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Monaco, dernier État pro-vie d’Europe ?

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Cyriac Zeller - publié le 27/03/26
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À rebours de plusieurs pays en Europe, Monaco, où le pape Léon XIV se rend ce 28 mars, maintient une ligne ferme sur les questions bioéthiques. Avortement, fin de vie, PMA… la principauté revendique un modèle à part, enraciné dans son histoire, ses institutions et sa religion d’État, le catholicisme.

Sur bien des sujets, Monaco, destination du pape Léon XIV ce samedi 28 mars, est une curiosité à l’international. Sa taille, sa richesse ou encore sa famille princière en font un État qui a toujours été scruté. Pourtant, il est un sujet sur lequel le Rocher se démarque particulièrement mais qui est souvent oublié : la bioéthique. La principauté semble en effet hermétique au glissement sociétal que l’on peut observer chez ses voisins européens, notamment chez le grand voisin français. Cette spécificité s’explique essentiellement par fidélité à sa religion d'État, le catholicisme. Dernier exemple en date : le refus net de légiférer sur l’avortement en 2025.

L’an passé, beaucoup ont pourtant bien cru que la principauté allait perdre cette spécificité pro-vie. Une proposition de loi visant à légaliser l’avortement a secoué la société monégasque. Depuis 2019, l’avortement est dépénalisé, les femmes ayant recours à cette pratique ne sont plus passibles d’une peine de prison ou d’une amende. Les médecins ou sages-femmes qui pratiquent un avortement sur le territoire monégasque restent en revanche sous le coup d’une peine allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement assortie d’une incapacité absolue d’exercer.

Pas de légalisation de l’IVG

Des élus monégasques souhaitaient néanmoins franchir un pas de plus en rendant l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) légale dans le petit État. Une volonté à laquelle le prince Albert a coupé court. Malgré un large vote en faveur de cette loi, le monarque monégasque a mis fin, le 25 novembre dernier, à ce processus législatif. Selon lui, cette loi ne respectait pas l’article 9 de la constitution selon lequel "la religion catholique, apostolique et romaine est religion d’État".

Quelques semaines avant cette décision, l’archevêque de Monaco, Mgr Marie-Dominique David, avait déjà rappelé l’incompatibilité de cette loi avec la constitution monégasque. Pire, en légiférant sur ce sujet, le petit pays risquait d’y perdre son âme : "Prenons garde, avertissait-il. Si tout l’ADN de la Principauté ne réside pas dans le catholicisme, sans le catholicisme, la Principauté ne possède plus tout son ADN." Cas rare, Monaco est en effet une monarchie constitutionnelle de droit divin.

Sur tous ces sujets Monaco semble faire figure de dernier des Mohicans en Europe.

Seuls quatre pays dans le monde conservent encore aujourd’hui le catholicisme comme religion d’État. Cette spécificité ne signifie pas un mélange entre les pouvoirs spirituels et temporels, garantit le père Christian Venard, prêtre du diocèse de Monaco : "Il existe une influence évidente du catholicisme, pour autant, le prince ne vient pas demander à l'archevêque comment gouverner !" Néanmoins, le prêtre revendique l’influence que peut avoir une telle spécificité dans une société : "Si on peut comprendre qu’en France la laïcité irrigue le droit, on devrait comprendre qu’ici, à Monaco, le catholicisme, qui est religion d’État, irrigue de la même manière nos lois."

La garantie de l’accès aux soins palliatifs

Au sein de ce petit pays, cette place centrale de la religion n’empêche pas le développement de courants de pensée très libéraux sur les sujets sociétaux. "Monaco n’est pas une île coupée du monde, tient à nuancer le père Christian Venard, prêtre du diocèse de Monaco. La société monégasque aussi est irriguée par certaines idéologies, notamment le wokisme." Des offensives médiatiques régulières sont ainsi menées, auxquelles résiste jusqu’ici la principauté.

Même s’il est le plus médiatique, l’avortement n’est pas le seul sujet sur lequel se démarque Monaco en termes de bioéthique. Elle est jusqu’ici restée hermétique aux tentatives de rendre la PMA accessible aux couples de même sexe et a récemment revu sa législation sur la fin de vie dans une certaine sérénité. En 2025, le Rocher s’est doté d’une loi garantissant l’accès aux soins palliatifs et se prémunissant contre tout acharnement thérapeutique. Il a ainsi été décidé de ne pas s’engager sur une voie menant à l’euthanasie ou au suicide assisté. "Monaco a su se doter, sans beaucoup de péripéties, d'une loi sur la fin de vie qui respecte les positions de l’Église catholique, se félicite le père Christian Venard. Et cela sans que l’archidiocèse n’ait vraiment besoin de se battre… Quand cette loi a été présentée au Conseil National de Monaco, on a pu être écouté, participer à la réflexion, apporter des arguments. On a pu débattre et aboutir à un texte apprécié par tous, que l’on peut qualifier d’exemplaire !"

Sur tous ces sujets Monaco semble faire figure de dernier des Mohicans en Europe. Et pourtant le petit État n’est pas si seul à tenir la barre. Malte, le Liechtenstein, Andorre ou encore la Pologne continuent de conserver des législations défendant la vie de sa conception à sa fin naturelle. Une liste de pays bien évidemment complétée par le Vatican. De nombreux observateurs voient d’ailleurs la visite de Léon XIV sur le Rocher, le 28 mars prochain, comme un signe de sympathie pour cette spécificité commune.

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