"L'image est l'écriture des illettrés", écrivait le pape Grégoire le Grand. Et la peinture est, depuis longtemps, un formidable vecteur de transmission de la foi. Les nombreuses représentations picturales de l'Annonciation reposent sur un riche langage symbolique propre à la foi chrétienne : couleurs des vêtements de Marie et de l'ange, jeux de lumière, disposition des personnages... Si certains éléments sont familiers au spectateur, d'autres détails échappent souvent, même aux regards avertis.
1Le lys
Le lys est très présent dans les représentations picturales de l’Annonciation. Il est parfois peint dans un vase qui orne l’intérieur de la maison de Marie, ou tenu dans la main d’un personnage, qu’il s’agisse de l’ange ou de la Vierge. Il peut prendre une place importante comme dans le tableau du peintre italien du XVe siècle Mariotto Albertinelli où il est représenté, très grand, dans la main de l’archange. Blanche, cette fleur au parfum réputé dans l’Antiquité, symbolise la pureté de Marie. Lorsqu’elle est dépeinte avec trois branches, elle dit la triple virginité de la Mère de Dieu, avant, pendant et après la conception de Jésus.

2Le livre ouvert
Autre élément moins connu des représentations de l’Annonciation, mais qui dit beaucoup de la condition toute particulière de Marie : le livre ouvert. La Vierge est souvent peinte surprise par l’ange en train de lire les Écritures. L’envoyé de Dieu interrompt un moment simple et quotidien de la vie d’une femme juive. Mais Marie ne fait pas que lire, elle lève les yeux. Elle n’est pas plongée dans une lecture passive de la Bible mais élève son regard comme pour goûter plus justement à la Parole de Dieu, en priant. Sa méditation est active. Certaines représentations laissent penser que, lorsque l’ange fait interruption chez Marie, celle-ci est déjà dans une attitude de contemplation, toute tournée vers le Ciel. L’Annonciation de Mariotto Albertinelli dépeint même la Vierge intercalant ses doigts dans son livre. De là à imaginer que l’index, positionné entre les pages de l’Ancien Testament, est placé au chapitre d'Isaïe annonçant la naissance du Messie par une Vierge, il n’y a qu’un pas.
3Le jardin fermé
Moins connue est aussi toute la symbolique attachée au jardin fermé, ou hortus conclusus. Un grand nombre d’ "Annonciation" dépeint la Vierge et l’ange dans un lieu, avec, en arrière-plan, un jardin clos. Celles de Fra Angelico en sont les meilleurs exemples, mais cet élément est aussi repris plus tard dans l’histoire de la peinture, avec les tableaux de l’italien Carpaccio (XVIe siècle), ou ceux de Maurice Denis, peintre du mouvement "Nabis" (début XXe siècle). Étroitement associé aux représentations mariales, cet espace végétal fermé renvoie à la pureté de la Vierge et à la perfection du jardin d’Éden.


4La colonne
Élément architectural souvent présent dans les tableaux d’"Annonciation", la colonne symbolise le lien entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et les hommes. L’archange intervient dans la vie terrestre de Marie pour lui apporter le message divin, tandis que la colonne, elle, s’ancre dans la terre pour s’élancer vers les hauteurs. Elle peut donc représenter le "oui" de Marie tout entier donné à Dieu, parole du Magnificat qui s’élève en louange vers le Ciel : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole" (Luc 1,38). Dans son triptyque de L’Annonciation, l’italien Carlo Braccesco (XVe siècle) figure Marie en train d’enlacer une colonne, comme pour ne pas tomber à la renverse devant l’ange. Ce support peut symboliser le Christ : en s’y appuyant, Marie enlace déjà son Fils dans un geste protecteur.

5Les gestes de Marie
Dernier symbole et non des moindres : les gestes de Marie elle-même. Dans les représentations de l'Annonciation, la posture de la Vierge en dit long sur son état intérieur face à l'irruption du divin dans sa vie. Trois attitudes reviennent fréquemment sous le pinceau des peintres. La main sur la poitrine, tout d'abord, exprime à la fois l'humilité et le trouble de Marie. Fra Angelico représente souvent la Vierge en train de faire ce geste sobre qui traduit l'émotion profonde qui la saisit à l'annonce de l'ange. Elle porte la main à son cœur, siège de ses sentiments, comme pour signifier qu'elle accueille cette parole au plus intime d'elle-même. La main ouverte, ensuite, manifeste l'accueil et le consentement. Paume tournée vers l'ange ou vers le Ciel, comme chez Carpaccio, Marie signifie son "oui" à Dieu. Cette main tendue dit l'abandon confiant, la disponibilité totale de celle qui se fait "servante du Seigneur". Le léger recul du corps, enfin, traduit la surprise face à l'inattendu. Chez Albertinelli, Marie se penche légèrement en arrière, saisie par la nouveauté radicale de ce qui lui est annoncé. Ce mouvement de retrait franc, comme chez Braccesco, dit son étonnement devant le mystère qui s'accomplit en elle. Un instant de stupeur avant l'adhésion pleine et entière. Des gestes silencieux qui disent, mieux que les mots, le cheminement intérieur de Marie : de la surprise à l'accueil, du trouble à l'abandon confiant.










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