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La vie extraordinaire de Mgr Riberi, le casse-cou des papes

Mgr Antonio Riberi

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Camille Dalmas - publié le 26/03/26
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À Rome, dans l'Afrique coloniale ou en pleine révolution chinoise, le monégasque Mgr Antonio Riberi a traversé les grands bouleversements du XXe siècle au service de quatre papes.

Au crépuscule du XIXe, un couple d'Italiens du Piémont émigre dans la principauté de Monaco, en quête de travail. Sur le sol monégasque naît le 15 juin 1897 leur fils, Antonio Riberi, qui va grandir dans l'atmosphère pieuse de la Principauté sous le règne d'Albert Ier. Dans sa jeunesse, ses parents, très occupés par leur travail, le renvoient souvent à Limone Piemonte, sa commune d'origine, où il est pris en charge par ses grands-parents. "Le migrant a deux patries : celle qui l'a vu naître et celle qui lui donne son pain quotidien ; il est donc enclin à apprécier, à remercier et à valoriser sa seconde patrie", rapporte son biographe Giovanni Giorgi Demaria dans un article publié par la revue des missionnaires de la Consolata.

Né dans une famille où la foi est centrale, le jeune Antonio décide de rejoindre le séminaire de Cuneo et est ordonné prêtre en 1922, mais il ne reste pas dans son Piémont natal longtemps : son évêque l'envoie à Rome pour intégrer l'Académie pontificale ecclésiastique, la célèbre "école des nonces". Sur les bancs de l'institution, il rencontre le père Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI qui deviendra "son ami et son conseiller pour toute la vie", note Giovanni Giorgio Demaria.

Il ordonne le premier évêque africain

Diplômé en 1925, il commence alors une carrière de diplomate extraordinaire, débutant comme secrétaire à la nonciature de Bolivie, un pays alors traversé par une forte instabilité politique et économique. En 1930, il quitte un pays en pleine révolution... et cela ne sera pas la dernière fois. Il est alors envoyé en Irlande. Le pays, indépendant depuis 1919, sort d'un long conflit avec la couronne britannique et d'une grave crise économique résultant de la Grande dépression aux États-Unis. Le père Riberi reste sur l'île d'Émeraude jusqu'en 1934, date à laquelle on l'ordonne évêque, il a alors seulement 37 ans, et lui confie le poste de "délégué apostolique" en Afrique anglaise, soit les actuels Kenya, Ouganda et Tanzanie.

En Afrique, Mgr Riberi se révèle un nonce "de terrain", venant en soutien aux missionnaires et aux populations en mettant les mains à la pâte. Il achète des terrains, fait cultiver du café, du coton, du tabac qu'il vend sur les marchés internationaux pour générer des revenus suffisants afin de financer le fonctionnement des missions, mais aussi la construction d'écoles, et la formation du clergé local. Ses efforts seront couronnés : en 1939, il ordonne le premier évêque africain des temps modernes, l'Ougandais Mgr Joseph Kiwanuka.

Son séjour en Afrique va être interrompu par la Seconde Guerre mondiale : ayant un passeport italien, il est perçu comme un ennemi par l'administration anglaise, qui demande au pape de le rappeler, ce qui est fait en 1940. Rejoignant Pie XII au Vatican dans une période ô combien délicate, Mgr Riberi se voit confier un travail auprès de la Commission pontificale pour les secours, un organisme créé pour venir en aide des populations italiennes éprouvées par la guerre.

Le dernier diplomate de la Chine de Mao

En 1946, Pie XII décide d'en faire le premier nonce à Nankin, capitale de la Chine dirigée par le président nationaliste Tchang Kaï-chek, en pleine guerre civile contre les forces communistes de Mao Zedong. Très brillant, le diplomate parle déjà un peu le chinois à son arrivée, et va se montrer une nouvelle fois très actif. Entretenant des relations parfois difficiles avec Tchang Kaï-chek, il n'hésite pas à reprocher l'absence de réforme agraire, la corruption ou le non-respect de la nouvelle Constitution de 1946, qui assurait des droits fondamentaux à la population.

L'épiscopat chinois est jeune, les premiers évêques locaux ont été ordonnés en 1926, et de très nombreux missionnaires œuvrent dans le pays, dans des situations précaires. Mgr Riberi, pour les aider, met en place un département légal pour régulariser leur situation auprès des autorités, notamment concernant les terrains dont l'Église dispose. Mais son entreprise est vite interrompue par les progrès des armées de Mao Zedong qui finissent par prendre la capitale Nankin le 21 avril 1949.

Alors que tous les diplomates fuient, Mgr Riberi fait le choix de rester pour ne pas abandonner les fidèles catholiques chinois. Il tente de rencontrer les dirigeants communistes et de négocier le droit pour l'Église de continuer son activité, tout en poussant, en vain, Pie XII à reconnaître le gouvernement communiste. Cependant, le pape accepte de ne pas reconnaître Taïwan où s'est réfugié Tchang Kaï-chek parce que Mgr Riberi tente encore d'obtenir un accord.

Un zèle qui agace

Cependant, la réponse des communistes est très dure : l'Église catholique est autorisée dans le manifeste de Guangyang signé en 1950, mais elle doit rompre tout lien avec Rome. C'est la naissance d'une Église nationale chinoise. Si Mgr Riberi parvient à avoir un contact avec Zhou Enlai, numéro deux du Parti communiste, ses propositions pour revenir sur l'accord sont écartées. À Pékin, son zèle agace. On finit par l'arrêter, et on le soumet à "un interrogatoire de 10 à 12 heures consécutives", rapporte son biographe.

Finalement, le 4 septembre 1951, il est expulsé de Chine, après avoir été accusé d’être un allié de Tchang Kaï-chek, mais aussi d’avoir organisé la lutte contre les communistes et d’avoir promu l’organisation de la Légion de Marie – à laquelle il était lié depuis son séjour en Irlande. Il arrive à Hong Kong, où il reste un an avant de rejoindre Taïwan, rétablissant finalement les relations avec la République de Chine de Tchang Kaï-chek qui avaient été suspendues pendant trois ans. Il y reste jusqu'en 1959, date à laquelle on le rappelle à Rome.

Retour en Europe

Le 25 janvier de cette année, le pape Jean XXIII surprend la Curie romaine en annonçant qu'il compte ouvrir le Concile Vatican II. Mgr Riberi ne va pas vivre ces grands événements de l’intérieur : il est envoyé directement à Dublin comme nonce, poste qu'il occupe pendant deux ans avant d'être nommé au même poste en Espagne. À l’époque, c’est Franco qui peut choisir la terna des futurs évêques, au grand dam du Saint-Siège, et Mgr Riberi œuvrera avec grande habileté pour obtenir de bons candidats du Caudillo. En 1963, son ami le cardinal Montini est élu pape et prend le nom de Paul VI. Quatre ans plus tard, Mgr Riberi est créé cardinal. À Rome, son nom comme futur secrétaire d'État commence à circuler. Peu après le consistoire, le nouveau porporato se rend à Monaco puis à Limone Piemonte où il est célébré, et arrive à Rome, où il meurt subitement. À Monaco, Rainier III propose de l'enterrer dans son caveau familial, mais la dernière volonté du cardinal Riberi est finalement respectée : il repose dans la ville de ses ancêtres, Limone Piemonte.

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