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Voilà pourquoi regarder des séries seul n’est pas une bonne idée

Perder el tiempo no es cristiano

Homme qui regarde la télévision seul.

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Tom Hoopes - Laura Marchais - publié le 24/03/26
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De Cicéron aux études scientifiques, un même constat s’impose… Regarder des séries seul n’est pas bon. À l’ère du streaming, l’isolement dans les loisirs, désormais généralisé, fragilise les liens sociaux et nuit à la santé mentale.

Si Cicéron avait raison, il n’est pas étonnant que les problèmes de santé mentale soient plus nombreux que jamais. Si quelqu’un "pouvait monter au ciel et avoir une vue claire de l’ordre naturel de l’univers et de la beauté des corps célestes, ce spectacle merveilleux ne lui procurerait que peu de plaisir s’il n’avait personne à qui raconter ce qu’il a vu", affirmait le célèbre avocat de l’Antiquité. Cicéron ne considérait pas seulement la communion avec les autres comme un bien parmi d’autres, il la considérait comme le contexte indispensable qui donne tout son sens aux autres biens.

Un besoin de partage oublié

Alors qu’autrefois les expériences n’avaient de valeur qu’en étant partagées, il semble aujourd’hui que beaucoup préfèrent vivre seuls. Il y a quelques années, la télévision était vivement critiquée pour ses effets néfastes dans la vie familiale, remplaçant les échanges au sein du foyer par la présence d’un écran omniprésent. Aujourd’hui en revanche, une famille réunie devant le petit écran apparaît presque comme une alternative encouragée et fédératrice face à la réalité actuelle, où chacun s’adonne à ses propres loisirs, de son côté.

Dans ce contexte, le modèle économique des plateformes de streaming repose sur le fait que les consommateurs se divertissent seuls. Alors que Netflix et d’autres plateformes diffusaient autrefois les épisodes de façon échelonnée, permettant aux communautés de fans de se constituer et d’attirer de nouveaux spectateurs au fil de la diffusion, le nouveau modèle encourage le “binge-watching”, où une personne, seule, enchaîne les épisodes d’une même série jusqu’au petit matin.

Netflix n’a pourtant rien inventé. Le divertissement “en solitaire” est une tendance qui se développe depuis des décennies. Dès les années 1980, le lancement du Walkman de Sony marquait déjà un tournant vers une consommation plus individualisée. Aujourd’hui, cette évolution se confirme alors qu’une enquête menée par des vendeurs de billets auprès du public révèle qu’une majorité de spectateurs préfèrent désormais assister seuls à des concerts.

Les interactions humaines remplacées par les machines

Dans son ouvrage The Extinction of Experience (2020), Christine Rosen partage plusieurs exemples de ce phénomène. L’un d’eux est particulièrement révélateur. “Il y a quelques années, se rendre à un stand Clinique dans un grand magasin signifiait bénéficier d’un service attentionné assuré par une conseillère en blouse blanche, qui offrait des conseils de soins de la peau et proposait même un maquillage complet. Aujourd’hui, les stands Clinique affichent un panneau indiquant : ‘Prenez un panier Clinique sans assistance et nous vous laisserons tranquille. Promis.’”, écrit l’auteure.

Ainsi, les entreprises américaines ont compris que leurs clients ne souhaitent plus toujours interagir avec d’autres êtres humains. Que ce soit aux caisses automatiques ou via des applications de restauration rapide, ils préfèrent désormais tout faire eux-mêmes, et seuls.

De fait, dans son ouvrage publié en 2000, Robert Putnam constatait que les Américains jouaient désormais davantage au bowling seuls, plutôt qu’au sein de groupes d’amis. Une tendance pourtant dominante tout au long du XXe siècle. De nos jours, la technologie a amplifié ce phénomène. Les joueurs sont plus enclins à lancer une partie sur l’application Monopoly Go qu’à sortir le jeu de société ; à jouer au Scrabble en ligne avec des inconnus plutôt qu’avec leurs proches ; à privilégier les interactions sur les réseaux sociaux aux rencontres en personne avec leurs amis.

Plus les interactions humaines directes se raréfient, plus l’anxiété augmente

En 2014, une étude du Pew Research Center révélait que 55 % des adolescents envoyaient des messages chaque jour, tandis que seulement 25% voyaient quotidiennement leurs amis. En 2025, un sondage de l’American Psychological Association montrait que 60% des personnes interrogées se sentaient émotionnellement déconnectées et seules.

Les conséquences de cette diminution d’interactions humaines directes sur la santé sont désastreuses. En 2023, le directeur général de la santé publique des États-Unis a déclaré que “la solitude, l’isolement et le manque de liens sociaux” dans le pays constituaient une “épidémie” et une “crise de santé publique”, augmentant le risque de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de démence et de décès prématurés.

Si la solitude nuit, le lien social, lui, guérit. Comme l’explique la psychologue du développement et auteure Susan Pinker, “le contact direct libère toute une série de neurotransmetteurs. Tel un vaccin, ils vous protègent dès maintenant et pour longtemps. Une simple poignée de main ou un tape-m’en cinq suffisent à libérer de l’ocytocine, ce qui augmente la confiance et diminue le stress”.

Cicéron avait raison !

Ce que Cicéron décrivait fait écho à ce que ressentent les enfants lorsqu’ils s’exclament “Regarde-moi !” dans la cour de récréation, au moment où ils s’amusent le plus. Une étude approfondie montre que les adultes s’accordent à dire que “presque tout est plus agréable entre amis”.

Les êtres humains s’épanouissent pleinement lorsqu’ils sont remarqués et lorsqu’ils remarquent en retour. Autrement dit, le bonheur commence par le partage de nos vies, même dans les choses les plus simples, comme le film ou la série que nous regarderons ce soir.

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