paternel, où une serpette pour tailler le cuir glisse des mains du petit Louis (3 ans) et s’enfonce dans son œil ; la rapide contamination de l’autre œil, faute de remède connu ; la vivacité intellectuelle de l’enfant qui le fait échapper au triste sort des aveugles de ce temps, le plus souvent mendiants ; son entrée à dix ans dans la première école pour malvoyants fondée à Paris en 1784 ; sa brillante scolarité, toutes disciplines confondues (savoirs fondamentaux, musique, travaux manuels) ; sa détermination sans faille pour améliorer la méthode d'écriture nocturne à base de points imaginée par Charles Barbier de la Serre ; les embûches qu’il surmonte à force de persévérance et de travail pour qu’enfin son écriture soit reconnue et adoptée par ses pairs.

Où ce jeune provincial issu d’un milieu modeste puisa-t-il le courage et l’énergie nécessaire pour se hisser au-delà du sombre avenir que lui réservait sa cécité ? Dans l’affection de sa famille d’abord, ses parents et trois frères et sœurs, qui l’aimaient tendrement et auprès desquels il vint se ressourcer chaque vacance. Dans quelques rencontres déterminantes (les notables de son village, le second directeur de son école, les solides amitiés qu’il y tissa). Enfin, dans son ardente foi catholique.

Une foi semée dans l’enfance

Une foi héritée de ses parents, fervents pratiquants, et approfondie au contact du curé de son village, l’abbé Jacques Palluy, ancien moine bénédictin : frappé par l’intelligence de l’enfant, ce dernier l’instruisit une année durant avant de faire des pieds et des mains auprès de l’instituteur pour que Louis soit accepté dans sa classe puis auprès du châtelain pour qu’il joue de ses relations parisiennes afin d’obtenir son admission à l’Institution royale des jeunes aveugles.

La discrétion et la réserve naturelle du benjamin des Braille ne nous permettent pas de sonder sa vie intérieure. Ce que nous savons, par l’un de ses plus proches amis aveugle comme lui, Hyppolite Coltat, c’est qu’il cultiva sa religion (sic) "avec autant d’assiduité que de conviction" et qu’il était animé d’une "foi solide et vive." Cette foi put se déployer à son aise à l’Institution des jeunes aveugles, cadre de toute sa vie d’élève puis de professeur, au moins pendant les vingt premières années. Le directeur de 1821 à 1840, Alexandre-René Pignier, dont il fut très proche, était en effet un homme pieux, voire dévot, faisant une large part à l’enseignement religieux. Louis pouvait se rendre à son aise à la chapelle placée sous la protection de saint Vincent de Paul. Peut-être priait-il également en y jouant de l’orgue, puisqu’il maîtrisait si bien cet instrument qu’il fut organiste à l’église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris de 1834 à 1839 puis à la chapelle de la maison-mère des Missionnaires Lazaristes, rue de Sèvres.

Braille fut certainement moins porté les treize dernières années de sa vie par le climat de l’école, quand Pignier fut évincé par et au profit de Pierre-Armand Dufau, anticlérical notoire qui lui mit de surcroît des bâtons dans les roues pour la diffusion de son alphabet.

Mais sa foi était trop bien ancrée désormais pour en pâtir. Du moins pouvait-elle s’exprimer dans son comportement : Louis est dépeint par tous ses biographes comme un homme délicat, attentionné, très investi auprès de ses élèves aveugles - et apprécié d’eux. Ne s’est-il pas aussi impliqué au sein d’œuvres caritatives (Société de Patronage et de Secours pour les Aveugles, Société de Placement et de Secours des anciens élèves…) ? 

Une mort exemplaire

Ses dernières semaines de vie témoignent de la profondeur de sa relation à Dieu : atteint de tuberculose depuis l’âge de 26 ans, il est alité à partir du 5 décembre 1851, suite à une hémorragie abondante du poumon. Sentant venir la mort, il demande à recevoir les sacrements. Le lendemain, gratifié d’abondantes consolations - comme un avant-goût d’éternité -, il se sent déchiré entre son élan vital et ses aspirations à l’Amour céleste. Il s’en ouvre à son ami Hyppolite Coltat : "Le jour d'hier est un des plus beaux et des plus grands de ma vie ! Quand on a passé par là, on comprend toute la puissance et la majesté de la Religion (sic). Mais, ô mystère insondable du cœur humain ! Je suis convaincu que ma mission est finie sur la terre ; j'ai goûté hier les suprêmes délices ; Dieu a daigné faire briller à mes yeux les splendeurs des éternelles espérances. Après tout cela, ne semble-t-il pas que plus rien ne doit être capable de m'attacher à la terre ? Eh bien ! Je demandais à Dieu, il est vrai, de me retirer du monde... mais je sentais que je ne le demandais pas fort... "


À Noël, il reçoit à nouveau les sacrements, en même temps qu’il médite sur la souffrance et la maladie. Enfin, le 6 janvier 1852, fête de l’Epiphanie, après une contemplation centrée sur les rois mages, il reçoit le saint viatique en présence de ses proches, avant de rejoindre les bras du Père. Son testament condense tout ce qu’il fut : il lègue ses biens à sa famille et à ses amis, à des associations caritatives - majoritairement pour les aveugles, mais aussi pour les miséreux - et à l’Œuvre de la Propagation de la foi. Puis, il remet leurs dettes à ses débiteurs et demande que des messes soient dites pour le repos de son âme. Une belle âme en vérité.

Pratique

Louis Braille - Le génie au bout des doigts, C. Michael Mellor, Éditions du Patrimoine Centre des monuments nationaux, 2009, 33 euros. (Un ouvrage très documenté, riche de nombreuses illustrations).