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"Les habitants" s’ouvre sur la pénombre d’une chambre. Un réveil sonne, des stores se lèvent et l’on distingue la frêle silhouette d’Amaury. On l’observe sortir de sa chambre et marcher, un peu perdu, dans les couloirs d’une grande villa. C’est ici que réside ce soixantenaire : dans l’une des maisons partagées de l’association "Simon de Cyrène", où vivent ensemble des personnes valides et d'autres devenues handicapées à la naissance ou au cours de leur vie. Là cohabitent des personnalités hautes en couleur, aux parcours de vie très différents, mais bien résolues à avancer ensemble. C’est leurs histoires qu’a voulu raconter le réalisateur Louis-Julien Petit. Il livre un documentaire lumineux qui émeut autant qu’il change le regard sur le quotidien d’hommes et de femmes engagés dans un "combat pour la vie". Un film qui sera diffusé le 23 avril à 22h45 sur Canal+.
"Ma plus grande souffrance, c’est la solitude…"
Le documentaire rappelle cette phrase, souvent entendue de la part de personnes non-valides : "Plus que le handicap, ma plus grande souffrance, c’est la solitude…" Une peine à laquelle "Simon de Cyrène" tente d’apporter accompagnement et réconfort depuis vingt ans. En 2006, Laurent de Cherisey, entrepreneur social et ancien chef d’entreprise, s’engage pour fonder les premières maisons partagées à Vanves puis la "Fédération Simon de Cyrène" qui accompagne leur déploiement en France. Une équipe se constitue ensuite autour de lui pour développer le projet.
Aujourd’hui, près de 1.000 personnes handicapées et valides vivent dans trente maisons partagées, à Paris, Lille, Toulouse, Lyon, Marseille et dans onze autres villes. Vingt et un lieux de vie sont en cours de développement.
"Un combat pour la vie"
"Les habitants" plonge le spectateur dans le quotidien de plusieurs personnes touchées par le handicap. On suit le parcours de Yann, 29 ans, devenu hémiplégique suite à un accident de scooter à 19 ans. Il vit chez ses parents mais aspire à plus de liberté et souhaite intégrer la maison partagée de Nantes. Avec lui, on franchit les différentes étapes d’intégration, les premiers contacts avec les habitants, les difficultés qu’il rencontre… et la belle amitié qui se noue avec Amaury. Lui a une soixantaine d’années, pas de mémoire vive mais beaucoup d’humour. On les observe se perdre tous les deux dans la grande maison, chercher l’ascenseur, le trouver et rire ensemble de leurs pérégrinations.
La relation avec les aidants est souvent empreinte de beaucoup d’humour et filmée sans filtre. Les liens montrés à l’écran sont vrais. Le documentaire ne cache pourtant pas les grandes difficultés d’insertion rencontrées par les personnes non-valides : de la recherche d’emploi à l’implication dans la vie de la société. Le combat de Paul, atteint d’infirmité motrice cérébrale, marque. Le jeune homme, qui pratique la natation malgré son lourd handicap physique, touche par son témoignage : "Face à mon handicap mes parents auraient pu choisir de ne pas me garder en vie. Et non. Ils ont cru en ma dignité et c’est ce que j’essaye de transmettre à travers le sport, c’est une façon de les honorer. C’est un combat pour la vie."
La simplicité des relations
La force du film réside dans la simplicité des témoignages présentés. Les personnes handicapées et les autres habitants valides sont montrés dans le quotidien de leurs échanges, entre moments banals en cuisine, inscription sur des sites de rencontres, soins et habillages le matin, séances de rééducation… Tout un pan de la vie de personnes touchées par le handicap, souvent occulté, est filmé avec naturel : on suit le couple formé par Ghislain, jeune homme valide et Nadia, jeune femme handicapée, né de leur rencontre dans dans une maison partagée.
Le rôle crucial des aidants n’est pas éludé. On accompagne notamment Emma, responsable de maison à Nantes qui se remet difficilement du départ à l’Ehpad de l’une des habitantes. Le documentaire dit aussi la réalité du métier de travailleur social : peu reconnu, mal payé, non-rentable. L’un d’eux l’exprime bien à la fin du film : "L’État ne peut pas tout faire. On ne produit rien, donc on ne vaut rien pour la société économiquement." Mais d’ajouter : "La reconnaissance on l’a de la personne qui va accepter d’être aidée. On n’est pas utile pour la société française économiquement mais humainement."
Le réalisateur filme les habitants de "Simon de Cyrène" avec beaucoup de tendresse. Il parvient à capturer le cœur de leur existence : la simplicité des relations créées, dans la joie comme dans la souffrance. Le spectateur ressort porté par la conviction que la fragilité, lorsqu'elle est accueillie, devient source de vie et de bonheurs partagés.
Pratique
Diffusé le 23 avril à 22h45 sur CANAL+
Disponible sur l'App CANAL+
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En partenariat avec l'association Simon de Cyrène










