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Le bonheur selon l’ONU et le bonheur du psalmiste

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Henri Quantin - publié le 25/03/26
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Le bonheur est-il mesurable ? Oui, pensent les économistes de l’ONU, qui publient chaque année un rapport annuel sur la part de PIB dans le bonheur de chacun. À rebours du bonheur chanté par le psalmiste, observe l’écrivain Henri Quantin, qui ne le cherche pas au même endroit…

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"Qui nous fera voir le bonheur ?" Pour répondre, vous pouvez demander à un psychiatre et à un philosophe. Cela donna un beau dialogue entre Christophe André et Martin Steffens, publié en 2014 aux bien-nommées éditions du Passeur. D’autres préfèrent chercher la réponse chez des économistes, ce qui en dit déjà long sur ce dont il s’agit. Le résultat est le rapport annuel sur le bonheur que l’ONU vient de publier. Quelques experts entendent ainsi classer 147 pays, après un sondage sur environ 100.000 personnes. Depuis neuf ans, le rapport conclut que c’est en Finlande qu’on est le plus heureux.

Des critères subjectifs

Avant d’y déménager en toute hâte, un bref regard sur les critères retenus s’impose : le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé, le soutien social (pouvoir compter sur quelqu’un), la liberté de faire des choix de vie, la générosité et la perception de la corruption. Sur ce dernier point, le rapport assume sa subjectivité, ce qui lui évite de répondre à une question insondable : est-on plus heureux si on sait le monde — et l’homme — corrompu ou si on l’ignore ? Bonheur dans la lucidité ou bonheur dans l’aveuglement, voilà un point sur lequel le psychiatre et le philosophe auront sûrement plus à dire que les spécialistes du PIB. C’est un peu comme le "moral des ménages" calculé en achats de friteuses électriques : on aimerait aussi savoir combien les ménages "qui ont le moral" ont passé de samedis après-midi en se promenant dans la nature sans rien dépenser.

"Qui nous fera voir le bonheur ?" La question, que l’on chante lors des complies du samedi soir, est d’abord celle du psalmiste. Du psalmiste ? Pas exactement, car il ne fait que la citer : "Beaucoup demandent : "Qui nous fera voir le bonheur ?" /Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !" (Ps 4.) Le deuxième verset est révélateur. Ici, comme toujours, la meilleure réponse va au-delà de la question. Elle révèle que le bonheur est une personne qui déjoue tous les calculs, tant au sens d’opérations algébriques que de plans d’avenir. Comme s’il pressentait les rapports de l’ONU, le psalmiste s’empresse de relativiser par avance le rôle du PIB : "Tu mets dans mon cœur plus de joie /Que toutes leurs vendanges et leurs moissons." Il est vrai que le rapport porte sur le bonheur et non sur la joie, qui ne peut, elle, s’imaginer sans irruption de l’imprévu. Sans doute est-ce pour cela qu’aucune instance, à notre connaissance, n’a le ridicule de vouloir la mesurer.  

Le bien-être confondu avec le bonheur

"Ces six variables ont été initialement choisies comme étant les meilleures mesures disponibles de facteurs dont les données expérimentales et d'enquêtes ont démontré les liens significatifs avec le bien-être subjectif, et plus particulièrement avec l'évaluation de la vie", précise le rapport, signé chaque année par les économistes John F. Helliwell (Canada), Richard Layard (Royaume-Uni) et Jeffrey D. Sachs (États-Unis). Le bien-être confondu avec le bonheur : voilà un indice plus instructif sur les évaluateurs que sur les évalués. Jugera-t-on plus heureux les pays qui ont un large accès aux anti-dépresseurs ou ceux où la dépression n’existe quasiment pas ? D’autres confondent ainsi la sainteté avec l’épanouissement personnel, voire leur curé avec un coach en spiritualité.

La joie comme un don

Puisque la part subjective est assumée par les concepteurs du rapport, proposons à notre tour six critères : la lecture des psaumes, la pratique des complies, l’incapacité à citer le PIB de l’année, la résistance à la tentation d’évaluer sa vie, la capacité à recevoir non pas le bonheur comme un dû, mais la joie comme un don, et, bien sûr, en ce 25 mars, l’importance donnée à l’Annonciation, fête qui révèle Celui qui nous fera voir le bonheur.

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