Vingt ans de travail ! Le frère Paul-Dominique Marcovits a fourni pendant vingt ans, avec la vice-postulatrice Marie-Christine Genillon, un travail colossal d’enquête, de recueil de témoignages et de rédaction pour la cause en béatification du père Henri Caffarel. Vingt années de travail qui viennent d’être couronnées par l’annonce du décret, signé par Léon XIV le 23 mars, reconnaissant l'héroïcité des vertus du prêtre fondateur des Équipes Notre-Dame.
La cause de canonisation du père Henri Caffarel a été ouverte le 25 avril 2006 par Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris. L’acteur de la cause, l’association "Les Amis du Père Caffarel", avait nommé le père Paul-Dominique Marcovits postulateur diocésain. L’enquête diocésaine a été clôturée le 18 octobre 2014. La phase romaine de la procédure a débuté le 10 novembre 2014. Le postulateur romain était le père Angelo Paleri, et le rédacteur de la Positio le frère Paul-Dominique Marcovits. La Positio a été transmise au Dicastère pour les Causes des Saints le 24 juin 2022. Depuis novembre 2022, un nouveau postulateur romain a été nommé en la personne du père Zdzislaw Kijas. Postulateur diocésain puis rédacteur de la Positio, le frère Paul-Dominique Marcovits confie à Aleteia sa joie à l'annonce de la reconnaissance de l'héroïcité des vertus du père Caffarel, la manière dont il marque son ministère mais aussi son espérance en un miracle qui ferait du prêtre pionnier de la spiritualité conjugale un bienheureux.
Aleteia : Vous avez été le postulateur diocésain, puis le rédacteur de la Positio durant la phase romaine, comment avez-vous reçu hier l’annonce du décret élevant le père Henri Caffarel au rang de vénérable ?
Père Paul-Dominique Marcovits : C’est une grande joie ! Je suis très heureux pour moi-même, parce que j’ai œuvré pour sa cause, mais aussi pour les Équipes Notre-Dame et plus largement pour tous les couples. Nous avons travaillé pour que les chrétiens réalisent la grandeur du sacrement de mariage. Le sacrement de mariage est un sacrement vivant, qui donne la joie de vivre, de s’aimer, de se pardonner.
Avez-vous encore un rôle dans la cause ?
Oui parce que je fais partie de l’association des "Amis du père Caffarel" et que nous attendons désormais un miracle. Nous recevons des dossiers très beaux car ils montrent l'attachement des gens au père Caffarel, les gens demandent des miracles, mais il manque encore quelque chose pour que ces dossiers soient vraiment significatifs. Maintenant que l'Église a déclaré le père Caffarel vénérable, le Bon Dieu a quartier libre pour faire un miracle par son intercession.
Il faut effectivement un miracle pour qu’il soit béatifié, y a-t-il des "domaines" pour lesquels le solliciter plus particulièrement ?
Dieu fera un miracle qui correspond au père Caffarel mais je n’oserais pas le lui dicter ! On le reconnaîtra au moment voulu. À Rome, lorsqu’on étudiera le miracle, on verra alors en quoi il correspond à la personnalité du père Caffarel. Le Bon Dieu va trouver quelque chose. Je ne doute pas qu’il y aura un miracle, en raison notamment de ses intuitions sur le mariage et l’oraison.
Connaissiez-vous le père Caffarel ?
Non, je ne l’ai jamais rencontré.

En quoi le père Caffarel est-il une figure de sainteté ?
Pour le comprendre, il faut revenir au moment où il a choisi le Christ. Rappelons le récit que le père Caffarel donne de sa vocation, en mars 1923 : "À vingt ans, Jésus Christ, en un instant, est devenu Quelqu’un pour moi. Oh ! rien de spectaculaire. En ce lointain jour de mars, j’ai su que j’étais aimé et que j’aimais, et que désormais, entre lui et moi, ce serait pour la vie. Tout était joué." C’est vraiment le langage de l’amour. Et il continue : "Depuis ce jour, je n’ai qu’un désir : moi-même entrer plus avant dans cette intimité avec le Christ, et cet autre désir d’amener les autres à cela, parce que cela a été capital dans ma vie, cela m’a donné la joie de vivre, la grâce de vivre, l’élan de vivre." C’est cela le cœur de toute la vie du père Caffarel. Quand les jeunes couples sont venus le voir en 1939 pour lui demander de l’aide dans leur vocation au mariage, il savait ce qu’était l’amour.
Il a vu ce que Dieu voulait dans le mariage, dans le veuvage et dans les écoles d’oraison.
Qu’est-ce qui vous marque chez lui ?
Ce qui me frappe, c’est la figure du prêtre. Il est caché derrière le Christ, il montre le Christ. Il n’est pas du tout centré sur lui. C’est le Christ qui est premier. Il n’a pas écrit des écrits mystiques, ni des choses personnelles, tout se trouve dans ce qu’il a écrit sur le mariage, sur l’oraison. Les gens témoignent avoir rencontré le Christ, à travers l’oraison, grâce aux enseignements du père Caffarel. Il s’efface devant le Christ. Il est pleinement prêtre. Et cela va bien avec les Équipes Notre-Dame car les Équipes sont formées des couples et d’un prêtre. Et c’est ça qui fait l'Église. Le sacrement de mariage et le sacrement de l'ordre, c’est cela la richesse de l’Église. Les deux sont indissociablement liés.
Pourquoi est-ce un "prophète pour notre temps", selon les mots du cardinal Jean-Marie Lustiger ?
Il est prophète non pas parce qu’il annonce l’avenir mais parce qu’il voit ce que Dieu veut. Lorsque les couples sont venus le voir, ils ont cherché ensemble, ils ont prié, ils ont réfléchi, et ils ont vu ce que Dieu voulait. Il a vu ce que Dieu voulait dans le mariage, dans le veuvage et dans les écoles d’oraison, à l’instar des prophètes de la Bible qui ont vu ce que Dieu voulait. C’est ainsi qu’il a accompagné des couples, – au début sans le vouloir ! Il ne pensait pas fonder les Équipes Notre-Dame ! – à chercher ce que le Seigneur veut pour eux, et à considérer le mariage comme un chemin de sainteté.









