"J'irai au bout de mes rêves..." Cette chanson de Jean-Jacques Goldman parle sans doute à plusieurs lecteurs. Pour Mariam Ghanim, ce rêve est le même depuis toute petite. "Devenir adulte n'a rien changé, je veux toujours chanter", confie la jeune femme de 33 ans à Aleteia.
Chanter oui, mais pas n'importe quel type de musique. Venue d'Irak, Mariam chante principalement de la musique orientale irakienne, un style proche des traditions libanaises ou syriennes, mais distinct du répertoire maghrébin. Sa passion pour la musique et la chanson s'éveille très tôt, sous les bombes. En 2003, alors qu'elle n'est âgée que d'une dizaine d'années, la guerre civile fait rage en Irak. "Pour couvrir le bruit des bombes, mes parents me mettaient de la musique orientale à fond dans les oreilles avec un casque. C'est un souvenir très fort que j'ai de cette période", se remémore Mariam. Ses parents l'ont initiée très tôt à l'art musical. La petite fille prend des cours de piano à Bagdad dès son plus jeune âge. "C'était quelque chose de rare à l'époque, et surtout dans notre culture, que des parents poussent leur enfant à s'intéresser à la musique et au chant. Je suis très reconnaissante."
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En 2005, la famille quitte l'Irak pour se réfugier à Damas, en Syrie. Mariam essaie cahin-caha de suivre une scolarité normale, entre deux renouvellements de cartes de séjour. Trois ans plus tard, la voilà partie pour la France grâce à l'initiative de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, d'offrir l'asile à 500 familles souffrant de persécutions au Moyen-Orient. Hébergée dans un foyer parisien, la famille Ghennim tente de construire à nouveau sa vie. "Il fallait tout faire pour s'intégrer au mieux dans ce pays qui nous accueillait. Il y a les procédures bien sûr, mais aussi l'apprentissage du français ! C'est dur, le français !", rit la jeune femme. Le foyer ne pouvant les garder plus de deux ans, la famille s’installe à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. "Mon père n’avait pas encore le permis, ni voiture. J’ai fait des études de commerce et de vente, mais je voulais devenir dentiste ou avocate." À 20 ans, elle parvient à acheter son propre appartement en Île-de-France.
Et la musique dans tout ça ? "Elle ne m'a jamais quittée. Elle a toujours été à la fois un héritage et un refuge", confie Mariam. Aujourd'hui agent de maîtrise dans un espace de coworking à Neuilly, elle n'abandonne pas pour autant sa carrière de chanteuse et donne des concerts en Allemagne, en Belgique, à Londres, Strasbourg ou encore Paris. Sur les réseaux sociaux, la jeune femme partage avec ses abonnés (45.000 sur Instagram, 36.000 sur TikTok) des extraits de ses chansons.
Chorale chaldéenne
Mariam dépasse le seul répertoire profane : il y a quelques années, la jeune femme a fondé une chorale chaldéenne avec sa paroisse, Notre-Dame de Chaldée, dans le 18eme arrondissement de Paris. Elle appartient à l'Eglise catholique chaldéenne, dont les membres sont parmi les tout premiers chrétiens. Cette Église orientale unie à Rome conserve ses propres traditions, liturgie et langue, notamment l’araméen, langue parlée par le Christ.
"L’idée était de garder cet héritage d'Irak mais aussi de le transmettre et de le faire connaître autour de nous. Le christianisme en Irak n’est pas très connu", souligne Mariam. "Quand je dis que je viens d'Irak, on pense tout de suite que je suis musulmane. Le chant et la musique sont une belle manière de faire connaître notre culture et notre foi", poursuit la jeune femme. Cette foi n'est pas seulement un héritage. "Ma foi chrétienne me guide, j’en parle beaucoup au quotidien", témoigne Mariam, qui regrette qu'en France, "on ne puisse pas vraiment parler de religion". "C’est souvent mal vu et mal reçu. Au lieu d’en parler naturellement, je pars du principe que je dois montrer dans ma façon de vivre et mon attitude que je suis chrétienne."
Chanter sur scène
Et si Mariam se dit fière du chemin parcouru jusqu'ici, elle ne cache pas ses envies d'ailleurs. Son regard est tourné vers les scènes du Moyen Orient où elle espère un jour pouvoir se produire à plus grande échelle, même si elle avoue être confrontée à un véritable défi : "En tant que femme, c’est compliqué : produire sa musique, l’écrire, ce n’est pas bien vu, c’est réservé aux hommes. C’est un challenge pour moi. Je suis une femme, et je suis chrétienne. Mais je veux y croire", confie-t-elle.
En attendant de pouvoir se consacrer pleinement à la musique et de quitter son travail, elle continue de chanter et de publier ses singles sur Youtube, où elle construit petit à petit son réseau. Pleine d'une résilience têtue, celle d'une femme qui refuse de laisser les guerres, les frontières ou les préjugés étouffer sa voix, Mariam veut croire en sa bonne étoile. "Je suis à ma place. Quel que soit l'avenir, j'ai confiance en Dieu."












