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La principauté, ce laboratoire de piété populaire

Lors de la fête de sainte Dévote, à Monaco, le 26 janvier 2013.

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Camille Dalmas - publié le 24/03/26
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Malgré sa population très cosmopolite, la Principauté de Monaco est très attachée à ses traditions, ancrées dans l'identité catholique du petit État. De quoi en faire un “laboratoire” de la piété populaire si chère au pape François et complètement assumée par Léon XIV ?

Chaque 27 janvier, la Principauté est en liesse pour la Sainte-Dévote, patronne de la Principauté depuis le XVIIe siècle. "La Sainte Dévote est considérée par les Monégasques comme la seconde fête nationale", explique Jean-Michel Manzone, secrétaire du Comité national des traditions monégasques, l'organisme d'État qui met en avant l'identité culturelle et linguistique de la principauté. Les festivités de la "Santa" commencent dès le 26 janvier au matin par la messe en langue monégasque dans l'église Sainte-Dévote, qui abrite les reliques de la martyre corse du IVe siècle. Parlé par seulement une poignée de locuteurs, le monégasque est toujours enseigné dans le cursus obligatoire des écoliers de la Principauté jusqu'à la troisième.

Ce dialecte proche du génois, du corse et du provençal doit beaucoup à l'Église catholique locale, qui l'a défendu et promu : le chanoine Georges Franzi (1914-1997) a ainsi rédigé les premiers manuels scolaires en monégasque, et le père Louis Frolla (1904-1978) a écrit le premier dictionnaire franco-monégasque. Et sainte Dévote occupe une place unique dans la littérature monégasque, puisque le premier livre dans la langue locale, publié par le poète Louis Notari en 1927, est A legenda de Santa Devota – La légende de sainte Dévote. "Tous les Monégasques connaissent sainte Dévote, puisqu'à l'école on leur apprend l'histoire de Monaco, dont elle fait partie. Elle n'est pas seulement la sainte patronne, elle fait partie de l'histoire et de l'identité culturelle", explique Jean-Michel Manzone.

Une barque qui s’embrase

Un moment fort des festivités de la Sainte-Dévote est le moment où le prince embrase une barque, un geste qui rappelle le souvenir de la tentative – légendaire – de vol des reliques de la sainte par des bandits au XIe siècle. "C'est une manifestation qui attire chaque année énormément de Monégasques, mais aussi d'étrangers", souligne Jean-Michel Manzone. Son épouse Claude Manzone, présidente du Comité, explique que la tradition locale veut que les Monégasques tentent de récupérer les clous de la barque, auxquels la ferveur et la foi populaires attribuent un "pouvoir protecteur pour l’année à venir".

Le lendemain, jour de la sainte Dévote, est férié, et une messe pontificale est célébrée dans la cathédrale, suivie d'une procession des reliques dans la ville. Ces dernières années, des hauts représentants de la Curie romaine et du collège cardinalice ont été les invités d'honneur lors de ces festivités : le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem en 2026, Mgr Paul Richard Gallagher, cheville ouvrière de la diplomatie pontificale, en 2025, ou encore le cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d'Ajaccio, en 2024.

De nombreuses fêtes religieuses

Mais la sainte Dévote n'est pas la seule manifestation de foi populaire dans la Principauté. À Monaco, neuf des douze jours fériés sont d'origine religieuse : le lundi de Pâques, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, la Fête-Dieu, l'Assomption, la Toussaint, l'Immaculée Conception et Noël. L'Immaculée Conception – à laquelle est consacrée la cathédrale de Monaco – est qui plus est une "double fête" pour les Monégasques puisque la Vierge est aussi honorée pour la protection qu'elle a accordée à la ville lors de la peste de 1631, souligne Jean-Michel Manzone. La fête est marquée par une "procession du vœu", rappelant celui fait par le prince Honoré II et la population monégasque de remercier sa protectrice.

À ces dates officielles, il faut ajouter de nombreuses autres festivités non chômées qui donnent lieu à d'importantes manifestations populaires. C'est le cas de la Semaine sainte et de son impressionnante Via Crucis le Vendredi saint ; de la Saint-Jean avec ses feux le 24 juin ; de la Saint-Roman, autre saint dont des reliques se trouvent à Monaco, le 9 août ; de la Sainte-Cécile, qui est la fête de la musique à Monaco ; ou encore de la Saint-Nicolas le 6 décembre, patron du Comité des traditions et qui est honoré de très longue date par les Monégasques. Enfin pour Noël, un "chemin des crèches" est organisé dans la Principauté. "Tout le monde participe, même les commerçants. Cela peut surprendre les touristes, mais chez nous ce n'est pas interdit de faire des crèches !", s'amuse Jean-Michel Manzone, faisant référence aux polémiques existant chez le voisin français. "Ces traditions sont importantes à Monaco, note le secrétaire du Comité, parce que nous sommes une population plurielle. Les Irlandais, les Allemands, les Russes... chaque communauté a ses habitudes, ses cercles, ses occupations, ils ne participent pas à tous nos événements, mais on les voit souvent s'unir lors de certaines grandes cérémonies religieuses, pour la Sainte-Dévote, pour Noël..."

L'archiconfrérie de la Miséricorde

Toutes ces cérémonies sont coordonnées par le Comité national des traditions monégasques, avec la participation active de l'archiconfrérie de la Miséricorde. Les origines de la confrérie locale sont très anciennes : elles remontent au XVe siècle, sous l'influence de Gênes où sont apparus à cette période les premiers "pénitents". Engagée auprès des plus pauvres, la confrérie a gagné ses lettres de noblesse en 1631 lors de la peste. Elle fut scindée un temps en deux confréries de pénitents noirs et blancs, ces dernières ayant finalement été réunies en 1813 : "ses membres arborent désormais un sac blanc et un camail noir", souligne Claude Passet, membre de l'Archiconfrérie. Depuis, l'organisation, patronnée par le diocèse et qui compte 120 membres, dont la moitié sont actifs, continue à avoir un rôle dans la solidarité à Monaco, et occupe une place importante lors des diverses fêtes.

L'importance des traditions religieuses populaires avait été particulièrement mise en avant à la fin du pontificat de François. Il percevait la religion populaire comme une forme d'antidote à une religiosité élitiste. Il tirait cette conception du Document final d'Aparecida (2007), dans lequel la religiosité populaire était décrite comme le "trésor de l'Église catholique en Amérique latine". Léon XIV, ancien missionnaire au Pérou, s'est forcément familiarisé à ce texte, rédigé par l'alors cardinal Bergoglio, et devenu une boussole pastorale pour les diocèses d'Amérique du Sud. La dernière encyclique de François, Dilexit Nos (2024), avait été consacrée à la piété populaire pour le Sacré-Cœur de Jésus, et son dernier voyage international, le 15 décembre 2024, avait été à l'occasion du congrès sur la religiosité populaire – auquel le cardinal Robert Francis Prevost avait participé.

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