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Une méthode simple pour se confesser

Confession

Image d'illustration.

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Jean-Michel Castaing - publié le 27/03/26
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Nous prenons plus facilement conscience des péchés à confesser quand nous avons, à l’esprit, les personnes que nous avons offensées ou auxquelles nous n’avons pas porté secours quand elles en avaient besoin.

En ce temps de carême où les chrétiens sont appelés à faire leurs derniers préparatifs avant de célébrer la solennité de Pâques, le sacrement de pénitence-réconciliation est une étape obligée. Le temps de désert a aiguisé nos sens spirituels : nous sommes maintenant capables de mieux mesurer l’écart entre notre amour parcimonieux, mêlé de scories, et la charité du Christ. Dans ces conditions, nous ne devrions pas avoir trop de mal à trouver matière de péchés à confesser au prêtre.

Quelle est la qualité de mes relations avec mes proches ?

Avant de recenser ce que nous allons dire au confessionnal, plusieurs méthodes sont à notre disposition afin de mieux détecter nos manquements moraux et spirituels. Une formule consiste à passer en revue les Dix commandements et noter les transgressions que nous avons commises pour chacun d’eux. Une autre démarche, tout aussi efficace, propose de faire le tour de nos connaissances, proches ou lointaines, avec lesquelles nous sommes en rapport : cela va des liens familiaux jusqu’à nos coreligionnaires en passant par nos voisins, collègues de travail, amis ou personnes rencontrées au fil des aléas de la vie. Pour chacune de ces personnes, il est possible de juger la qualité des relations que nous entretenons avec elles. Et parmi elles, il est bien sûr impératif de compter Dieu Lui-même ! Enfin, il est indispensable de se compter soi-même parmi les personnes que nos mauvais actes offensent. En effet, nous devons à notre dignité d'enfants de Dieu de nous comporter en conformité avec ce statut que Jésus nous a acquis chèrement. Le péché est aussi une histoire personnelle et intime qui m'affecte dans mon intériorité.

Avec ces visages connus et imprimés dans ma tête, mes manquements prennent chair plus facilement.

Quel est l’avantage de cette méthode ? Elle permet de mieux incarner et personnaliser la transgression d’un commandement. Par exemple, en pensant à X, je m’aperçois que je lui ai menti. En songeant à Y, je repense soudainement que j’aurais pu prier pour lui, lui qui s’est fait opérer récemment. En faisant mentalement le tour des membres de ma famille, je m’aperçois que je n’ai pas rendu visite à N, elle qui est isolée, qui vit un veuvage difficile. En pensant à mes amis, je prends conscience que je n’ai pas toujours été charitable envers les absents lors de nos discussions. Plus globalement, je me rends compte que je n’ai pas assez supplié le Seigneur afin qu’Il se manifeste à ceux que j’aime. Je les ai aimés trop humainement, pas assez théologalement ! De la sorte, avec ces visages connus et imprimés dans ma tête, mes manquements prennent chair plus facilement.

Une affaire de personne à personne

Cette méthode n’a rien d’arbitraire ni de fantaisiste pour la simple raison que le péché, dans la religion chrétienne, est toujours une affaire de personne à personne. En effet, avant d’être la transgression d’une loi abstraite, le péché est une blessure infligée à autrui ou à Dieu. Quand je vole ou que je mens, ce n’est pas le franchissement de la bande jaune qui compte, mais d’abord le tort que j’ai infligé à mon prochain. Ainsi, il s’agit de passer de la dimension obsessionnelle du péché à sa dimension relationnelle. La relation est première par rapport à mon obsession d’être "en règle". D’ailleurs, cette fixation sur la règle ou la loi peut traduire une trop grande considération narcissique, ou un retour sur soi qui vire au dépit introverti : je n’ai pas été à la hauteur de l’idée trop favorable que je me faisais de moi-même ! Or, ce n’est pas ainsi que je parviendrai à la vraie contrition mais plutôt en prenant la mesure de la blessure que j’ai infligée à celui qui est mon ami, mon voisin, ou simplement mon prochain pour lequel le Christ a donné sa vie. Avant d’être une souillure, le péché constitue une faute contre la charité.

La Sainte Face porte davantage au repentir que les tables de la Loi !

Cette façon d’appréhender le péché s’harmonise parfaitement avec la nature de notre foi. Car, loin de se réduire à un inventaire de lois, la foi chrétienne est avant tout une histoire d’amour entre Dieu et les hommes. Ce que Dieu nous demande, ce n’est pas d’abord d’obéir à un code législatif, mais de faire route avec Lui de sorte à nouer amitié et amour. Autrement dit, c’est la relation de personne à personne qui est première dans la foi chrétienne. Les écrits les plus importants de la Bible, les évangiles, ne sont pas une compilation d’obligations ou de règlements (même s’il s’en trouve), mais quatre récits d’une même vie : celle de Jésus de Nazareth. Or, si Dieu se dit dans une histoire, c’est afin de nous faire comprendre que la relation personnelle, qui est toujours issue et tissée de péripéties et d’événements, est première par rapport à la Loi. 

Face au Crucifié du Golgotha, nous prenons davantage la mesure de nos manques de charité que devant les tables de la Loi !

Toutefois, loin d’être moins exigeante pour nous, cette révélation de Dieu dans une histoire, nous oblige au contraire davantage. Car alors, ce n’est plus notre conformité à un code de loi qui est en jeu, mais notre réponse à l’amour que Dieu nous offre. Le plus important, c’est notre "oui" à Sa proposition d’Alliance entre Lui et nous — cette Alliance que raconte le récit évangélique dans ses péripéties concrètes : conversions, reniements, déceptions, éblouissements, surprises, etc. Face au Crucifié du Golgotha, nous prenons davantage la mesure de nos manques de charité que devant les tables de la Loi ! La tristesse de Jésus à Gethsémani bouleverse tout notre être, tandis que la simple transgression d’un article des dix commandements ne fera que fouetter notre vigilance et notre résolution à ne pas recommencer à l’avenir. La colère d’un dieu pointilleux sur le règlement n’obtiendra jamais le repentir que suscite en nous Jésus agonisant au jardin des Oliviers et sur le Golgotha. L’Amour vécu, offert, exposé, gratuit, mendiant, l’Amour désarmé et pauvre, cet Amour, visible sur la Sainte Face de Jésus, maculée de sang et de crachats, est plus exigeant que la Loi.

"Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché"

Pour démontrer la dimension relationnelle du péché, il n’est qu’à se pencher sur le psaume pénitentiel par excellence : le Miserere (Ps 51). Insensiblement, dans la trame de sa prière, le psalmiste passe du registre de la souillure, de la tache, en demandant à Dieu d’effacer, de laver, de purifier, au registre relationnel en avouant : "Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché." Finalement, c’est en confessant l’amour paternel de Dieu que le psalmiste intègre, en les dépassant, toutes les facettes de sa culpabilité car ce qui compte, ce n’est pas d’abord la tache du péché, la souillure, mais la blessure que le pécheur a infligée à Dieu (et à Urie que David a fait assassiner…).

Renouvelés de l’intérieur, nous serons capables de nous réjouir avec Jésus de la miséricorde que le Père fait aux hommes...

Il s’agit donc de passer du regard sur soi à la considération d’autrui et au mal que je lui ai causé — même si le péché me regarde aussi moi-même en ma qualité d'enfant de Dieu : le mal que je commets abîme cette dignité filiale. Voilà des considérations qui pourront aider les pénitents que nous sommes, à trouver matière de péchés à confesser dans le sacrement de pénitence-réconciliation. De la sorte, nous serons bien préparés pour goûter la joie pascale avec des cœurs purs — ce cœur pur que le psalmiste du Miserere demande à Dieu de créer en lui (Ps 51, 12). Renouvelés de l’intérieur, nous serons capables de nous réjouir avec Jésus de la miséricorde que le Père fait aux hommes en général, et à chacune de nos connaissances en particulier, le Jour de Pâques en ressuscitant son Fils. Car, comme le péché, son revers négatif, la Résurrection est affaire, elle aussi, de relations personnelles : la grâce pascale est appelée à se répercuter sur les liens concrets que nous entretenons avec nos proches.

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